Crise en Ukraine La production de céréales pose problème, pas leur commercialisation

Terre-net Média

Au cours d'un entretien accordé à Terre-net média, Lucille Brazzini, analyste marchés à Offre et demande agricole rend compte de l'évolution de la situation agricole et économique en Ukraine depuis l'annexion de la Crimée par la Russie.

Chargement de camion à Odessa.Transport de céréales à Odessa. (©Offre et demande agricole)

Terre-net Média (Tnm) : L’annexion de la Crimée modifie-t-elle les activités commerciales de l’Ukraine ?

Lucile Brazzini (LB): La crise en Ukraine est économique et politique mais pas sociale. Les activités commerciales se déroulent normalement car les céréales sont embarquées dans les ports ukrainiens (Odessa en particulier) et non pas de Crimée.

Le rythme des exportations de maïs, qui est la seule culture encore stockée à cette période de l’année, reste intense. Le gouvernement a besoin de devises pour être crédible auprès du Fonds monétaire international dans les prochaines semaines afin de bénéficier des prêts nécessaires pour soutenir l’activité économique du pays. Mais faute de marchandises, le flux va forcément se tarir. A moins que les agriculteurs soient davantage tentés de vendre au compte-gouttes leurs grains pour ne pas détenir trop de liquidités en hryvnia. La monnaie s’est déjà fortement dépréciée.

Coordination rurale : « L'UE livrée à la concurrence déloyale »

« Au lieu de vouloir réguler le marché et respecter le principe de préférence communautaire en stoppant ces importations, la Commission européenne demande aux Etats-membres et au Parlement européen de valider un projet d’accord de libre-échange pour qu’il puisse être effectif dès le mois de juin 2014, l’objectif étant d’aider Kiev dans la tourmente politique. Les problèmes actuels de l'Ukraine ne gênent en rien ses exportations agricoles. Bien au contraire, avec une monnaie qui baisse et des exportations de céréales qui se font en dollar US, la situation est très favorable pour les grandes fermes ukrainiennes.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres !

Curieusement, la filière française est silencieuse face à ces importations de maïs qui déstructurent le marché européen. Ce mécanisme pervers permet en fait de réexporter plus de blé sur les pays tiers : plus on importe de maïs, plus on a de blé à exporter !

Ce jeu est très dangereux. L’UE a déjà abandonné les protéines végétales et se trouve dépendante des importations de soja Ogm pour nourrir son bétail.

Si l'UE poursuit dans cette voie, dans quelques années la sole de maïs se réduira au profit de la monoculture de blé, les élevages devront avoir recours à des importations de maïs Ogm et le Commissaire à l’agriculture Dacian Ciolos, s’il est encore en poste, tiendra les agriculteurs pour responsables – alors qu'ils sont les victimes – et les condamnera à encore plus de verdissement stupide ! »

Tnm : Quelles seront donc les difficultés des agriculteurs dans les prochaines semaines ?

LB : Le financement de leurs campagnes actuelle et à venir. Les agriculteurs ukrainiens ne peuvent pas compter sur leurs banques pour leur allouer les crédits de campagne nécessaires ou sinon à des taux d’usurier. Ils ont acheté les semences de maïs nécessaires pour cultiver leurs terres sans avoir les moyens financiers pour les faire pousser. Dit autrement, ils ne pourront pas épandre les quantités d’engrais et de produits de protection des plantes pour leur assurer de bons rendements.
Ce rationnement est imposé aussi bien aux cultures d’hiver que de printemps. Il faut donc s’attendre à une moindre production de maïs sans savoir, à ce jour, dans quelle proportion elle sera plus faible.

Tnm : Les marchés ont-ils déjà intégré la nouvelle donne ?

LB : A la sortie de l’hiver, les marchés ont déjà pris en compte le risque de sécheresse qui porte atteinte à la reprise de la végétation des céréales et qui retardera les levées des semis de printemps (céréales, tournesol, maïs). Ils ont aussi intégré les difficultés évoquées précédemment pour la culture de maïs et les plus faibles rendements qui en découleront.

Mais personne n'est en mesure de dire si la production de maïs sera fortement réduite ou pas. Offre et demande agricole pense que non.

Notons cependant que l’augmentation récente des prix du maïs rend la céréale moins compétitive. Ce qui limite pour le moment sa hausse.

Tnm : Quelle est l’autre alternative des agriculteurs pour faire face au renchérissement des intrants ?

LB : Implanter du tournesol ou du soja. Ce sont des plantes moins chères à semer et moins gourmandes en intrants. 

Tnm : Sinon, la situation des agriculteurs ukrainiens diffère-t-elle selon les régions ?

LB : Qu’ils soient russes de l’est ou ukrainiens de l’ouest, les difficultés économiques des agriculteurs sont les mêmes. La crise est nationale pas régionale. Et si les agriculteurs russophones étaient par malheur isolés, ils pourraient toujours compter sur la Russie pour acheter leurs récoltes.

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