Phytosanitaires, agro-écologie, ours... Après la démission de Nicolas Hulot, l'agriculture face à un choix tranché ?

AFP

Le désormais ex-ministre de la transition écologique et solidaire ne sera pas regretté par les leaders syndicaux et responsables d'organisations agricoles, certains dénonçant la méthode de l'écologiste. Mais un point de vue commun réunit Nicolas Hulot et le monde agricole : le manque de moyens ! Si Nicolas Hulot estime ne pas avoir eu les moyens pour engager plus fortement la France vers la transition écologique, les agriculteurs, eux-aussi, considèrent qu'ils ne sont pas suffisamment aidés pour opérer la « transition » des modèles de production.

Le 22 septembre 2017, Nicolas Hulot était venu en personne rencontrer les agriculteurs du bassin parisien, venus manifester sur les Champs-Elysée contre la suppression programmée à court terme du glyphosate.Le 22 septembre 2017, Nicolas Hulot était venu en personne rencontrer les agriculteurs du bassin parisien, qui manifestaient sur les Champs-Elysées contre la suppression programmée à court terme du glyphosate. (©Terre-net Média) 

Produits phytosanitaires, irrigation, biocarburants, réintroduction des loups et des ours : comme ministre Nicolas Hulot s'est confronté à de nombreuses reprises avec les représentants du secteur agricole, au nom du climat, de la biodiversité, de la santé publique ou pour lutter contre la malbouffe.

La sécheresse historique cet été, assortie d'incendies de forêts en Europe du nord et jusqu'en Suède, la multiplication des aléas climatiques imprévus, comme gels tardifs et grêle intempestive, et l'avancement continu des dates de récolte (30 jours en 30 ans sur le vignoble en France), lui ont donné raison sur le constat : le réchauffement est là.

« Mais, Nicolas Hulot s'est contenté d'être dans l'incantation, incapable de décliner une véritable vision agricole, on ne le regrettera pas », dit Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. « Mis à part le dossier de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes où il a eu un rôle très positif selon nous, et celui des loups et des ours, où il a eu un rôle très négatif, il a été incapable de peser d'aucun poids réel sur les sujets agricoles », ajoute-t-il.

La FNSEA rejoint la Confédération Paysanne sur un point, « l'agriculture est en transition, mais il faut des rythmes et des moyens ». Quand Nicolas Hulot dit "je n'ai pas eu assez de moyens", oui bien sûr, je partage (...) nous n'avons pas assez de moyens pour changer les choses », a déclaré à l'AFP Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. Ce sont les ONG qui ont « poussé à bout » Nicolas Hulot, a estimé la patronne de la FNSEA, en soulignant « la goutte d'eau qui a fait déborder le vase » : la présence à l'Elysée d'un lobbyiste pro-chasse lundi soir  alors qu'il n'était pas invité.

« Échec sur la méthode »

« On se fixe des objectifs, mais on en a pas les moyens parce qu'avec les contraintes budgétaires, on sait très bien à l'avance que les objectifs que l'on se fixe on ne pourra pas les réaliser », avait déploré Nicolas Hulot en annonçant son départ sur France Inter.

« Le constat d'échec » fait par Nicolas Hulot, « pour moi, c'est aussi un constat d'échec sur la méthode. Ce n'est pas par la coercition et la contrainte qu'on arrivera à trouver les voies et moyens », a souligné Arnaud Rousseau, céréalier en Seine-et-Marne, patron de la branche oléagineux de la FNSEA et du groupe Avril. Très souvent opposé aux solutions prônées par Nicolas Hulot, Arnaud Rousseau dit néanmoins avoir du « respect » pour Nicolas Hulot qu'il qualifie de « sincère ».

« Peut-être qu'il a été trop impatient ? », s'interroge Jean-Baptiste Millard, du think tank Agridées, en évoquant le décalage temporel entre les mondes paysan et politique : « le temps de l'agriculture, c'est un temps long ».

Plusieurs acteurs du monde agricole estiment néanmoins que, avec ou sans Hulot, le mouvement de l'agro-écologie se poursuivra sous la pression de l'opinion et des consommateurs. « Il y a une aspiration à manger mieux dans les villes et une volonté des collectivités locales pour s'organiser qui appellent à un changement de modèle agricole », estime Laurent Pinatel : « Nous sommes dans les soubresauts d'un système qu'il va falloir faire évoluer, avec ou sans Hulot ». Constat partagé par Jean-Baptiste Millard. Nicolas Hulot s'est d'ailleurs félicité d'avoir « changé de tropisme sur les pesticides » et d'avoir fait entrer le pays « dans une dynamique qui va nous permettre de nous séparer, un par un, d'un certain nombre de molécules ».

Mais cet optimisme est loin d'être partagé par tout le monde : « La démission de Nicolas Hulot est une victoire pour les lobbyistes du glyphosate et de l'agriculture intensive et de mauvais augure dans la perspective de la prochaine Pac (politique agricole commune) », a ainsi déclaré sur Twitter l'eurodéputé socialiste Eric Andrieu.


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