[Décryptage] Élections européennes
Les enjeux du scrutin européen pour l'agriculture française

[Mis à jour jeudi 9 mai à 12h10] Après d'ultimes votes, début avril, au parlement européen, la réforme de la Pac est désormais rangée au placard en attendant la reprise de la nouvelle mandature, début juillet, suite aux prochaines élections européennes. Le 26 mai 2019, les Français éliront leurs 79 eurodéputés. Quelles tendances se dégagent ? Quels sont les véritables enjeux de ce scrutin pour les agriculteurs français ?

Pour les élections européennes, les agriculteurs comme tous les Français, auront le choix entre une quinzaine de listes candidates. (©Fotolia)
Pour les élections européennes, les agriculteurs comme tous les Français, auront le choix entre une quinzaine de listes candidates. (©Fotolia)

Pour les élections européennes. les agriculteurs comme tous les Français, auront le choix entre une quinzaine de listes candidates.
Pour les élections européennes, les agriculteurs comme tous les Français, auront le choix entre une quinzaine de listes candidates. (©Fotolia)
 

Dans quelques jours se tiendra le scrutin des élections européennes. Comme leurs voisins européens, les Français, parmi eux les agriculteurs, devront élire les 79 eurodéputés qui siégeront à Strasbourg et Bruxelles.

En huit points, voici quelques clés pour comprendre l'enjeu de ce scrutin pour le secteur agricole français et européen. 

1. Macron

Le président de la République s’est exprimé sur l’Europe et l’agriculture dans son discours d’inauguration du Sia 2019 aux accents électoraux. Propositions à retenir entre autres : la création d’une réserve de crise pour faire face aux aléas climatiques, la mise en place de mécanismes de régulation, ou l’incitation à la spécialisation. Le chef de l’État a aussi évoqué la menace des grandes puissances non européennes et dénoncé « ceux qui voudraient renationaliser la Pac».

À lire aussi >> [Point de vue] Réforme de la Pac - Jean-Marie Séronie : « Décentraliser les décisions pour éviter la renationalisation »

2. En lice

Quinze listes sont en concurrence pour se partager les 79 sièges de parlementaires européens. Plusieurs sondages récents (BVAOrange, Ifop) placent La République en marche (LaREM) en tête des intentions de vote (25 %), devant le Rassemblement national (RN, 19 %). Les autres formations politiques sont en retrait et la gauche traditionnelle au plus bas.

3. Positions

Sans alliance historique à l’échelon européen, LaREM cherche à faire éclater les deux principales formations à Bruxelles, le PPE (Parti populaire européen) et les sociaux-démocrates, afin de constituer un bloc central avec l’ADLE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe). Une telle majorité pourrait peser lourd dans le choix d’un commissaire à l’agriculture favorable aux positions françaises. Les eurosceptiques, dont le RN et la Ligue du Nord italienne, continuent de dénoncer trop de bureaucratie et une Commission trop puissante. Ils pourraient remporter de nouveaux sièges.

4. Alliances

21 État membres sont opposés à la baisse du budget de la Pac. Les pays de l’Est et les Scandinaves sont neutres. Seuls les Pays-Bas et le Danemark plaident pour une baisse. Avec le Brexit, le couple franco-allemand reste plus central que jamais. Les deux pays ont présenté une déclaration commune en faveur d’un maintien du budget au niveau actuel ; ils se sont aussi exprimés pour un relèvement de l’ambition environnementale, un meilleur ciblage des aides directes et un renforcement des outils accompagnant la structuration des filières.

5. Populistes

La montée des populismes en Europe laisse présager un plus grand nombre de députés eurosceptiques au Parlement européen après les élections. Pourraient ainsi progresser fortement la Ligue du Nord, le RN, mais aussi le Fidesz hongrois ou les conservateurs polonais. Favorables à une politique de renationalisation de la Pac, leur ambition de revoir à la baisse l’harmonisation réglementaire est mal perçue par les camps progressiste et écologiste.

6. Brexit

Les conditions de sortie du Royaume-Uni n’étant toujours pas arrêtées, le flou demeure. Avec le Brexit, le budget de l’UE devrait diminuer mécaniquement. La commission Juncker avait annoncé pour la Pac une baisse de 5 %. Le niveau de contribution des États membres sur 2014-2020 (1 % du revenu national brut) pourrait monter à 1,3 %, voire au-delà, selon certains observateurs, avec « l’émergence de nouvelles priorités » (sécurité, migration et défense).

7. Inquiétudes

Du côté des syndicats, les craintes sont nombreuses. La Confédération paysanne s’interroge sur la durée de la période de transition pour réformer la Pac. Elle est préoccupée par la mise en place de mécanismes nationaux générateurs de distorsions de concurrence entre États membres.

La FNSEA et le DBV, principal syndicat allemand, ont appelé ces derniers à amplifier leurs contributions à Bruxelles pour un maintien du budget de la Pac. De son côté, la Coordination rurale s’inquiète d’un « verdissement » excessif au détriment du revenu des agriculteurs et de la sécurité alimentaire.

8. Connaisseurs

Quel(s) expert(s) agricole(s) les principaux partis comptent-ils missionner à Bruxelles ? LaREM, le parti de la majorité présidentielle, devrait emmener dans sa liste le président de Jeunes agriculteurs Jérémy Decerle, qui a annoncé lundi 25 mars aux adhérents JA son choix « d'être candidat à l'invitation d'Emmanuel Macron et de Didier Guillaume ». Plusieurs autres noms ont circulé ces derniers jours pour faire partie de cette liste de LaREM, comme celui d'Olivier Alain, vice-président de la région Bretagne et éleveur bovin dans les Côtes-d’Armor. Sylvain Marmier, agriculteur dans le Haut-Doubs a également été cité.

Benoît Biteau, conseiller régional en Nouvelle-Aquitaine et éleveur en Charente-Maritime, et François Dufour, agriculteur du sud de la Manche et actuel conseiller régional, pourraient représenter Europe Ecologie-Les Verts.

Parmi les sortants évoqués ou candidats figurent notamment l’eurodéputé Éric Andrieu, qui souhaitait prendre la tête de liste PS, l’élu RN Philippe Loiseau, agriculteur en Eure-et-Loir, et Angélique Delahaye (LR), agricultrice en Touraine.


Pour aller plus loin >> [Point de vue] Pac et guerre commerciale - Pour sauver l’agriculture européenne, la nécessaire réforme du multilatéralisme

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