Prix des céréales Après avoir récolté, faut-il vendre ou stocker ?

Terre-net Média

En France, la production record de blé de 39,4 millions de tonnes a surpris les collecteurs et les opérateurs. Les capacités de stockage sont saturées. Les marchés des céréales sont déstabilisés, avec des écarts de prix surprenants. Le blé en est le chef d’orchestre. Offre et demande agricole (Oda) nous apporte quelques conseils sur la stratégie à suivre pour la commercialisation du blé, colza ou encore de l'orge.

Tracteur et benneLa récolte de blé est plus abondante que prévu en France. Les capacités de stockage sont insuffisantes. (©Terre-net Média)

A situation exceptionnelle, moyens exceptionnels ! Submergés par les quantités de blé livrées par les agriculteurs, les opérateurs adoptent une stratégie très offensive. La priorité est à l’exportation à des prix les plus attractifs possibles pour concurrencer le blé originaire des pays de la mer Noire. Car l’été est la période pendant laquelle ces derniers écoulent traditionnellement une grande partie de leur récolte. Et les pays importateurs n’hésitent pas à faire jouer la concurrence pour dénicher les bonnes affaires !

Estimée à 39,4 millions de tonnes, l’excellente récolte française a surpris tout le monde. Or avec 1,2 Mt produit en plus par rapport à l’an passé, les capacités de stockage sont insuffisantes pour absorber les quantités supplémentaires livrées. Et tout doit être entrepris pour ne pas être pénalisé en fin de campagne par des stocks de report qui compromettraient d’emblée la récolte 2016.

La stratégie à adopter pour le blé

Paul GaffetPaul Gaffet.(©Oda)

Le fonctionnement quelque peu solitaire du marché du blé français se traduit depuis quelques jours par un écart de 10 € environ entre le prix de la tonne affiché sur le marché à terme à échéance septembre et le prix payé sur le marché physique. Avec l’orge fourragère, l’écart sur les marchés physiques est de 2 € par tonne (€/t) seulement.

Aux céréaliers qui ont un compte « marché à terme » dans leur banque et aux opérateurs, Paul Gaffet, analyste marché pour Offre et demande agricole, propose de bénéficier de cet écart de 10 €/t en :

- vendant dès à présent leurs positions à échéance septembre ;

- attendant fin août pour racheter leurs contrats lorsque l’écart de 10 €/t se sera réduit. La convergence se sera en effet opérée avec des écarts de prix qui reviendront plus proches de la normale, autour de 2 à 4 €/t ;

- En faisant ces opérations sur 50 % de la récolte.

Pour les orges, la stratégie à suivre est la même en ce début du mois d’août. L’écart avec le marché à terme du blé échéance septembre 2015 est de 12 €/t environ pour l’orge fourragère. Quant à l’orge de brasserie, les prix ont récemment baissé et la prime qualité s’est fortement réduite.  

D’ici décembre, tout porte à croire que le marché du blé retrouverait un fonctionnement plus normal puisque le prix de la tonne sur le marché à terme, échéance décembre 2015, est d’ores et déjà de 180 €. Mais avec un coût de revient estimé à 185 € par tonne, selon le cabinet d’expertises et de conseils Offre et demande agricole, les céréaliers doivent s’attendre à perdre plus de 20 € par tonne vendue !   

Autrement dit, une fois l’excédent en partie écoulé, le marché du blé français pourrait s’aligner progressivement sur le marché européen et mondial. Mais comme ce dernier est bien alimenté, il ne faut pas s’attendre à ce que les prix battent des records !

La production européenne de blé en baisse

Dans l’Union européenne, la France fait cavalier seul ce mois-ci. La production européenne de blé reste élevée (141 Mt) mais en repli par rapport au niveau record de 2014 (avec 148 Mt).

Le déficit hydrique et la canicule début juillet ne pouvaient conduire qu’à une baisse de la production de blé en France par rapport à la campagne précédente, qui était déjà exceptionnelle. Mais le nombre très élevé au mètre carré de grains formés en avril, grâce aux conditions climatiques alors particulièrement favorables dans le grand bassin parisien où la moitié du blé français est produit, a compensé la baisse de leur poids. Ailleurs, les rendements sont aussi très bons. Résultat, le rendement moyen atteint 76,4 quintaux par hectare. 

Le corollaire de ces bons rendements obtenus est la faiblesse, toutefois relative, du taux de protéines des blés récoltés. Estimé entre 10,5 % et 11 %, il serait inférieur à l’objectif que s’est fixé l’interprofession céréalière. « Mais le plan protéines produit déjà ses effets. Le taux de cette année est avant tout lié à un phénomène de dilution inévitable dans le cas de figure actuel », défend Paul Gaffet.

