Concours Graines d'agriculteurs 2021 S'impliquer auprès des plus démunis, naturel pour ces jeunes agriculteurs !

Terre-net Média

Antoine Helleboid, producteur de grandes cultures et maraîcher dans le Pas-de-Calais, est l'un des trois lauréats du concours Graines d'agriculteurs 2021 organisé par Terres Innovantes, le fonds de dotation du syndicat Jeunes Agriculteurs. Ambassadeur de l'association de dons alimentaires Solaal, il donne ses "légumes moches" aux plus démunis et essaie de convaincre d'autres exploitants de faire comme lui. Une 11e édition, placée sous le signe de la solidarité et l'entraide, comme le prouvent les deux autres producteurs de grandes cultures présents parmi les 10 finalistes.

Les noms des trois gagnants du concours Graines d'agriculteurs 2021 ont été révélés aux Terres de Jim à Corbière-en-Provence dans les Alpes-de-Haute-Provence, dimanche 12 septembre. L'un d'eux, Antoine Helleboid, produit des grandes cultures sur 42 ha à Tilques dans le Pas-de-Calais (blé, orge d'hiver, colza, lin textile, betteraves sucrières, pois de conserve, pommes de terre de consommation) et des légumes en maraîchage sur une dizaine d'hectares. Les deux autres producteurs récompensés : Mélanie Durieu (élevage de bovins viande et de chiens) en Seine-Maritime et Matthieu Cannevière (poules pondeuses bio) dans le Calvados.

Qu'Antoine Helleboid ait remporté un prix n'a rien de surprenant, puisque cette édition a pour thème "la solidarité et l'entraide". Depuis son installation en janvier 2015, il donne ses légumes hors calibre, dits "légumes moches", à des associations pour limiter le gaspillage alimentaire. Afin de s'engager encore davantage, le jeune agriculteur de 40 ans est devenu ambassadeur de l'association de dons alimentaires Solaal (Solidarité des producteurs agricoles et des filières alimentaires) et tente de faire adhérer d'autres exploitants agricole à sa cause. « J'essaie de convaincre ceux, qui jettent leurs excédents ou produits abîmés, d'en faire don aux plus démunis », déclare-t-il.

Antoine Helleboid explique sa démarche pour le concours Graines d'agriculteurs :

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« Le don agricole, une grande fierté »

Ses arguments : « Avec Solaal, c'est facile car l'association est en relation avec les Restos du Cœur, Andes, le Secours Populaire et le Secours Catholique. Je leur montre les avantages qu'on retire de cette bonne action, et en particulier la fierté ressentie. » En deux ans, Antoine Helleboid a réussi à entraîner avec lui une dizaine d'agriculteurs. « Tout est encore à construire. Le don agricole, de produits frais issus directement des exploitations, est minoritaire par rapport aux légumes en conserve ou l'argent, détaille-t-il. Solaal est une démarche innovante, en phase de développement. Les initiatives que nous menons dans les Hauts-de-France peuvent être un tremplin pour l’association au niveau national. »

Pour promouvoir celle-ci, il participe entre autres à des reportages télévisés ou écrits. « Voir mes enfants trier les légumes et mettre de côté ceux, qui ne sont pas commercialisables, pour les donner me rend très fier », conclut le jeune cultivateur qui envisage de développer la vente directe, notamment son distributeur automatique, et d'accueillir les écoles maternelles et primaires de son agglomération pour communiquer sur son métier. Pour cela, et pouvoir se libérer du temps pour sa famille, il aimerait embaucher un salarié.

Montrer que les agriculteurs s'impliquent

Deux autres producteurs de grandes cultures étaient parmi les 10 finalistes. Depuis mars 2018, Laura Maniago cultive dans l'Aude du maïs et des oignons semences sur une trentaine d'hectares, ainsi que des légumes en maraîchage sur 10 ha. Comme Antoine Helleboid, elle fait don de ses légumes non vendables à des associations par l’intermédiaire de Solaal. « En tant que productrice de fruits et légumes, je devais trouver une solution pour valoriser mes produits hors calibres, déclassés des circuits de commercialisation mais qui restent tout à fait consommables  », met elle en avant. Ainsi, les bénéficiaires de l'aide alimentaire « peuvent diversifier leurs recettes ».

Découvrez la présentation de Laura Maniago :

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Afin de lutter contre le gaspillage alimentaire, la jeune femme de 27 ans  « aimerait contribuer à favoriser les échanges entre les agriculteurs et les associations de dons ». Elle espère, de plus, que « Solaal sera bientôt présente dans toutes les régions ». « Je me suis inscrite à Graines d'agriculteurs car la thématique me tenait à cœur cette année, je m'y retrouvait totalement », ajoute-t-elle. Par ailleurs, Laura Maniago reçoit des scolaires pour faire découvrir son métier. « Aujourd’hui, il faut s’adresser au jeune public et lui expliquer comment sont cultivés les produits frais, et d’où ils viennent, pense celle qui apprécie beaucoup ces échanges. Il faut montrer que les agriculteurs sont présents ! »

« Aider les paysans des pays pauvres à vivre, et non survivre »

Quant à Luc Raimond, il s'est installé en janvier 2019 à Arces-sur-Gironde en Charente-Maritime sur 380 ha de grandes cultures (orge de printemps, colza, tournesol, maïs pop-corn, pois, féverole de printemps, production de semences) et une vingtaine d'hectares de vignes en appellation Cognac, avec trois associés (son père, son frère et son oncle) et deux salariés. Une partie du blé et de l'orge en particulier sert à la production de semences. Via Afdi (Agriculteurs français et développement international), dont il est vice-président, le jeune homme de 34 ans s'engage auprès des producteurs agricoles malgaches et tchadiens.

Écoutez Luc Raimond parler de son engagement :

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« J’ai découvert les actions d’Afdi grâce à des missions d’échange dans ces deux pays, témoigne-t-il. C’est tout naturellement que je me suis impliqué pour aider les agriculteurs du Tchad à s'installer et s'organiser. » L'association y a en effet fédéré plus de 1 000 exploitants et six fédérations sont désormais reconnues. Des parcelles d'expérimentation et des formations sur les pratiques agricoles avec l’Itrad, l’équivalent de l’Inrae en France, ont été mises en place. Tout un travail a été mené pour faire évoluer la hiérarchie générationnelle et la place des femmes.

Luc Raimond partage régulièrement son expérience avec son entourage personnel et professionnel (amis, voisins, OPA, écoles), afin de « sensibiliser à la nécessité d’aider ces agriculteurs à vivre, plutôt que survivre, et à devenir maître de leur avenir » et qui sait « faire naître des vocations » caritatives. « Ils sont demandeurs de beaucoup d’informations pour se développer et sont riches de savoirs, fait remarquer le jeune producteur, qui a hâte de retourner au Tchad pour voir les évolutions dès que la situation sanitaire le permettra. Quand je suis arrivé là-bas, j’ai pris une claque dans la figure car on revenait 100 ans en arrière. Ça fait relativiser sur le fait que même avec tous les moyens techniques que l’on a, nous ne sommes pas forcément plus heureux. »

Retrouvez, sur Web-agri, les éleveurs et éleveuses, lauréats et finalistes de l'édition 2021 de Graines d'agriculteursMélanie, éleveuse et lauréate, « redonne le sourire » aux publics en difficulté

À propos de la visite d'Emmanuel Macron aux Terres de Jim : La réforme de l’assurance récolte dès janvier à l’Assemblée.

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