Statut organique du sol Savez-vous calculer le bilan humique simplifié de votre système de culture ?

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Formalisé par Sébastien Roumegous, co-fondateur du Centre de développement de l’agroécologie, sous cette forme, le bilan humique simplifié permet de réaliser rapidement un bilan des entrées et des sorties de matières organiques dans un système de culture. Version ultra-simplifiée du bilan humique classique qui se base sur des calculs complexes (K1, K2…), celui-ci permet de qualifier sa rotation et ses apports organiques en seulement cinq minutes.

ChampSi elle ne satisfait pas le chercheur, la méthode de calcul du bilan humique simplifiée représente un outil fiable pour les praticiens, explique Sébastien Roumegous. (©Terre-net Média)Est-ce que la rotation et les apports organiques stockent ou déstockent du carbone ? Permettent-ils de maintenir ou non un taux d’humus élevé ? Ce dernier nourrit-il suffisamment l’activité biologique ? Malgré une marge d’erreur de calculs, l’expérience montre que dans la majorité des cas la méthode du bilan humique simplifié permet par sa rapidité de mieux positionner sa stratégie sans attendre un logiciel complexe !

Comprendre le bilan humique

Le bilan humique est un calcul de type entrées-sorties qui permet de vérifier si on consomme son stock d’humus ou si on le renouvelle. Pour le praticien, il sera utile de comprendre quelques notions de base :

  • Les entrées : Globalement tout ce qui provient des résidus végétaux, c'est-à-dire racines, pailles, feuilles et donc tous les amendements organiques qui contiennent des résidus végétaux. En effet, un fumier pailleux va générer de l’humus par la paille qu’il contient, un lisier à l’inverse est un fertilisant et ne contribuera pas à former de l’humus de façon significative.
  • Les sorties : La minéralisation annuelle qui dépend de la température et de la pluviométrie, mais aussi du taux d’argile et de calcaire actif, deux éléments qui « ralentissent » la minéralisation en limitant l’activité microbienne. Le travail du sol influence également de façon très significative les sorties, jusqu’à -30 % en semis direct.

La question de la quantité d’humus dans le sol dépend directement de ce bilan entrées/sorties. Les conditions environnementales, la nature de sol et l’activité biologique vont jouer fortement sur les dynamiques d’humification et de minéralisation. L’aventure de la reconquête du statut organique des sols commence par l’équilibrage de ce bilan.

La lignine : une fonction trop sous-estimée des praticiens et délaissée d'une agronomie « de la minéralisation »

Si votre taux de matière organique est faible ou s’il décroit, et si votre activité biologique chute, c’est uniquement car les apports en matières végétales sont trop faibles.

Pour reconstituer le « statut organique » de votre sol, constituer un système de culture créateur d’humus est essentiel. Les apports permettant de constituer votre stock d’humus qu’il soit issu de couverts végétaux, de votre culture ou d’amendement organique sont toujours fortement pourvu en lignine. Le taux de lignine d’une matière végétale augmente quand son poids sec augmente.

Ainsi, une façon simple de venir évaluer le taux de matières organiques soutenu par un système de culture est de venir additionner les tonnes de matières sèches apportées par l’ensemble des végétaux cultivés et les apports externes.

Entrées carbone MSLa lignine constituant les parois et parties « dures » de la plante, le taux de lignine augmente quand le taux de matières sèches augmente. (©Centre de développement de l'agroécologie)

L’utilisation de cette méthode a démontré des variations sensibles dans la corrélation entre taux de matières sèches et taux de matières organiques des sols, mais en règle générale l’apport de 20 t de matières sèches (MS) permet d’entretenir entre 3,5 et 5 % de matières organiques et de soutenir une chaîne alimentaire des sols actives, notamment les lombrics qui se nourrissent directement de lignine et de matières sèches. Apporter ces 20 t de matières devrait être un objectif pour tout agriculteur souhaitant reconstituer une fertilité de ses sols. La santé complète d’un sol ne saurait se considérer sans ces décomposeurs littéralement « mangeurs de lignine » qui dynamisent le cycle du carbone et complètent la chaine alimentaire, dont les champignons font partie. Par un objectif apport de matières sèches, l’agriculteur peut désormais piloter à la fois son taux de matière organique de façon simple mais aussi l’activité des décomposeurs primaires et secondaires qui sont à la base d’une fertilité biologique complète.

