Marché des céréales La reprise difficile du marché de l’orge favorise l’orge brassicole de printemps

Manon Mouly Terre-net Média

Le contexte mondial des céréales est tendu et n’épargne pas l’orge. Cette culture, seconde céréale mise en valeur par les rotations de culture, était au creux de la vague ces dernières années. Pour Alexandre Boy, analyste chez Agritel, « nous sommes sur une légère amélioration même si la rentabilité reste compliquée. » Dans ce contexte, mieux vaut parier sur l’orge brassicole de printemps.

En 2017, les surfaces d'orge sont en hausse de 20 % en France par rapport à la moyenne sur 10 ans. En 2017, les surfaces d'orge sont en hausse de 20 % en France par rapport à la moyenne sur 10 ans. (©Terre-net Média)

C’est l’exception française : sur la production 2017, les surfaces d’orge d’hiver sont en hausse de 20 % par rapport à la moyenne sur 10 ans. Cette augmentation est en partie dûe au développement de l’orge brassicole d’hiver sur les cinq dernières années, avec, en haut du podium, la variété Etincel, dont le rendement s’avère très intéressant. A côté, l’orge brassicole de printemps s’en sort moins bien, avec une baisse de l’assolement de 10 % sur 10 ans.

Pourtant, la tendance est à l’inverse dans le reste du monde où les plus grands pays exportateurs ont diminué leurs surfaces en orge. « En Ukraine, en Australie, au Canada, les surfaces ont diminué car la culture n’est pas rentable. Il manque presque un million d’hectares cette année chez ces grands exportateurs », analyse Alexandre Boy, analyste chez Agritel.

Comment expliquer cette exception française ? D’un point de vue agronomique, l’orge présente un intérêt non négligeable en tant que seconde céréale dans la rotation colza/blé/orge. De plus, « pendant deux campagnes, le prix de l’orge était quasiment équivalent à celui du blé. Cette augmentation s’explique notamment par un marché chinois très dynamique qui a revalorisé l’orge », explique l’analyste.

« Malgré tout, si le marché avait été efficient, les surfaces auraient dû diminuer. Les Chinois se sont désintéressés de l’orge depuis un an et les prix se sont cassés la figure », souligne Alexandre Boy. « Les coûts de production de l’orge sont très importants. En outre, il y a de plus en plus de problèmes de désherbage compliqués à gérer pour les agriculteurs ».

Le prix de l’orge fourragère est corrélé à celui du blé

Le débouché de l’orge fourragère est l’alimentation du bétail, où elle est incorporée dans un mélange de maïs et de blé. Les proportions de chacune des céréales sont raisonnées sur plusieurs critères techniques et selon les prix. « Si le prix de l’orge est élevé par rapport au blé, elle est incorporée au minimum. La demande faiblit, les prix baissent », explique Alexandre Boy. L’équation est simple : si le prix du maïs et du blé ne monte pas, le prix de l’orge restera limité. Or, selon l’analyste d’Agritel : « le prix du blé est au ras des pâquerettes ».

Un mal pour un bien car cela pourrait bien aider l’orge à réduire l’écart de prix avec le blé. « Le prix de l’orge est toujours sous les coûts de production mais le marché devrait retrouver des couleurs. Selon les prévisions, pour la campagne 2017, les stocks d’orge fourragère seront au plus bas depuis 1983. En raison de la diminution de surface chez les principaux exportateurs mais aussi du faible rendement prévisionnel », juge Alexandre Boy.

L’orge trouve un intérêt dans la rotation des cultures

Si elle a un intérêt dans l’assolement, c’est en tant que seconde céréale dans la rotation de culture. « Il faut comparer l’orge à un blé après un blé », nuance Alexandre Boy, « car si le rendement du blé après un colza est extrêmement intéressant, il l’est en revanche beaucoup moins après une culture de blé. La culture de l’orge devient de fait intéressante. C’est un peu le parent pauvre de la rotation. »

Or, si l’agriculteur ne met pas d’orge dans sa rotation car il ne s’y retrouve pas financièrement, que peut-il mettre à la place ? Pour Alexandre Boy, « en France, le choix est difficile car il y a peu de cultures avec des coûts de production inférieurs aux prix de vente. Il n’y a pas de meilleure solution. C’est un peu un choix par défaut ».

L’amélioration du marché de l’orge peut venir de l’étranger car le contexte mondial est différent. En Ukraine par exemple, le rendement sur le tournesol est équivalent à la France avec des coûts de production plus faibles. Si les agriculteurs remplacent la culture de l’orge par le tournesol, cela peut contribuer à équilibrer l’assolement et de fait, les prix de l’orge au niveau mondial.

Une solution : l’orge brassicole de printemps

Les orges brassicoles présentent un intérêt supérieur à l’orge fourragère : les coûts d’intrants sont plus faibles, la marge est meilleure, le débouché différent. C’est la raison de l’engouement pour les orges brassicoles d’hiver, parmi lesquelles la variété Etincel domine. Pourtant, le marché mondial n’est pas assez important pour consommer tout le volume produit sur cette variété et dont la qualité est bien inférieure à l’orge brassicole de printemps.

« Si j’étais producteur aujourd’hui, je ferais le choix de favoriser l’orge de printemps à l’orge d’hiver », conseille Alexandre Boy, « c’est une production intéressante, avec son propre marché, non corrélé à celui du blé et des marges de production avantageuses. Le marché est plus petit, il suffit d’un problème de production en Australie, producteur principal, pour que le prix augmente bien au-dessus de celui du blé. »

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