RDV de la souveraineté alimentaire Face à la perte de compétitivité, l’agriculture française appelle à un rebond

Terre-net Média

Si la crise sanitaire a redonné à la souveraineté alimentaire toute sa place stratégique, la question de la perte de compétitivité de l’agriculture française se pose avec acuité depuis quelques années. Le 18 mai, les principales organisations agricoles françaises ont interpellé sur ce sujet les pouvoirs publics, dont le président de la République, pour leur demander de se saisir plus activement de la question.

« Nous produisons de moins en moins et importons de plus en plus, c’est ce qui grève notre souveraineté alimentaire. Nous appelons à un rebond ! », rappelait Christiane Lambert, présidente du Conseil de l’agriculture française (CAF) qui organisait le 18 mai un « grand rendez-vous de la souveraineté alimentaire ». Réunissant des représentants politiques, agricoles, des économistes, et laissant la part belle aux questions des agriculteurs, l’évènement digital a dressé la liste des faiblesses et des dépendances françaises pour évoquer les leviers d’action et inciter les pouvoirs publics à des actions concrètes et rapides.

Gérer les dépendances pour les réduire

Depuis 2010, l’excédent agroalimentaire français a été divisé par deux, a rappelé Dominique Chargé, président de la Coopération agricole, tout en soulignant que sans les vins et spiritueux, nous serions déjà déficitaires. « 50 % des poulets que nous consommons aujourd’hui sont importés de pays qui ne respectent pas les mêmes normes de production que nous, 40 % du verger a disparu depuis 20 ans », a-t-il ajouté à titre d’exemple. Les explications sont multiples : coût du travail, désindustrialisation de certains territoires, complexité administrative, disparition de moyens de production (produits phytosanitaires) sans alternative pour certaines productions… Le Varenne de l’eau, qui va s’ouvrir dans les prochains jours, s’attèlera par exemple à identifier les blocages sur le territoire afin de mettre en place une méthodologie plus efficace dans la mise en œuvre des projets.   

Pour le ministre de l’agriculture, qui a ouvert l’évènement, la souveraineté alimentaire est une question d’indépendance, de protection et d’identité. La recherche de compétitivité est essentielle, elle « doit se faire avec et non pas contre le modèle agricole français », a assuré Julien Denormandie pour qui l’agriculture française est « une agriculture de production qualitative, qui produit, exporte, est compétitive, mais dont la marque de fabrique est la qualité ».

Afin d’y parvenir, une trajectoire politique est indispensable : « aucun territoire n’est autonome dans le monde, par contre il y a une question d’organisation collective pour gérer des dépendances et les réduire », explique Sébastien Abis, directeur du Club Déméter et chercheur à l’Iris.

Un rapport complexe avec la société

Sans une politique bien définie, l’agriculture pourrait bien connaître le même sort que l’industrie française il y a une quinzaine d’années, fait remarquer Dominique Seux, directeur de la rédaction des Echos. « Aujourd’hui, une partie de l’opinion française considère que les agriculteurs ne font pas le job sur le sanitaire, la santé, l’environnement », ajoute-t-il, évoquant une « bataille culturelle » à mener. Au-delà de la complexité administrative, il y a en effet « la question de la complexité du rapport avec la société et de l’acceptation de nos outils de production », soulève Dominique Chargé.

Si le plan de relance est doté d’un certain nombre de mesures pour accompagner le monde agricole dans la transition, il faudra que ces investissements soient prolongés plus de deux ans (durée du plan de relance) pour assurer aux agriculteurs la visibilité nécessaire. Parallèlement, il faut aussi travailler « sur le consentement à payer », au niveau du consommateur, pour une agriculture de qualité et de proximité, explique Sébastien Windsor, président des chambres d’agriculture. Le levier de la commande publique doit également être davantage actionné pour favoriser une agriculture locale diversifiée, plus rémunératrice pour l’agriculteur et plus bénéfique pour l’environnement.

« Lutter contre la concurrence déloyale »

Pour le chef de l’État, qui n’a pas pu être présent mais a tenu à répondre aux questions envoyées en vidéo par des agriculteurs, l’avenir de l’agriculture française passera notamment par la rémunération des agriculteurs. Emmanuel Macron a ainsi évoqué plusieurs leviers : réduire le risque face aux aléas climatiques, favoriser l’organisation des agriculteurs en OP et aller au bout de la loi Egalim, notamment via un projet de loi qui sera déposée par le ministre de l’agriculture dans les semaines à venir, pour rendre les négociations commerciales plus équitables.

Par ailleurs, pour profiter pleinement du marché unique européen, « nous devons réussir à différencier notre modèle, marteler que l’on a une vraie compétitivité, et renforcer notre compétitivité hors coût, c’est-à-dire la qualité », a rappelé le président de la République.

La question de la concurrence déloyale est, à ce niveau, primordiale. Au niveau européen, « il faut que tout le monde avance au même rythme », a soutenu Emmanuel Macron. « Se battre pour l’environnement, on doit le faire au niveau européen », a-t-il poursuivi, reconnaissant que « par le passé, on a créé de grandes difficultés sur certaines filières » en supprimant des substances actives alors que les pays voisins ne le faisaient pas. En dehors de l’Union européenne, le dumping social et environnemental doit quant à lui être évité via la mise en place de « clauses miroirs » dans les accords internationaux, estime Emmanuel Macron. Ainsi, concernant l’accord UE-Mercosur, « je tiendrai avec force sur ce sujet », insiste le président. « Notre intérêt, c’est l’ouverture, mais non à la concurrence déloyale ».

Si les messages du monde agricole semblent avoir été entendus, « nous attendons des décisions rapides, il ne faut pas laisser retomber le soufflé », a indiqué Christiane Lambert à l’issue de l’évènement.


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