[Reportage] Chez Christian Schott (67) « Réduire les phytos de 30 à 90 % selon les postes, c'est possible »

Terre-net Média

Diminuer le recours aux produits phytosanitaires, Christian Schott y travaille depuis une trentaine d'années sur la ferme familiale, située à Schirrhein (Bas-Rhin). Pour lui, cela nécessite une réflexion globale du système d'exploitation et regroupe un ensemble de bonnes pratiques. Intégrant le réseau des fermes Dephy en 2011, l'agriculteur réalise de nombreux essais pour encore faire évoluer ses pratiques dans ce sens.

Christian Schott a recours au labour environ une fois tous les trois ans, derrière maïs (un labour à 15-18 cm).Christian Schott a recours au labour environ une fois tous les trois ans, derrière maïs (un labour à 15-18 cm). (©Terre-net Média) Les agriculteurs sont actuellement soumis à un contexte phytosanitaire de plus en plus compliqué, face aux attentes sociétales notamment. Diminuer le recours à ces produits représente un long cheminement mais de nombreux agriculteurs y travaillent. C’est le cas de Christian Schott, installé depuis 1988 sur le Gaec du vieux pré à Schirrhein (Bas-Rhin). Aujourd’hui, il arrive à diminuer les doses d’environ « 30 % en herbicides, 50 % en fongicides et quasiment 90 % en insecticides (excepté pour le colza) » par rapport aux doses préconisées.

Le Gaec du vieux pré en quelques chiffres
  • SAU : 180 ha
  • Assolement : 60-65 ha maïs grain, 45 ha blé, 35 ha colza, 20 ha soja, 2 ha pois protéagineux, 2 ha avoine rude, 2 ha oignon de consommation (vente en circuit court) et 9 ha jachère
  • Types de sols : 50 ha très sableux et 130 ha en argile hydromorphe
  • Irrigation possible sur l'ensemble des parcelles
  • MO : 2,5 UTH (en Gaec avec son épouse et un salarié à mi-temps)

Une « réflexion globale autour du système »

À ses débuts, l’assolement est constitué de blé, maïs et colza. Très tôt, Christian Schott envisage de limiter l'utilisation des phytos sur son exploitation pour une raison économique premièrement. Il démarre avec des essais en bandes dans ses parcelles et constate que cela fonctionne. L'agriculteur décide alors d’entamer une réduction systématique des doses de 15 % pour toutes les cultures (hormis pour les traitements racinaires). Pour cela, il investit dans du matériel de pulvérisation plus performant. Le but : « aller vite quand les conditions sont optimales », présente-t-il. Puis rapidement, Christian Schott cherche à aller plus loin et entame une « réflexion du système dans sa totalité ». En 2011, il entre dans le groupe « grandes cultures » Dephy de la Chambre d’agriculture (CA) du Bas-Rhin, où se côtoient des agriculteurs pionniers dans ces démarches et d’autres moins avancés. Au programme : échanges sur les pratiques, tours de plaine, expérimentations, formations à la reconnaissance d’adventices, d’insectes et d’auxiliaires, etc.

Les graphiques suivants montrent l'évolution des IFT hors herbicide et herbicide du Gaec du vieux pré, différente selon les cultures et les années (climat, pression maladies, ravageurs, etc).

Évolution de l'IFT hors herbicide du Gaec du vieux pré entre 2010 et 2017Évolution de l'IFT hors herbicide du Gaec du vieux pré entre 2010 et 2017 (©Grégory Lemercier de la Chambre d'agriculture d'Alsace pour le réseau des fermes Dephy du Bas-Rhin.) Évolution de l'IFT herbicide du Gaec du vieux pré entre 2010 et 2017Évolution de l'IFT herbicide du Gaec du vieux pré entre 2010 et 2017 (©Grégory Lemercier de la Chambre d'agriculture d'Alsace pour le réseau des fermes Dephy du Bas-Rhin.)

Un ensemble de bonnes pratiques

Parmi les principaux points d’évolution : la rotation. Dans une région où la monoculture de maïs était très présente, Christian Schott souhaite plutôt miser sur une rotation entre quatre et six ans. À cet effet, il introduit notamment, dans son système, le soja en 2014 et le pois en 2015. Il apporte aussi une grande importance au choix variétal. Ses principaux critères pour le blé, par exemple : « une bonne résistance à la verse et la tolérance aux maladies ». Ainsi il n’a jamais recours aux régulateurs de croissance. Autre point : « le respect des dates de semis optimales, ajoute l’agriculteur. Ce qui permet d’éviter certains problèmes d’insectes. Je ne sème jamais un blé avant le 15 octobre. En ce qui concernent les semis de maïs et de soja, il faut attendre que les terres soient bien réchauffées. Cela limite les soucis avec les taupins et les limaces ». Avec une forte baisse d’utilisation des insecticides, l’agriculteur a aussi pu observer un fort retour des auxiliaires de culture.

