Agriculture de conservation Trois agriculteurs face au problème des résidus au moment des semis

Nicolas Cavenne Terre-net Média

Les semoirs doivent être capables de semer sur un sol préparé, sur chaumes en présence ou non de paille, ou bien sur couverts végétaux. Ils doivent s’adapter à toutes les conditions aussi bien météorologiques que culturales. Donc être polyvalents tout en respectant les pratiques particulières de chaque exploitant, la densité de semis par exemple. Sa mission principale étant cependant de placer la graine dans un environnement favorable à son développement.

Yves Gosselin en agriculture de conservationDepuis 2001, Yves Gosselin implante ses cultures sous couvert avec son semoir à disques. (©Yves Gosselin)

À dents ou à disques ? Trois agriculteurs du Pas-de-Calais expliquent comment ils ont choisi leur semoir. Tout d’abord, les trois modèles sont capables de semer des mélanges de couverts végétaux sur chaumes, mais aussi du blé directement sous couvert avec une perturbation minimale des sols.

En effet, les trois producteurs, membres de l’Apad 62, pratiquent l’agriculture de conservation, un mode de production reposant sur la réduction voire la suppression du travail du sol, une couverture permanente des parcelles et une diversification des cultures. Des conditions qui font un bon terrain de jeu pour jauger les performances de leur semoir.

Un semoir tout terrain

Sur son exploitation, à Sorrus, Yves Gosselin possède un Semeato, qui sème ses céréales et ses couverts végétaux sans préparation préalable, sur chaumes avec présence ou non de résidus, ou sur des couverts. Afin de réaliser ces différents semis, le semoir est composé d’une trémie pour les grosses graines et d’une autre pour les petites.

La distribution à cannelures dose la semence et l’envoie aux 17 doubles disques droits indépendants. Ces derniers tranchent les débris et ouvrent un sillon dans lequel seront positionnées les graines. Montés sur deux rangées, ils évitent les bourrages lors des semis sur couverts denses. Chaque élément semeur reçoit une pression de 200 kg, « qui permet au disque de couper les résidus de récolte et de rentrer dans le sol par temps sec pour semer le colza », précise l’exploitant. Le contrôle de la profondeur, par cales, de chaque rang garantit un semis régulier. Les roues de rappui suivent chaque soc semeur pour refermer le sillon.

« En conditions humides, le semoir à disques a tendance à lisser le fond du sillon. Lorsque je sème un couvert sur chaumes, il enfonce les débris végétaux et les graines ont du mal à lever. Quand c’est possible, je fauche à 30 cm du sol pour diminuer la quantité de paille broyée restant sur la parcelle. La position de la graine et le contact terre/graine sont meilleurs avec un maximum de paille sur pieds », poursuit Yves Gosselin.

Simplicité d'utilisation

Même constat pour Nicolas Capon, installé à Beaurainville, et équipé, lui aussi, depuis 2012, d’un Semeato. Les semis sont réalisés soit en direct, soit en techniques culturales simplifiées. Pour résoudre le problème de la paille, il sème ses couverts à la volée en même temps qu’il passe avec son déchaumeur à disques. Deux trémies montées sur l’outil permettent d’envoyer les grosses graines, type féverole et avoine, après les rangées de disques et les petites avant le rouleau.

« Réussir l’implantation des couverts est un pilier de l’agriculture de conservation », affirme Thierry Fourmaux, cultivateur à Rumaucourt. En 2014, il a investi dans un semoir à dents de marque Aitchison Sim Tech pour éviter la paille au fond du sillon.

Les résidus sont tranchés par une rangée de disques ouvreurs à l’avant de la machine. Celle-ci dispose ensuite de deux rangées de dents semeuses, munies de socs en carbures en T inversé. En plus de repousser les débris végétaux, ils affinent la terre grâce à une légère vibration des dents. La semence est alors positionnée à la base du sillon. Un disque de mousse en rotation assure la distribution des graines de taille différente. Un rouleau Springflex contrôle la profondeur de travail. Enfin, une herse à chaîne lourde nivelle le sol.

Semoir AitchisonVue des différents éléments du semoir Aitchison. (©Nicolas Cavenne)

Thierry Fourmaux est satisfait de son Aitchison pour semer des couverts sur paille. Cependant, il doit adapter le chantier pour les semis de blé sous couvert ou sur chaumes en présence de résidus de paille. Les dents ratissent les couverts, ce qui provoque des bourrages. « Pour éviter ce phénomène, il suffit de les broyer ou de les rouler perpendiculairement au sens du semis. Les couverts couchés sont alors coupés par les disques à l’avant de l’engin. »

Par ailleurs, l’agriculteur aimerait que chaque rang puisse travailler à une profondeur différente. À défaut, il doit impérativement semer en terrain plat. « Après les derniers arrachages de betteraves en novembre, j’utilise un déchaumeur à queue de cochon pour restructurer le sol, suivi d’un léger passage de herse rotative avant de semer. »

Nicolas Capon, quant à lui, possède des parcelles avec beaucoup de cailloux : « j’ai essayé un outils à dents. Mais, il remonte et aligne toutes les pierres en surface. »

Des outils peu énergivores 

L’effort de traction est peu sollicité sur ces semoirs Semeato et Aitchison. Les exploitants sèment avec des tracteurs de 90 à 120 ch, et roulent selon les conditions entre 7 et 10 km/h. Pour emblaver, ils consomment 5 à 6 l/ha. « Un régime moteur de 1 100 tr/min suffit à tirer le Semeato », indique Yves Gosselin. Pour 100 ha semés, les frais d’entretien s’élèvent à 500 €/an pour l’outil à disques et 600 €/an pour celui à dents. Nicolas Capon estime le coût de son chantier de semis de blé à 30 €/ha.

Les trois hommes apprécient la qualité de levée des cultures. Les semoirs s’adaptent aux différentes graines mais il faut connaître les points forts et points faibles de chacun. Aux producteurs de s’adapter à leur matériel, selon les conditions de chantier.


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