Changement climatique Frédéric Levrault : « les céréaliers doivent eux aussi s'adapter »

Afp

Saint-Jean-d'Illac (France), 4 sept 2014 (AFP) - Le changement climatique ne va pas seulement modifier la carte des vins en France. Les champs de céréales aussi doivent s'adapter, car les cycles végétatifs raccourcissent et les ressources en eau s'amenuisent, prévient Frédéric Levrault, expert changement climatique aux Chambres d'agriculture. Interview.

Frédéric Levrault intervenait jeudi à une conférence sur le sujet aux Terres de Jim, plus grand événement agricole en plein air d'Europe, qui se tient jusqu'à dimanche à Saint-Jean-d'Illac en Gironde.

Quels effets aura le changement climatique sur les grandes cultures, enjeu crucial pour la France qui est le premier producteur d'Europe et le 2e exportateur mondial de céréales ?

Nous observons deux faits majeurs. L'augmentation des températures se traduit par un raccourcissement des cycles végétaux. Car c'est la température qui pilote le développement végétal. Ainsi, comme sur les vendanges, les dates de récoltes de blé se font 6 à 7 jours plus tôt qu'auparavant. Le second fait majeur est un durcissement des conditions hydriques, surtout en fin de cycle cultural. Et ça, ça représente une vraie difficulté. Les besoins en eau des cultures vont s'accroître avec le changement climatique car les conditions de cultures seront plus sèches. Et dans le même temps, la disponibilité de l'eau dans les cours d'eau et les nappes va décroître au cours du siècle. A cela s'ajoute une variabilité du climat qui soumet les agriculteurs à des situations chaotiques, dans lesquelles ils ont du mal à avoir des repères d'une année sur l'autre.

L'agriculture française peut-elle s'adapter à ces changements ?

Nous sommes justement en train de chercher des solutions et nous avons déjà quelques pistes. La première est évidemment d'augmenter nos capacités de stockage de l'eau. Mais il va surtout falloir trouver d'autres voies pour économiser l'eau. Cela peut passer par la recherche de nouvelles variétés précoces de blé, c'est-à-dire qu'on peut semer plus tôt ou des variétés avec des cycles végétatifs plus courts ; ou par de nouvelles techniques d'irrigation. Récemment, certains céréaliers ont installé des systèmes d'irrigation en goutte-à-goutte dans leurs champs, ce qui est inédit en grandes cultures en France. Une solution plus radicale peut-être aussi le changement d'espèces. On sait par exemple que le tournesol offre des rendements intéressants avec un apport d'eau modéré. Mais le tournesol ne peut satisfaire à lui seul aux besoins en céréales, donc l'important d'abord est de choisir des variétés adaptées à ces changements climatiques.

Les agriculteurs ont-ils pris conscience de cette situation ?

Ils ne sont plus au stade où ils éludaient le sujet. La prise de conscience est là. Maintenant il va falloir les accompagner pour qu'ils parviennent à s'adapter et à remettre en cause leurs modèles économiques, sachant que les situations régionales sont très contrastées. 


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net
Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous