Conjoncture économique Le talon d’Achille de l’agriculture française n’est pas son niveau d'équipement

Terre-net Média

Au premier semestre 2019, le marché français de l’agroéquipement neuf a vu ses ventes bondir. Mais la conjoncture se prête-t-elle toujours à une si belle évolution pour 2020 ? Les industriels adhérents à l’Axema, syndicat des professionnels de l’agroéquipement, émettent quelques réserves.

D'après les industriels de l'agroéquipement, le marché du neuf des équipements agricoles en 2019 devrait se rapprocher de son record, 6 milliards d'eurosEn 2019, le marché du neuf des équipements agricoles devrait se rapprocher de son record, 6 milliards d'euros. (©Terre-net Média)

 « Dans le secteur de l’agroéquipement, la France a toujours accentué les variations de marché par rapport aux autres pays européens. On se souvient de 2016, une année catastrophique pour l’agriculture et les ventes de matériel, en revanche, 2019 sera une bonne année », décrypte David Targy, responsable du pôle économique de l’Axema, syndicat des professionnels de l’agro-équipement. Et les chiffres ne diront pas le contraire, plus 15 % de part de croissance pour le marché français des agroéquipements neufs sur le premier semestre 2019.

La France, marché le mieux orienté d'Europe

Le marché du neuf* des agroéquipementsLe marché du neuf* des agroéquipements. (©Insee, Douanes, Calculs Axema)

Au premier semestre 2019, le marché français de l’agroéquipement a vu ses ventes bondir. Trois facteurs ont soutenu cette forte hausse. En premier, la conjoncture agricole favorable : les revenus et les marges des productions ont sensiblement augmenté. Mais surtout, il y a eu un effet de rattrapage : « cette année, les exploitations, notamment en grandes cultures, ont effectué les investissements qu’elles avaient différés en 2016 et 2017. De plus, leur choix s’est dirigé vers du matériel de plus forte valeur. ». À titre d’exemple, la puissance moyenne d’un tracteur standard est passée de 120 ch en 2008 à 145 ch en 2019, sans oublier le coût de la technologie qui lui est associé.

Le marché 2019 va se rapprocher de son niveau record, près de 6 milliards d'euros atteint en 2013.

Du côté des industriels français, la situation est plus nuancée. Les exportations qui représentent la moitié de leur chiffre d’affaires se sont détériorées au fil des mois. « La demande en matériel est faible car le stock est élevé dans les concessions étrangères. C’est le cas de l’Allemagne mais aussi du Royaume-Uni avec le Brexit. »
Chiffre d'affaires des industriels de l'agroéquipement en France au premier semestre 2019 : + 5,3 % 

Perspectives 2020

Les tendances par segments de la demande en 2020 ( 54  Les tendances par segment de la demande en 2020 (Échantillonnage : 54 réponses sur 234 sociétés membres de l'Axema) (©Axema)

La tendance aux investissements devrait également être freinée sur la scène nationale en 2020, comme c’est déjà le cas en cette fin d’année. En cause : la situation économique et le moral des agriculteurs. « Le talon d’Achille de l’agriculture française n’est pas son niveau d’équipement », considère David Targy. Mais plutôt, la volatilité des prix agricoles, qui sont retombés au cours de l’été et la baisse de production dans certains segments. Certains sont plus touchés que d’autres, comme le secteur bovin alors qu’il représente à lui seul 33 % des parts du marché. L’agribashing, les accords commerciaux et l’envolée de la sinistralité n’arrangent pas la donne.

Et demain ?

Questionnaire: Etes-vous d'accord avec les affirmations suivantes concernant le monde agricole? (Echantillonage: 54 réponses sur 234 sociétés menbres de l'Axema)Questionnaire : Etes-vous d'accord avec les affirmations suivantes concernant le monde agricole ? (Échantillonnage : 54 réponses sur 234 sociétés membres de l'Axema) (©Axema) 
Les industriels s’interrogent sur l’avenir de la filière et sont 76 % à penser que les approches culturales adoptées par la nouvelle génération d’agriculteurs vont bouleverser le marché des agroéquipements dans les 5 à 10 prochaines années. « Nous observons déjà cette tendance. Les agriculteurs investissent de plus en plus en faveur des solutions de désherbage mécanique et des semoirs à doubles trémies », précise Jean-Christophe Regnier, directeur de Lemken France. De même, pour la place de la robotisation. Cependant, les professionnels interpellent sur la communication grand public qu’il faudra effectuer afin que le changement puisse s’opérer correctement.


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