L’addition magique : réguler vos apports de matières sèches pour piloter votre taux de matière organique des sols

La rotation est souvent en cause car, sans les apports des intercultures, il est très difficile de maintenir des flux de carbone constants et suffisants. Des apports de fumiers récurrents peuvent venir combler ce manque mais ne pourront pas vraiment créer une continuité d’activité racinaire essentielle à une activité microbienne vivace.

Dans une agronomie qui assume que la fertilité des sols est en majeure partie due à une activité biologique vivace, la rotation doit être pensée pour maintenir de la racine active au maximum. Les apports d’amendements organiques (fumier, broyat…) doivent venir renforcer une situation saine et non compenser une rotation mal pensée. Le principe d’équilibrage du carbone passe par une addition simple, comptabilisée en tonne de MS :

  • apport des amendements ;
  • apport des cultures : biomasse des résidus et des racines ;
  • apport des couverts végétaux : biomasse des résidus et des racines.

Evaluer les entrées du systèmeÉvaluer les entrées du système de culture. (©Centre de développement de l'agroécologie)

Pour estimer la production de biomasse d’un couvert il suffit d’utiliser l’abaque suivante :

Abaque pour estimer la quantité de biomasse des plantesAbaque pour estimer la quantité de biomasse des plantes. (©Centre de développement de l'agroécologie)

La part racinaire et la part foliaire ne sont pas toujours corrélées mais par souci de simplification et pour favoriser l’adoption de la méthode par les agriculteurs qui ont souvent peu de temps à y consacrer, on adoptera la règle des 50/50. Ainsi, 3 t de MS en biomasse aérienne produira 3 t de MS en biomasse racinaire.

Un exemple d’une rotation standard : blé > soja > blé > maïs > maïs

En prenant l’exemple d’une rotation classique dans un département comme le Rhône, on peut évaluer les entrées carbones en tonne de matières sèches. On peut constater un déficit global sur la rotation de 39 t de MS malgré des couverts végétaux.

ExempleExemple d'une rotation classique dans le département du Rhône. (©Centre de développement de l'agroécologie)

Le constat grâce à ce bilan humique simplifié permet d’évaluer le chemin pour retrouver des flux de carbone positifs et suffisants, régénérer sa chaîne trophique et augmenter sa biodiversité des sols et retrouver un « volant d’auto-fertilité » élevé.

D’expérience, si les 20 t de MS sont parfois complexes à trouver chaque année, en-dessous de 15 t de MS, le seuil d’alimentation carbone est trop faible pour générer de vrais services au travers de la fertilité biologique des sols.

Dans l’exemple présenté on peut, tout en gardant la même rotation, augmenter de façon très significative les entrées et diminuer les sorties.

- Levier 1 : Limiter les sorties par la diminution du travail du sol.
- Levier 2 : Augmenter les entrées en optimisant les couverts végétaux.

  • Entre le blé et le soja : un couvert de seigle forestier/triticale couché suivi d’une implantation de soja en semis direct. Addition de 10 t de MS.
  • Entre le blé et le 1er maïs : Le blé peut être fait sous couvert de trèfle blanc + lotier. Ceux-ci seront ensuite préservés et un semis de couvert d’automne composé de 60 à 70 % de légumineuses (triticale, avoine, féverole, pois) pourra suivre. Addition de 7 t de MS.
  • Entre les 2 maïs, le couvert 100 % féverole pourrait être optimisé et être composé à l’identique du couvert précédent. Addition de 4 t de MS.

Ainsi, avec ces pratiques 21 t de MS sont ajoutées au système, la diminution du travail du sol réduit les sorties. Sur cinq ans, si on n’atteint pas 20 t de MS on atteint presque 17 t de MS ce qui est un résultat satisfaisant.

À vous de pratiquer et de créer vos rotations régénératrices de la vie de vos sols grâce à cette méthode simple et pragmatique, qui si elle ne satisfait pas le chercheur, saura très certainement apporter un outil fiable pour les praticiens.

Auteur : Sébastien Roumegous.

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