[Témoignages] Lin fibre 2020 Des pailles plus roussies que rouies

Yoann Frontout Terre-net Média

Un marché à l’arrêt puis longtemps ralenti, des récoltes où il a manqué quantité et qualité : entre la crise sanitaire et la sécheresse printanière et estivale, cette année n’aura pas été facile pour les liniculteurs. Deux agriculteurs installés dans la Somme et un conseiller agricole intervenant dans le Calvados font le point sur cette campagne 2020.

Hétérogénéité des linsForte hétérogénéité des linières cette année : « des lins sont montés à 70, 80 cm tandis que d’autres n’ont pas dépassé les 60 cm »,  témoigne Samuel Hardy. (©Samuel Hardy)

Cette année, la campagne de lin fibre a été marquée par des épisodes climatiques défavorables, à commencer par un printemps sec, très impactant pour une plante particulièrement sensible au stress hydrique. « À ce manque de pluie, il faut ajouter un vent du nord qui a amplifié le phénomène de sécheresse et a été assez peu favorable à la croissance du lin », précise Samuel Hardy, responsable de l’antenne Hérouville à la chambre d’agriculture du Calvados.

Comme le souligne Vincent Boche, liniculteur dans la Somme, le cycle végétatif de la plante est tellement court que les phénomènes climatiques défavorables ont très vite un fort impact : elle n’a pas le temps de « se refaire. » Inversement, quelques pluies suffisent parfois à maintenir le potentiel, « comme cela a pu être constaté entre le sud et le nord de la Somme », précise-t-il. Les différences sont également marquées selon le type de sol, les lins ayant profité de limons profonds étant avantagés.

Conséquence du manque d’eau, la longueur des lins n’était pas au rendez-vous. « Sur la coopérative, il y a des lins qui n’ont pas été arrachés ou enroulés tant ils étaient courts », témoigne Vincent Boche.

Samuel Hardy et Antoine de Francqueville, liniculteur dans la Somme, mentionnent également une hétérogénéité des longueurs de tige dans les linières, caractéristique de cette année. « Des lins sont montés à 70, 80 cm tandis que d’autres n’ont pas dépassé les 60 cm », observe le premier. « J’ai vu des parcelles où certaines plantes étaient très mûres et d’autres pas du tout », commente le second. Due à un décalage dans les dates de levées, cette irrégularité peut être rattrapée certaines années, notamment lorsque le mois de mai est favorable. En 2020, c’était peine perdue. « C’était même le mois le plus ensoleillé que j’ai connu depuis dix ans », note Antoine de Francqueville, qui dispose d’un panneau solaire sur sa ferme.

Un rouissage difficile

Une fois l’arrachage effectué, la sécheresse s’est à nouveau manifestée, bloquant l’activité des micro-organismes du sol permettant le rouissage. « Confrontés à de fortes températures et beaucoup d’ensoleillement, les lins se sont même parfois abîmés et ont un peu raccourci », constate Samuel Hardy. Il estime que dans le Calvados, il manque pour le lin de printemps entre 1 t/ha et 2 t/ha de paille rouie non battue dans les bonnes terres et, dans les sols plus intermédiaires, facilement 2,5 t/ha.

Antoine de Francqueville a observé de son côté des rendements de 3 à 5 t/ha dans la Somme, avec des majorités à 4 t/ha. Sur ses 50 ha, il estime sa production personnelle à 5 ou 5,5 t/ha. La qualité n’est toutefois pas au rendez-vous et il devra faire passer ses pailles en lin toutes fibres. Vincent Boche, malgré la pluie qui s’est invitée tardivement au moment de la récolte, a réalisé sur ses 40 ha un rendement moyen de 6,5 voire 7 t/ha.

Enrouleuses de lin« Un très beau lin quand il est arraché, on ne voit quasiment plus la terre car il recouvre tout. Or ça n'a pas été le cas cette année... », indique Vincent Boche. (©Vincent Boche)

Un marché au point mort

La crise sanitaire a fortement impacté le marché du lin (90 % de sa production étant exportée en Chine). Début mars, les teillages ont commencé à stopper la transformation des pailles et les stocks sont restés sous les hangars des agriculteurs jusqu’à la reprise de l’activité, d’abord timide, au mois de mai. La situation s’est révélée impactante dès l’étape de l’arrachage, comme l’explique Samuel Hardy : « certaines parcelles intermédiaires auraient méritées d’être travaillées si le marché s’était bien porté, mais avec les niveaux de prix, la recette n’aurait pas permis de couvrir les frais engagés pour l’enroulage et le teillage. »

Au mois de septembre le marché a toutefois bien repris. Malgré l’augmentation des surfaces en lin de printemps de l’ordre de 10 à 15 % en 2020, avec la mauvaise récole « on se rend compte que les stocks de 2019, on en aura bien besoin », estime Vincent Boche. S’il était par ailleurs question, au début de la crise sanitaire, d’une réduction des surfaces pour 2021 d’au moins 50 % par rapport aux trois années précédentes, elle devrait être plus faible.

Anticiper les années à venir

Du côté de la Confédération Européenne du Lin et du Chanvre, Marie-Emmanuelle Belzung, secrétaire générale et directrice du développement, souligne les avancées en matière de digitalisation de la filière qui pourront notamment permettre d’envisager des scenarii de sortie de crise. Elle précise par ailleurs que « le député de Seine-Maritime Xavier Batut a déposé un amendement lin, la semaine passée, visant à ce que le plan de relance présente un budget fléché pour réaliser de la R&D afin que les semences de demain soient plus persistantes, plus résilientes aux effets du changement climatique. » Les essais seront réalisés par Arvalis. Dans une culture où l’irrigation reste rare, le choix des variétés est un levier majeur pour faire face à des années comme celle que nous venons de traverser.


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