Sucre Après une crise historique, le secteur espère voir le bout du tunnel

AFP

Plongé dans une crise historique de surproduction depuis deux ans, le secteur mondial du sucre devrait connaître un retour à la normale vers la fin 2019, selon les professionnels.

BetteravesLes professionnels s'attendent à une hausse des cours du sucre mais quand ? (©Pixabay)

Ils sont en revanche divisés sur l'ampleur et la date exacte de la remontée des cours, notamment en raison de stocks colossaux. En 2017-18, un gros surplus a fait plonger les cours. En cause, la « mousson exceptionnelle » de l'Inde qui a fait augmenter ses rendements « au-dessus des 90 tonnes par hectare en canne, alors que d'habitude, elle fait 80 », rappelle Thimoté Masson, experts marché au syndicat des betteraviers français (CGB). « Cela a fait 13 millions de tonnes de plus sur le marché mondial », alors que dans le même temps, « le bouleversement structurel de la fin des quotas européens de sucre » a aussi ajouté « trois millions de tonnes », relève Thimoté Masson.

Privés pour la première fois de la protection des quotas européens du sucre, les industriels du Vieux Continent se sont retrouvés en première ligne de la crise. Résultat, les comptes ont plongé dans le rouge : le numéro un mondial, l'Allemand Südzucker (Saint Louis Sucre), a enregistré pour sa branche sucre une perte de 239 millions d'euros en 2018-19 et entend fermer deux sucrerie en France.

Tereos, son concurrent français (marque Béghin Say) a enregistré une perte nette au premier semestre, de 96 millions d'euros, alors que l'autre sucrier tricolore, Cristal Union (sucre Daddy), a annoncé jeudi une perte de 99 millions d'euros pour l'année écoulée, la première de son histoire.

« On est à un point de bascule », veut croire Alexis Duval, président du directoire de Tereos, qui a déjà annoncé que, contrairement à ses rivaux, son groupe ne procéderait pas à des restructurations. « À partir de la campagne qui s'ouvre au premier octobre, on aura un marché mondial déficitaire », explique-t-il lors d'un entretien avec l'AFP, à l'unisson des experts du secteur, qui tablent en moyenne sur un déficit de 4 millions de tonnes.

L'Union européenne pourrait voir sa production augmenter légèrement, du fait de meilleurs rendements compensant une baisse des surfaces, mais « on prévoit que le Brésil, qui a déjà largement diminué sa production l'année dernière pour faire beaucoup plus d'éthanol et moins de sucre (..) va maintenir cette production à un niveau assez proche », explique François Taury, expert du marché au cabinet Agritel.

Inde, premier producteur mondial

L'Inde, qui a produit 33 millions de tonnes cette année, raflant au Brésil sa place de premier producteur mondial, « devrait en toute logique baisser également sa production, parce qu'il y a eu une mousson l'année dernière qui n'a pas été fameuse dans une grande région de production », l'Etat du Maharashtra.

Concernant l'Inde, les prochains jours vont être cruciaux, assure Alain Commissaire, directeur général de Cristal Union, qui évoque un anticyclone susceptible de détourner ou non la mousson des Etats du Maharashtra et du Karnataka, où la canne grille sous des températures extrêmes, entre 45 et 50 degrés.

La Thaïlande, autre gros producteur, devrait aussi baisser sa production, selon François Taury. « Pour autant, il ne faut pas perdre de vue que les disponibilités restent très importantes », avertit-il. « On est sur des niveaux historiques de stocks », avec un ratio stock/consommation « supérieur à 50 % si on se fie au chiffres publiés par l'ISO (International sugar organisation)». Donc avec de tels volumes disponibles, seul « un gros pépin climatique » pourrait faire grimper les cours de manière significative, selon lui.

Au contraire, pour le patron de Tereos Alexis Duval, la reprise est inéluctable : « la vraie question, c'est à partir de quel moment ces fondamentaux se reflètent dans les cours ». Il met en avant deux facteurs à surveiller : le marché physique du sucre, actuellement très approvisionné, devrait se tarir, mais « pas avant la fin de la campagne brésilienne », au mois de novembre. Deuxièmement, le comportement des fonds spéculatifs, susceptibles d'amplifier les mouvements de cours : « aujourd'hui, les fonds d'investissement ont encore des positions importantes de vente à découvert, ce qui est logique », commente Alexis Duval. « À partir du moment où le marché physique va se tarir, il y aura inversion forcément [de la position] des fonds spéculatifs, la question, c'est quand ? » dit le patron de Tereos, évoquant la possibilité d'un changement peu avant ou peu après l'automne. « Si on part du principe que les spéculateurs commencent à réaliser que la campagne qui arrive est en déficit et se mettent à l'achat, on peut très bien avoir des cours qui se redressent au niveau mondial », estime Thimoté Masson, du syndicat des betteraviers.


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