60e congrès de la Fnams Ecophyto, image..: les multiplicateurs de semences en quête de reconnaissance

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Avec des surfaces et une contribution à l'excédent commercial en hausse, les agriculteurs multiplicateurs de semences attendent une meilleure reconnaissance de leur métier de la part des pouvoirs publics. Mais selon Jean-Noël Dhennin, président de la Fnams, la deuxième version du plan Ecophyto actuellement en consultation et l'image ternie du secteur semencier sont autant de menaces à leur activité.

Jean-Noel Dhennin, président de la Fnams et producteur de semences en Eure-et-Loir.Jean-Noel Dhennin, président de la Fnams et producteur de semences en Eure-et-Loir. (©Terre-net Média)

La Fédération nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences fêtait mercredi 10 juin 2015 son 60e anniversaire. Contributeurs de l'excédent commercial de la France à hauteur de 736 M€ en 2014, avec un chiffre d'affaires de 3,2 Mds€ à l'issue de la campagne 2013-2014, les producteurs de semences n'en demeurent pas moins frustrés des faibles reconnaissances et considérations qu'ont les citoyens et les pouvoirs publics à leur égard. « Nous souhaitons mettre en avant notre métier qu'on a tendance à oublier dans la chaîne de la production agricole », regrette Jean-Noël Dhennin, président de la Fnams.


La frustration apparaît d'autant plus légitime que le secteur de la multiplication de semences se porte bien. De l'ordre de 400.000 ha, les surfaces en multiplication sont en hausse. « Les surfaces en blé hybride ont augmenté de 47 % entre 2013 et 2014 », explique Thomas Bourgeois, multiplicateur picard et vice-président de la Fnams en charge des céréales. La France est d'ailleurs le seul pays d'Europe à multiplier les variétés hybrides.

La réforme de la Pac a aussi engendré une demande accrue des obtenteurs pour les légumineuses. Avec la mise en place du verdissement des aides et des surfaces d'intérêt écologique, les surfaces en multiplication de légumineuses ont bondi de 30 %. Les surfaces sous contrat en pois protéagineux sont passées de 5.500 ha en mai 2014 à 7.500 ha un an plus tard. Même évolution pour la luzerne qui est passée de 11.400 ha sous contrat fin mai 2014 à 14.700 ha en 2015.

Ecophyto 2 trop restrictif pour la production de semences

Mais les multiplicateurs de semences sont inquiets concernant le plan Ecophyto 2, que le ministère de l'Agriculture a mis en consultation publique.« Nos productions mineures doivent être prises en compte dans le plan Ecophyto 2 », explique Jean-Noël Dhennin. Inciter les obtenteurs à développer des variétés plus résistantes aux maladies est intéressant, mais « les multiplicateurs ne doivent pas être contraints par des nouvelles interdictions d'utilisation pénalisantes pour la filière semencière ».

Selon la Fnams, les solutions de biocontrôle sont « très compliquées » à mettre en place sur les parcelles en multiplication, « nous comptons 2.400 couples hôtes-bioagresseurs sur nos semences fourragères, potagères et céréalières. Nous ne pouvons pas exclure l'utilisation de solutions chimiques pour continuer à produire ». 

La multiplication de semences reste considérée comme un usage mineur. Lorsque l'UE envisage d'interdire une molécule sur grandes cultures, les multiplicateurs doivent rapporter la preuve du caractère indispensable de la molécule sur leurs productions. « Nous devons toujours être vigilants auprès des pouvoirs publics », expliquent les représentants de la Fnams. Or, ces derniers doivent comprendre que les cultures mineures, comme la production de semences, sont essentielles à la mise en place de « stratégies système ». Néanmoins, l'intégration de la « qualité des semences » dans l'approche du plan écophyto 2 reste un point positif pour la Fnams.

Plus globalement, les agriculteurs multiplicateurs regrette l'image négative que traîne la filière semences. « De nombreux citoyens considèrent que nous nous sommes à la solde de Monsanto. C'est faux et très réducteur ». Mais sur l'épineuse question de la production d'Ogm sur le sol français, les multiplicateurs sont sur la même longueur d'ondes que les semenciers avec qui ils contractualisent. « Nous ne pouvons pas par principe refuser les avancées technologiques. Il faudra contribuer à nourrir 9 milliards de personnes dans le monde. Le développement de variétés hybrides et la transgenèse nous y aideront ». A considérer que la France ouvre un jour ses portes à la production d'Ogm, les multiplicateurs de la Fnams comptent bien « accompagner les agriculteurs à produire ces variétés transgéniques en évitant les fuites de gènes dans l'environnement ».


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