Un suivi renforcé des parcelles est obligatoire, sinon vous pouvez avoir des surprises...Concernant le travail du sol, l’agriculteur laboure ses parcelles (profondeur 15 à 18 cm) environ une année sur trois, derrière le maïs. Attention il insiste de le faire dans de bonnes conditions : « jamais sous la pluie, sans avoir besoin des quatre roues motrices... » Sinon il utilise le chisel et réalise des faux-semis pour éliminer le stock d’adventices. Le travail du sol avant un blé de colza permet également de réguler le risque limaces. Les formations concernant les adventices lui permettent de juger du risque potentiel pour les cultures. Il est très vigilant à la présence de gaillet dans le blé, qui peut avoir un impact négatif sur le rendement. Un « suivi renforcé des parcelles » constitue un élément indispensable de la démarche, « sinon vous pouvez avoir des surprises... », ajoute Christian Schott. En résumé, un ensemble de bonnes pratiques pour diminuer le recours aux produits phytos et réduire les charges de son exploitation sans desservir la production.

Marges brutes et rendements du Gaec du vieux pré, par culture et par année entre 2014 et 2017
MaïsBléColzaSoja
Marges (€)Rendement (q/ha)Marges (€)Rendement (q/ha)Marges (€)Rendement (q/ha)Marges (€)Rendement (q/ha)
20141 1151236567082542Pas de soja
20151 1711201 0509567037Essai sur quelques ha
20167561002685088840,51 10537,5
20171 1101309428587738,51 24641,5
Source : Grégory Lemercier de la CA d'Alsace pour le réseau des fermes Dephy du Bas-Rhin

Expérimenter sans cesse

Christian Schott ne compte pas s’arrêter là et vise à diminuer encore son utilisation de phytos tout en conservant une productivité maximale. Pour lui, c'est aussi « important d’être curieux », de se former, se documenter et d'expérimenter. Plusieurs tests ont échoué, mais c'est « comme cela que l'on apprend le plus. [...] C'est aux agriculteurs de jouer le jeu, la balle est dans notre camp ! », poursuit l'agriculteur. De son côté, il est accompagné par son conseiller de la CA et également son fils, en études d'ingénieur agronome et qui compte reprendre l'exploitation par la suite. Il réalise des essais pour les couverts végétaux. Pour la période hivernale, un mélange pois protéagineux et avoine rude (plantes gélives). Objectif : production de biomasse et structuration du sol avec les racines.

En colza, maïs et soja, Christian Schott a testé le désherbage en micro-doses. Il soustrait environ 40 % de la dose préconisée et celle qui en résulte est divisée en deux ou trois passages à 10-15 jours d’intervalle. Ses constats : « une meilleure efficacité des traitements, une période couverte plus longue et des effets négatifs réduits sur la culture ». Ainsi « la matière sèche en colza est plus importante et le maïs jouit d’une très bonne vigueur ». L’agriculteur travaille pour un itinéraire semblable et adapté au blé.

Pour Christian Schott, « la réduction de l'usage de phytos ne doit pas se faire au détriment de la production ».Pour Christian Schott, « la réduction de l'usage de phytos ne doit pas se faire au détriment de la production ». (©Terre-net Média) Il teste aussi les produits de biocontrôle et les traitements alternatifs, comme cette année, avec un essai pour lutter contre la pyrale avec du sucre (dont il attend les résultats). Modalités testées : avec sucre, avec insecticide classique, avec insecticide de lutte intégrée et sans traitement.

Avec de telles réductions de phytos, Christian Schott pourrait se rapprocher du modèle biologique, qu'il considère comme une « source d'innovation » et envisage de tester sur une petite partie de son exploitation dès 2019 (parcelles à faible potentiel et non irriguées).  « C’est une option » mais deux points le freinent : la nutrition des plantes et le salissement des parcelles, qui pourraient « entraîner des problèmes sanitaires et de productivité », s'inquiète l'agriculteur.


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