Consommation Contre le gaspillage alimentaire, un « pacte » sur les dates de consommation

AFP

Lutter contre le gaspillage via une meilleure « gestion et compréhension des dates de consommation » : c'est l'objectif d'un « pacte » signé mardi par 38 distributeurs, fédérations professionnelles, associations de consommateurs et industriels de l'agroalimentaire.

Ces premiers signataires, qui espèrent être rejoints par l'ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire, y prennent dix engagements « co-construits, concrets et mesurables », indique un communiqué de l'initiative. Ces engagements reposent sur quatre idées : « éduquer et sensibiliser l'ensemble des publics », « clarifier la différence entre DLC (date limite de consommation) et DDM (date de durabilité minimale) auprès des consommateurs », « optimiser la valorisation des produits exclus des circuits de vente » et enfin « collaborer entre acteurs du secteur pour harmoniser les bonnes pratiques et optimiser les flux de distribution ». Les signataires s'engagent par exemple à tester en magasins des rayons « antigaspi ».

« On est assez positivement surpris par le nombre d'acteurs qui se sont ralliés : à présent, chacun doit bosser de son côté sur le sujet », explique à l'AFP Lucie Basch, la fondatrice de l'application anti-gaspillage « Too Good To Go » à l'origine de l'initiative. Notre action consiste en « les fédérer, autour d'engagements concrets et "réplicables" », souligne la jeune femme, tout en se disant consciente qu'il est « très compliqué de se donner des objectifs chiffrés ».

« Compétition positive »

En 2021, un point d'étape sera fait et d'ici là, un comité de suivi mis en place avec une feuille de route distribuée à chacun, assure-t-elle, en déplorant que la dernière étude sur le gaspillage de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) date déjà de 2016. Les engagements pris doivent être déployés « le plus vite possible », insiste Lucie Basch, même si « les échelles de temps sont différentes » selon la taille de chacun.

Chez Carrefour, la lutte contre le gaspillage a commencé dès 2014, affirme à l'AFP Bertrand Swiderski, directeur RSE du groupe, qui a lancé plusieurs initiatives en solo mais avec l'idée qu'elles deviennent des « standards du marché », dans une ambiance de « compétition positive ».

Le distributeur vend ainsi déjà des produits « à date courte », deux à trois jours avant expiration de la DLC, avec une réduction de 30 %. Et cet hiver, dans 14 hypermarchés en Bretagne, « on a testé des ventes à DDM dépassée - jusqu'à un mois - avec un prix "rond" », explique Bertrand Swiderski. Certes, cela nécessite un « accompagnement du consommateur » car « tout ne se vend pas », notamment le haut de gamme. Cette pratique, qui vise surtout « les produits de grande consommation » précise-t-il, sera déployée « dans l'ensemble des hypermarchés » du groupe. Carrefour a également allongé la DLC de certains produits, comme les lardons (de 50 à 70 jours), et « pour les DDM, lorsque la loi nous y autorisait, nous les avons supprimées ».

Produire à « juste dose »

Par ailleurs, « nous avons demandé en octobre à la commission européenne la possibilité de modifier cette règlementation pour, pourquoi pas, supprimer les DDM sur le riz, les pâtes, les céréales, les conserves... », ajoute le dirigeant. Enfin, par souci de pédagogie, les mentions « à consommer de préférence avant fin » et « meilleur avant » figurent désormais ensemble sur tous les produits d'épicerie à marque Carrefour.

Au sein du groupe fromager Bel, propriétaire des marques Vache qui rit, Kiri ou Babybel, « nous prenons le sujet très au sérieux et cela depuis de nombreuses années », assure aussi à l'AFP Elodie Parre, directrice RSE du groupe. Elle fait valoir que le format « en portion individuelle, signature du groupe Bel depuis plus de 150 ans », permet une conservation optimale des produits en offrant la « juste dose ». En outre, « la fabrication des produits est ajustée au plus près des estimations de ventes pour éviter toute surproduction dont les débouchés ne seraient pas assurés » : ainsi, « 99,9 % des produits finis Bel sont commercialisés ou donnés à des associations ».

« Faute d'évolution réglementaire, Familles Rurales attend que les expérimentations qui seront mises en place permettent un meilleur étiquetage des produits pour plus de lisibilité pour les consommateurs », a estimé pour sa part Dominique Marmier, président de la fédération nationale Familles Rurales.


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