[Tribune] Francois Mandin, agriculteur « L'agriculture de conservation des sols, enfin reconnue par le monde agricole »

François Mandin Terre-net Média

[Tribune de François Mandin] Agriculteur dans le Marais poitevin et président de l'Association pour la promotion d'une agriculture durable pour la région Centre Atlantique depuis 2012, François Mandin est engagé depuis plus de vingt ans dans l'Agriculture de conservation des sols (ACS). Il a plaisir à voir «  l'ACS (enfin) reconnue par le monde agricole mais vit cette reconnaissance comme une récompense et d'une certaine façon aussi comme une crainte ».

François MandinFrançois Mandin présente son engagement dans l'Agriculture de conservation des sols et ses pistes de réflexion quant à son évolution. (©François Mandin)

Les premiers pas : prise de risques  

François Mandin
Agriculteur à Luçon, Vendée.
Installé depuis 1987 en Gaec à trois associés.
Exploitation agricole de 220 ha, polyculture avec irrigation, stockage à la ferme et prairie de marais.
Engagé depuis 20 ans dans le mouvement de l'ACS au sein de l'association Base puis de l'Apad.
Président de l'Apad Centre Atlantique depuis 2012.

« Il y a vingt ans, avec mes associés, nous avons décidé de vendre la charrue puis tous les outils de travail du sol. Nous expérimentions alors de nouvelles pratiques, (pas de travail du sol, couverture du sol, diversité des cultures) avec un seul leitmotiv : lier notre acte de production à une volonté de protection de notre milieu de vie, en plaçant le sol au centre de cette dynamique. Cela a été pour nous tous une révélation : nous pouvions enfin imaginer un avenir équilibré, alliant objectif économique et réponse aux enjeux environnementaux déterminants sur notre territoire (le Marais poitevin).

Nous avons eu rapidement à cœur d’expliquer, d’observer, d’échanger avec les voisins, les touristes. Les voir comprendre la cohérence d’un système qui met au centre la vie du sol, et son amélioration constante dans un cycle durable, était pour nous un émerveillement et un encouragement.  

Remise en cause par nos pairs

Cet encouragement a été pour nous indispensable, car ce bouleversement des pratiques et des logiques de recherche agricole, n’était pas alors soutenu, ni même considéré. Plutôt que d’épauler ces agriculteurs qui imaginaient un avenir différent, nous avons été souvent méprisés par nos propres collègues qui concentraient leur regard sur nos échecs et jamais sur les résultats et l’objectif que nous nous étions fixés. Aucune de nos organisations, qu’elles soient économiques (nos coopératives), de représentation (syndicats ou groupements professionnels), ou même de recherche (Inra, Arvalis) ne nous a apporté alors un quelconque soutien. Pire, beaucoup n’avaient de cesse de s’efforcer de prouver que cela ne valait rien : « pas efficace », « pas économique », « pas durable », « pas prouvé scientifiquement ». Nous n’étions pas légitimes et surtout pas un exemple pour nos collègues agriculteurs.

Au moment, où le vent se positionne lentement dans les voiles de l’agriculture de conservation, je souhaiterais exprimer ma conviction la plus profonde.  

Confirmation de nos convictions

Aucun « cahier des charges » descendant ne saurait accélérer la dynamique que nous avons créée. Car cette agriculture-là, née de la conviction des hommes de terrain et de leur prise de risque quotidienne, échappe à toute logique de contrôle ou de standardisation. Elle s’appuie sur un cycle continu d’amélioration, d’innovation et de recherche, autour de l’expertise des agriculteurs.

La recherche d’une valorisation économique s’appuie sur une réduction des coûts de production et des impacts négatifs sur le milieu. La plus-value produit n’est pas l’ADN premier de nos pratiques mais une conséquence induite. Avant de vouloir partager une hypothétique valeur marketing, surtout avec ceux qui ont contribué largement à emmener les écosystèmes et les hommes au bord du gouffre, il faut construire un partenariat équilibré, en confiance, dans le respect de nos spécificités.

Sous peine de se perdre et de ne pas tenir ses promesses, l’ACS doit rester entre les mains de ceux qui l’ont réfléchie, mise en œuvre, améliorée, partagée, confrontée, fait connaître, c’est-à-dire les agriculteurs.

Nous savons que beaucoup de défis restent devant nous : progrès technique, diffusion des pratiques et surtout communication aux consommateurs et citoyens.

L’avenir : cultivateur et citoyen

J’observe sur ma ferme et dans les collectifs associatifs que l’ACS répond véritablement aux enjeux de durabilité. Elle dynamise, redonne confiance, fierté et espoir aux agriculteurs. Je crois profondément qu’elle peut prendre sa place dans la société et auprès des consommateurs.

Nos pratiques ne valent que par les résultats qu’elles produisent et nous sommes nombreux à constater que le respect du sol permet ces bénéfices formidables. Il nous faut maintenant trouver ensemble, les indicateurs de résultats pertinents : stockage du carbone, réduction des gaz à effet de serre, réduction de l’érosion, qualité des produits, restauration de la biodiversité, amélioration de la qualité de l’eau, progression de la qualité de vie…

Cette nouvelle page dans l’histoire de l’Agriculture de conservation des sols, je serais heureux de la voir s’ouvrir via la consolidation d’un groupement de cultivateurs et peut-être la  création d’une marque, appartenant aux agriculteurs et reconnue par les consommateurs.  

Dans ce cadre, nous travaillerons avec tous ceux qui partagent les mêmes valeurs de liberté, d’autonomie, de responsabilités, d’innovation, d’équilibre environnemental et de prise de risques. Je suis convaincu, que ce sont ces mêmes principes qui permettront de construire ensemble cette nouvelle agriculture, qui remet au centre, les hommes, producteurs comme consommateurs, dans un cycle de vie qui engage chacun. »


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