; Comment choisir son système de guidage pour le binage

Désherbage mécanique Binage : quel système de guidage de précision choisir ?

Antoine Humeau Terre-net Média

Les systèmes d’autoguidage par GPS RTK ou par caméra, apportent à la fois confort de travail et précision avec chacun leurs atouts et inconvénients. Tous deux sont très onéreux. D’autres systèmes existent.

Il n'y a pas que le RTK ou les caméras pour être précis dans son chantier de binage. Il n'y a pas que le RTK ou les caméras pour être précis dans son chantier de binage. (©Terre-net Média/Steketee) 

Le RTK, confort et débit de chantier

Le RTK (« real time kinematic ») est le seul système GPS qui permet une précision au centimètre, et qui enregistre la trace d’un passage. Il peut être intéressant pour des travaux réalisés à la herse étrille ou à la houe rotative pour éviter les chevauchements, mais c’est surtout en binage qu’il est précieux. Principal avantage par rapport aux autres systèmes, le RTK permet de travailler de jour comme de nuit.

Le RTK apporte par ailleurs de la souplesse. Quand on sème en six rangs, il est normalement indispensable de biner en six rangs. Disposer d’un système RTK permet de s’affranchir de cette contrainte, on peut travailler avec une bineuse quatre rangs même si le semis a été fait en six ou huit rangs. Le RTK ayant enregistré toutes les lignes de semis, il se recale automatiquement au moment du binage. Il est en tout cas indispensable d’avoir un parfait calage entre le semoir et la bineuse.

« Souvent on s’aperçoit que les réglages ne sont pas bons, soit sur le semoir, soit sur la bineuse, raconte Hervé Masserot, conseiller machinisme à la fédération des Cuma de l’Ouest. Cela peut aller jusqu’à deux ou trois centimètres, et cela décale tout ». Avoir un RTK ne suffit pas si l’on n’a pas vérifié ses réglages au préalable. « Il est préférable aussi d’avoir semé avec le même tracteur que pour le binage, pour une meilleure précision » complète Stéphane Volant expert nouvelles technologies à la fédération des Cuma de l’Ouest.

Par ailleurs, si la distance entre l’antenne (sur le tracteur) et les pièces travaillantes (éléments semeurs, lames de la bineuse) varie d’un chantier à l’autre, cela peut engendrer des décalages. Attention aussi aux dénivelés, « si le champ est en pente, le RTK peut se tromper, on peut avoir de l’écart » avertit Damien Legault, cultivateur bio à Vritz (Vallons-de-l’Erdre, Loire-Atlantique).  Il existe des systèmes de compensations : systèmes de caméra ou second GPS sur la bineuse.

Principal avantage du guidage au GPS RTK sur les autres systèmes, il permet de travailler de jour comme de nuit. Principal avantage du guidage au GPS RTK sur les autres systèmes, il permet de travailler de jour comme de nuit. (©Terre-net Média)

Le risque de perte de signal peut engendrer de mauvaises surprises. Généralement les boîtiers GPS savent calculer pour garder la ligne, à condition que la perte du signal ne dure pas trop longtemps. Le RTK peut être couplé à un palpeur de rang, pour compenser l’éventuelle disparition de signal. Mais « la disparition du signal est de moins un moins un problème » remarque Stéphane Volant.

Enfin, le coût du RTK suppose de bien réfléchir son investissement. Il faut compter au minimum 10 000 euros sur le tracteur et 5 000 à 10 000 euros pour l’équipement des outils. Il faut aussi ajouter le coût de l’abonnement, plusieurs centaines d’euros par an.

Pour Hervé Masserot, « il faut avoir une utilité globale du RTK pour son système, si c’est juste une aide à la conduite en maïs, cela ne présente pas d’intérêt ».

La caméra, outil fiable mais très cher

La caméra est l’outil de guidage le plus coûteux, autour de 15 000 à 25 000 euros. « Cela double le prix de la bineuse », résume Hervé Masserot. Elle est utile essentiellement pour les grandes exploitations qui ont une grosse importante et la nécessité de biner d’importantes surfaces en un temps limité. La bineuse est équipée d’un double châssis, la caméra est fixée sur un châssis fixe et guide les mouvements gauche-droite du châssis mobile de sorte qu’il suive le rang. « C’est une aide intéressante à la conduite, cela rassure le chauffeur » remarque l’expert machinisme de la fédération des Cuma de l’Ouest. La caméra est précieuse notamment aux stades précoces de développement cultural : précision, débit de chantier élevé.

