Jaunisse de la betterave Alain Commissaire, de Cristal Union, demande « du temps » pour la filière

AFP

Le directeur-général du groupe sucrier français Cristal Union, Alain Commissaire, justifie la réintroduction sous conditions des semences de betteraves enrobées d'un insecticide interdit depuis 2018 : « Il faut donner du temps à la filière. La recherche n'a pas suivi », avance-t-il.

Le gouvernement veut obtenir un changement de la loi dès cet automne en France et permettre, jusqu'en 2023, l'utilisation de semences enrobées avec certains insecticides neonicotinoides jugés dangereux pour les pollinisateurs. Qu'en pensez-vous ?

Alain Commissaire : « C'est une décision pragmatique. On donne du temps à la filière. On a été trop vite en France en misant sur une réglementation immédiate, on pensait que la recherche allait suivre. Mais elle n'a pas suivi encore. Il nous faut du temps pour que les sélectionneurs de semences fassent leur travail. C'est comme le Covid et le vaccin, on mise dessus, mais on ne l'a pas encore. On peut faire le parallèle entre la santé humaine et le traitement des plantes ».

Quelles sont les baisses de rendement attendues cette année dans les cultures de betteraves à cause de la « jaunisse » qui se développe dans les champs ?

Alain Commissaire : « Avec les premiers prélèvements dans les champs, nous voyons des pertes de rendement qui dépassent 50 % en valeur cette année et, en moyenne, nous estimons (qu'elles) vont être de 30 % au moins. Ce qui place la France et toute la filière en situation très difficile, vu qu'elle est le premier producteur de betteraves à sucre en Europe. On conjugue une sécheresse suivant un hiver doux, à une maladie, la jaunisse des betteraves transmise par le puceron vert, qu'on n'avait pas vue depuis plus de 25 ans ».

Est-ce que la production de sucre pourrait disparaître de France si rien n'était fait ? 

Alain Commissaire : « Peut-être pas totalement, mais elle serait terriblement affectée et les planteurs découragés, ce qui affecterait la production de sucre, mais aussi d'alcool, d'éthanol et de produits hydroalcooliques. La betterave à sucre est une valeur agricole, mais aussi industrielle et d'avenir, car elle est adaptée aux schémas de décarbonisation qu'on doit adopter d'ici 2030, via la méthanisation. Cette culture soutient plus de 45 000 agriculteurs et près de 10 000 salariés dans les sucreries en comptant les saisonniers. C'est une vraie filière de souveraineté industrielle et agricole pour le pays ».


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