Commercialisation du blé tendre Avant l’arrivée des Russes, la France charge la barque algérienne

Terre-net Média

Les expéditions de blé tendre français vers l’Algérie ont bondi de 72 % ces quatre derniers mois par rapport à l’an passé. Un dynamisme bienvenu des exportations avant que le principal client de la France n’ouvre son marché à la concurrence russe.

Les embarquements de blé tendre vers l'Algérie vont bon train depuis le début de la campagne de commercialisation 2018-2019.Les embarquements de blé tendre vers l'Algérie vont bon train depuis le début de la campagne de commercialisation 2018-2019. (©Terre-net Média) 

A l’occasion de son conseil spécialisé céréales de ce mois de novembre, Franceagrimer a revu à la baisse ses prévisions d’expéditions françaises de blé tendre vers l’Union européenne. Les prévisions de ventes vers l’UE sont abaissées à 7,8 Mt », soit une baisse de 115 000 t par rapport aux prévisions d’octobre 2018, « en raison de livraisons moins dynamiques que prévues vers l’Espagne ». Cette tendance moins optimiste qu'attendue en début de campagne de commercialisation 2018-2019 est largement compensée par le dynamisme des exportations vers pays tiers, en particulier vers l’Algérie.

Ces quatre premiers mois de campagne, les embarquements cumulés vers le premier client de la France ont bondi de 72 % par rapport à l’an passé. Les 2,24 Mt de blé déjà expédiés depuis début juillet représentent 82 % des exportations françaises !

Pour compenser son retrait subi du marché égyptien, la France a fait de l’Algérie son premier client en blé tendre en seulement cinq ans. De 2008-2009 à 2013-2014, entre 34 et 46 % des exports français étaient destinés au marché algérien. Cette part de marché était tombée à 27 % en 2015-2016 avant de se redresser progressivement depuis. Pour cette campagne 2018-2019, la France profite assurément de sa position de quasi-unique pays exportateur européen, les autres pays ayant enregistré une récolte 2018 décevante à cause de la sécheresse.

Pour 2018-2019, Franceagrimer estime que l'Algérie devrait importer environ 7,7 Mt de blé, contre 8,2 Mt en 2017-2018 et 7,9 Mt en moyenne sur les cinq dernières campagnes. Ce niveau d'importations devrait se poursuivre dans les années à venir. Le pays privilégie actuellement une stratégie d'autosuffisance en blé dur à l'horizon 2020. Les sols trop secs, peu adaptés à la culture de blé tendre ne permettront pas une augmentation de la production.

Ceci dit, ce débouché salvateur et cette place prépondérante dans les exports français ne vont sans doute pas durer. L’Algérie ne souhaite pas être trop dépendante du blé français en particulier et du blé européen en général. Le pays s’est ainsi rapproché des opérateurs russes pour des premiers essais de livraison. « L'Algérie est extrêmement intéressée par l'importation de blé russe », expliquait récemment l’organe de surveillance Rosselkhoznadzor du ministère russe de l'agriculture dans un communiqué, cité par la Tribune. Le blé russe a ainsi fait une entrée d’essai en 2017 sur le marché algérien.

LE GÉANT RUSSE S’ACCAPARE LES MARCHÉS DU MAGHREB

Des tests sanitaires sur des lots de blés russes sont en cours. « Les démarches commerciales engagées par la Russie pour percer le marché algérien n’ont, pour l’heure, pas eu d’impact », explique de son côté Franceagrimer qui se veut rassurant pour la campagne 2018-2019. « Les flux d’exportations russes devraient faiblir en seconde partie de campagne. » Autrement dit : comme chaque année, la Russie réalise l’essentiel de sa campagne de commercialisation entre juillet et janvier. Le premier exportateur mondial de blé n’aura donc plus beaucoup de blé disponible en seconde partie de campagne pour ce nouveau marché algérien qui devrait s’ouvrir à lui.

Mais la révision, par l’OAIC – l’office algérien interprofessionnel des céréales – de la listes de ses fournisseurs officiels constitue un enjeu de taille pour la France qui, en tant que premier fournisseur, a le plus à perdre d’une concurrence russe galopante.

En à peine quatre ans, la Russie s’est déjà très nettement imposée sur le marché égyptien, alors que la France assurait près de la moitié des importations égyptiennes de blé tendre en 2014-2015. Trois ans plus tard, le pays des Pharaons, premier importateur mondial de blé, s’approvisionnait à 85 % avec du blé russe lors de la campagne 2017-2018. Si la Russie grignote des parts de marchés à la France sur ce marché algérien, les opérateurs hexagonaux devront trouver encore de nouveaux débouchés.

Evolution des origines des blés importés par le Gasc, l'office public en Egypte

Evolution des origines des blés tendres importés par le Gasc, l'office public égyption.

(Crédit: Offre et demande agricole)

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