Le Marché des orges

Le mois de septembre passé, tous les regards des céréaliers et des opérateurs seront rivés sur la Chine. La demande en orge fourragère resterait soutenue jusqu’en décembre mais après, un risque existe, le gouvernement chinois pourrait préférer l'importation de maïs meilleur marché aux dépens de l’orge. 

En France, les orges de printemps ont davantage souffert du déficit hydrique et des températures caniculaires de la fin du printemps et du mois de juillet. Mais la récolte reste satisfaisante avec un taux de protéines faible. Aussi les prix ont baissé ces dernières semaines car les transactions commerciales porteront sur des quantités moins importantes que les années passées.

Le marché du Colza

Antoine LiagreAntoine Liagre (©Oda)

Stocker au moins pendant deux mois votre récolte si vous en avez la possibilité, c’est le conseil d’Antoine Liagre, analyste marché oléagineux d’Oda. « Plusieurs facteurs concordants et indices laissent à penser que les cours du colza pourraient remonter dans les prochaines semaines et atteindre 400-420€/t dans deux mois. Le marché des huiles devrait même changer de configuration ».

Les récoltes en baisse aussi bien en Europe (- 4 millions de tonnes par rapport à 2014) qu’au Canada, en Ukraine et en Australie, restreindront les capacités d’exportations en graines, en huile et en tourteaux des grands pays exportateurs.

La sécheresse qui sévit depuis plus de 7 mois en Malaisie, en raison de l’effet d'El Niño, réduira la production d’huile de palme dans des proportions qu’il est difficile d’estimer. Ce qui renforce les doutes pour les mois à venir sur les quantités d’huile qui seront disponibles à la vente. Certes les cours d’huile de palme restent attractifs mais pour combien de temps ? La Chine reconstitue en effet ses stocks et le prix du baril du pétrole va forcément se redresser.

Quant au marché des tourteaux, il profite pour l’instant d’un rapport de la demande de colza vers le soja pour rester ferme. « Cependant, nos calculs montrent une offre de soja supérieure à la perception qu’en a le marché. Et les risques de production, déjà faibles, devraient progressivement disparaître pour laisser toute sa place à l’ampleur de l’offre », analyse Antoine Liagre.

Le maïs 

La production française est estimée à ce jour à 13,3 Mt, en baisse de 23 % par rapport à l’an passé. En 2014, 18 Mt avaient en effet été récoltées.

A ce jour, la récolte européenne est estimée à 63,9 Mt, en recul de 10 Mt par rapport à l’an passé. L’Italie et la Hongrie sont aussi victimes, comme la France mais dans de moindres proportions, des fortes chaleurs et d’une baisse de leur production.

Dans le même temps, le marché mondial est très bien approvisionné avec en particulier une production record au Brésil. Aussi, il ne faut pas s’attendre à une forte remontée des prix. Les maïsiculteurs seront donc encore, cette année, doublement pénalisés avec à la fois une récolte et des prix assez faibles.  

L’Ukraine résiste et la Russie protège

Les prix des engrais ont flambé en Ukraine mais avec moins d’intrants, les agriculteurs font presque aussi bien que l’an passé ! Grâce à de bonnes conditions climatiques, l’Ukraine produirait 24 Mt de blé cette année contre 24,8 Mt en 2014. Pour le maïs, plus onéreux à produire, les premières estimations portent sur 24 à 25 Mt contre 28,5 Mt un an auparavant.

En Russie, le marché intérieur sera alimenté en blé mais pas à n’importe quel prix ! Car en cette période d’embargo, la priorité du gouvernement est la lutte contre l’inflation. Le contrôle des exportations de blé restera opérationnel tout au long de la campagne. Mais les opérateurs espèrent que leur taxation sera plus cohérente et plus transparente que l’an passé. Actuellement, le montant de la nouvelle taxe à l’exportation décidée ces dernières semaines par le gouvernement dépend de l’évolution de la parité du rouble par rapport au dollar. Si le rouble baisse, la taxe augmente pour limiter l’intérêt des exportateurs à vendre leur blé aux dépens du marché intérieur.

Cette taxe à l’export, destinée à fluidifier les transactions commerciales, est calculée par rapport à un prix de référence de 11.000 roubles/t (environ 200 $/t). A 12.000 roubles, la taxe à payer sera de 500 roubles, soit autour de 7€/T.   

 

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