Bilan de la moisson 2019 « On a eu le sourire en juillet, on l’a beaucoup moins en août »

Arnaud Carpon, avec AFP Terre-net Média

Les représentants de l’AGPB, la branche céréalière de la FNSEA, dressaient, comme chaque année, leur bilan de la moisson estivale. Pour les céréaliers, la satisfaction d’une très bonne récolte 2019 tant en quantité qu’en qualité laisse la place à l’inquiétude quant à l’évolution des prix. Depuis début août, la tonne de blé rendue Rouen a perdu près de 10 €.

Eric Thiroin, président de l'AGPB (à droite), et Philippe Heusele, secrétaire général, ont dressé le bilan de la moisson 2019, sur fond d'inquiétude quant à l'évolution des prix du blé.Éric Thirouin, président de l'AGPB (à droite), et Philippe Heusele, secrétaire général, ont dressé le bilan de la moisson 2019, sur fond d'inquiétude quant à l'évolution des prix du blé. (©Terre-net Média)

Les moissons passent, années après années, mais ne se ressemblent décidément pas. Pour les leaders de l’AGPB, qui représente les céréaliers au sein du syndicalisme majoritaire, « la moisson 2019 est exceptionnelle », tant en quantité qu’en qualité. Selon les chiffres du ministère de l’agriculture et de Franceagrimer, la récolte de blé tendre devrait atteindre 38,2 Mt cette année, « soit 12 % de plus qu’en 2018 », a expliqué avec satisfaction devant la presse Eric Thirouin, le président du syndicat céréalier.

« Mais », car malheureusement il y a souvent un « mais », « il y a une grosse inquiétude car les prix ont dévissé de plus de 10 €/t en 15 jours ». Soit exactement la situation inverse à celle vécue l’an passé. En 2018, la récolte de blé tendre avait été en recul par rapport à l’année précédente, à cause des aléas climatiques, mais les prix avaient bondi au cours du mois d’août pour atteindre les 200 €/t sur le marché à terme Euronext.

Après « l’espoir » en 2018, l’évolution des prix en cette fin août 2019 suscite désormais « l’inquiétude » des céréaliers. Le prix du blé se trouve dévalué à cause, notamment, de la pression de l'offre mer Noire

Sur le plan quantitatif, le tableau général ne doit pas cacher la situation de certaines régions. Les agriculteurs de la plaine de la Limagne notamment (à proximité de Clermont-Ferrand) « ont connu une sécheresse en continu depuis décembre » et l'Auvergne connaît une récolte désastreuse en termes de rendement », a rappelé Éric Thirouin. « Il n'est tombé que 140 millimètres de pluie cette année dans la région, alors que la moyenne est de 600 millimètres. C'est une catastrophe. Mes parcelles peinent à dépasser les 45 quintaux à l'hectare en blé tendre, alors que mon rendement moyen était de 60 quintaux l'année dernière », témoigne Mathieu Trillon, céréalier dans le Puy-de-Dôme, cité dans le communiqué.

Par ailleurs, en ce qui concerne les autres céréales, la production de blé dur devrait connaître une forte baisse (- 17,7% par rapport à 2018) à 1,5 Mt, malgré un rendement moyen record car les surfaces cultivées ont reculé de 100 000 hectares sur un an. Les cultures d'orge, a contrario, devraient enregistrer une « production record », estimée à 13,4 Mt par l'AGPB, « qui s'explique avant tout par un report important des surfaces de colza en orge », selon un communiqué de l'association. Cependant, l'AGPB ne peut pas encore prévoir quelles quantités respectives d'orge seront utilisées pour les brasseries ou pour l'alimentation animale car, du fait du haut rendement, la qualité des grains pourrait fluctuer.

« On se sent un peu seuls… »

Si chaque moisson diffère de la précédente, il demeure, selon les céréaliers de l'AGPB, une constante dont ils souhaiteraient voir changer : la pression réglementaire et l'absence de vision stratégique de la part du Gouvernement. « Depuis 2017, le Gouvernement nous a poussés vers la transition agro-écologique, pour notamment répondre aux attentes des Français. Nous avons engagé le dossier de la certification HVE de niveau 2 avec l’objectif, à terme, de voir certifiées toutes les exploitations céréalières », explique Eric Thirouin.

« Or on se sent un peu seuls. Le Gouvernement ne nous accompagne pas. Pire, nous subissons des changements réglementaires et stratégiques tous les quatre matins. » En témoigne la hausse de la redevance pour pollution diffuse sur les produits phytosanitaires dans la loi de finances 2019. « Au contraire, pour arriver à réduire l’usage des produits phytosanitaires, nous avons besoin d’investissements, d’innovation et de soutien pour développer la recherche variétale et la robotique. »


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