Protéines végétales Des projets régionaux en faveur des protéagineux boostés par le plan protéines

Antoine Humeau Terre-net Média

Le plan protéines de cent millions d'euros présenté par le ministre de l'agriculture le 1er décembre dernier donne des ailes aux divers projets régionaux. Plans, filières ou projets, les initiatives ne manquent pas. Tour d'horizon.

SojaPour Nina Rabourdin de Terres Inovia, « tous les clignotants sont au vert » en faveur des protéines végétales. (©Pixabay)

Retrouvez une compilation de plusieurs projets régionaux en faveur des protéines végétales : 

En Occitanie, une filière légumineuses en construction

Le programme s'appelle Fileg, diminutif de filière légumineuses à graines. Il a démarré il y a déjà quatre ans et entend couvrir l'alimentation animale et humaine, conventionnelle et bio. Objectif : « créer de la valeur ajoutée répartie entre tous les acteurs ». Cela passe notamment par une réflexion autour de « l'identité territoriale à donner à ces légumineuses », explique Christophe Vogrincic, de l'institut technique Terres Inovia. L'Occitanie compte cent mille hectares de légumineuses à graines. L'ambition est de doubler cette surface d'ici 2030. Avant cela, il s'agit de « partir des besoins des industriels pour organiser la production », organiser la contractualisation, sécuriser les volumes pour garantir les prix. Fileg comporte aussi un volet recherche et développement important. « On va mutualiser nos moyens pour mettre en place un dispositif d'acquisition de référence », annonce son coordinateur Christophe Vogrincic. 

La Nouvelle-Aquitaine mise sur l'indépendance protéique des élevages

Le programme Protéi-NA (comme "Nouvelle Aquitaine"), né en 2018, est orienté alimentation animale. Objectif : réduire au maximum la dépendance aux importations de protéines. Cela passe par les substituts au soja, l'augmentation du taux de protéines dans les fourrages, l'augmentation de la production de fourrages riches en protéines ou encore l'ajout de légumineuses dans les prairies.

« Ce qu'on veut c'est avoir des filières animales avec des protéines non importées, sans OGM, argumente Christian Daniau, administrateur Fop et président du comité de pilotage de Protéi-NA. C'est un projet de territoire ». Un programme multipartenarial autour des chambres d’agriculture qui rassemble le Conseil régional, la Draaf ou encore les organismes de R&D et plusieurs acteurs de l'amont et de l'aval.

Dans le Grand Ouest, Leggo se construit sur l'alimentation humaine

Singularité du projet Leggo (Légumineuses Grand Ouest) initié par les chambres d'agriculture, la structuration d'une filière démarre ici par les besoins du marché. Tout a commencé par une demande de la restauration collective. De fil en aiguille, l'aval s'est déplacé, « on s'est rendu compte que les marchés étaient plus du côté des GMS et de l'ingrédient que dans la restauration collective », observe Bernadette Loisel, coordinatrice de Leggo. Ici, on travaille exclusivement sur le débouché alimentation humaine. « C'est faible en volume mais cela génère plus de valeur et c'est un secteur en croissance ». Elle évalue à 10 000 hectares possibles, si l'on table sur 2 000 producteurs potentiels à raison de cinq hectares par ferme. Le projet Leggo fédère aujourd'hui pas moins d'une trentaine de structures. Une association est constituée, le programme est plutôt avancé.

Dans le Centre-Val-de-Loire, une "coalition" autour de l’autonomie protéique

Le projet est tout neuf, il date de décembre dernier et porte juste le nom générique de « Coalition autonomie protéique régionale ». Objectif : « aborder tous les sujets autour de l’autonomie protéique pour l’alimentation humaine ou animale ». Il s’agit de comprendre les freins et leviers pour développer une meilleure autonomie. « On demande aux différents acteurs de réfléchir à tous les débouchés possibles, à tous ces enjeux-là », indique Nina Rabourdin, qui suit le projet pour Terres Inovia.

Le Grand Est s’intéresse au soja

Le projet Arpeege (Autonomie en ressources protéiques et énergétiques dans le Grand Est), déposé en 2019, rassemble 24 partenaires. Objectif : développer une filière soja à destination de l’alimentation animale et humaine. Pour cela, il s’agit « d’asseoir une relation contractuelle entre éleveurs et polyculteurs, par des échanges de graines et fourrages ou via la coopérative », fait valoir Antoine Henrion, à l’origine du projet et par ailleurs président de l’interprofession Terres Univia. Pour savoir s’il est possible de produire et transformer localement du soja, il a fallu « un diagnostic territorial qui commence par la faisabilité technique, raconte Delphine de Fornel, responsable de l’équipe Terres Inovia dans le Grand Est. Puis de fil en aiguille, on voit si c’est compétitif et ensuite on analyse la valorisation qu’on peut en espérer ».

Arpeege a sa partie agronomique, qui s’appelle Partage, un autre acronyme. Il vise, celui-ci, à rendre les systèmes plus autonomes en azote, en augmentant l’apport de légumineuses. 

Dans les Hauts-de-France, on travaille sur le tournesol et le soja

Le programme existe depuis six mois et ne porte pas encore de nom. Il se veut assez proche de Protéi-NA en Nouvelle-Aquitaine. L’objectif est de réduire la dépendance aux importations. Les axes de travail de ce plan d’accompagnement sont essentiellement sur le soja et le tournesol. « Nous avons énormément d’enjeux, il nous faut adapter nos cultures à l’évolution climatique, argumente Emmanuel Leveugle, producteur à Cambrai et administrateur Terres Univia. Nous prenons le temps nécessaire pour tracer une feuille de route pour les acteurs amont-aval ». Il s’agira aussi d’aider à la structuration de filières.

En Paca, cap sur les légumes sec

En Provence-Alpes-Côte-D'azur, le projet Pacaleg, démarré en 2019, est centré sur les légumineuses et plus particulièrement les légumes secs, notamment les pois chiches et lentilles. L'objectif est de créer une filière locale et la structurer. « Le producteur fait des légumineuses pour des raisons agronomiques mais ne sait pas toujours quoi faire de ses pois chiches », raconte Stéphane Georgé, coordinateur de Pacaleg. Il s'agit donc d'organiser la filière pour développer la valeur ajoutée. Ce sera l'étape d'après, puisque Pacaleg part de la technique et non des besoins. « On fait de l'innovation, de la création de produits, pour attirer les transformateurs poursuit Stéphane Georgé. On est d'abord là pour dire "les légumineuses sont bonnes, on peut les transformer" ».

Un contexte porteur pour des projets à long terme

Certes, l’ambiance terrain n’est pas au beau fixe, comme le remarque Nina Rabourdin, de l’institut technique Terres Inovia. L’année 2020 a été émaillée de problèmes de ravageurs, « c’était compliqué pour les protéagineux, c’est une limite, une réalité économique ». 

Plus d'infos sur le sujet > Pois, féverole, lentille et pois chiche : plusieurs virus en France

Mais la demande de marché est là, « tous les clignotants sont au vert », observe l’ingénieure. Les opérateurs doivent donc investir, se structurer. « Nous avons une vision à dix ans », affirme le président de l’interprofession Antoine Henrion. Ce nouveau plan protéines n’est pas dans le même timing, il s’inscrit sur quelques années seulement, mais contrairement aux plans précédents, il a pour vocation d’être structurant, d’accompagner toutes ces démarches territorialisées ».  

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