La caméra, système très onéreux, permet de désherber jusqu’au stade 8-10 feuilles. Elle n’aime pas les ombres, mais avec les progrès de l’intelligence artificielle, ses défauts se résorbent avec le temps.La caméra, système très onéreux, permet de désherber jusqu’au stade 8-10 feuilles. Elle n’aime pas les ombres, mais avec les progrès de l’intelligence artificielle, ses défauts se résorbent avec le temps. (©Steketee)

La caméra, toutefois, n’aime pas les ombres. Au stade 8-10 feuilles, cela ne fonctionne plus. De même, en cas de reflets prononcés du soleil sur sols secs, la luminosité sature la caméra et l’empêche d’identifier les nuances. Un éclairage d’appoint, souvent Led, est généralement monté sur la bineuse pour garantir une luminosité plus constante.

Par ailleurs, beaucoup de caméras aujourd'hui distinguent les couleurs et certaines permettent de les paramétrer pour identifier plus facilement les adventices. L’évolution technologique est très rapide grâce à l’intelligence artificielle tant sur la résolution que le traitement des données, ces défauts sont donc progressivement corrigés. C’est ainsi que le mode 3D, qui a fait son apparition, peut se révéler utile lorsque le sol est jonché d’adventices.

Les palpeurs, pratiques en complément

Les palpeurs sont souvent utilisés en complément de la caméra pour intervenir dans les situations plus difficiles : lorsque l’on arrive au stade huit-dix feuilles du maïs par exemple, ou bien quand le vent fait bouger fortement le feuillage. Il s’agit de tiges métalliques pilotant le vérin du double châssis lorsqu’une pression est exercée (le pied de maïs).

Le coût des palpeurs avoisine 7 000 euros, c’est donc moins cher que les systèmes GPS RTK ou caméras, mais cela ne fonctionne pas en toutes situations : le maïs doit être suffisamment développé et rigide.

Les cellules photoélectriques et ultrasons, très simple mais moins précis

Il existe différents systèmes de détection par capteurs (cellules photoélectriques). La société Godin frères à La Pommeraye (Mauges-sur-Loire, Maine-et-Loire) a développé un dispositif de guidage de précision avec cellules photoélectriques, « Précizo ». Cette interface se place entre le tracteur et la bineuse. Deux cellules détectent les pieds de culture et actionnent au besoin le châssis coulissant, la précision annoncée est de deux centimètres. « C’est très simple d’utilisation, il y a peu de réglages à faire, met en avant Armand Briand, technico-commercial chez Godin frères. On boulonne les photocellules avec la clé de 19, c’est tout ».

Godin frères a développé une interface pour détecter les plantes par capteur, qui se place entre le tracteur et la bineuse. Facile à utiliser, mais pas fiable à 100%. Godin frères a développé une interface pour détecter les plantes par capteur, qui se place entre le tracteur et la bineuse. Facile à utiliser, mais pas fiable à 100%. (©Godin Frères) 

Le dispositif a ses limites : la culture doit être suffisamment développée, cinq à dix centimètres et il ne sait pas distinguer une adventice d’une culture.

Le coût s’élève à 11 300 euros pour les interfaces adaptées aux bineuses de moins d’une tonne.

Des systèmes de détection de la distance par ultrasons existent également mais avec les mêmes avantages et les mêmes limites.

La bineuse frontale, rustique mais pratique

La bineuse frontale peut aider l’agriculteur à se guider facilement, « c’est une bonne option à pas cher qui peut apporter un peu de confort de travail » glisse Hervé Masserot. C’est le choix qu’a fait Damien Legault, cultivateur bio en Loire-Atlantique. Il dispose en revanche d’un GPS RTK pour réaliser ses semis. Le guidage se fait par l’orientation du tracteur, ce qui amène une plus grande précision, mais cela demande aussi au chauffeur une plus grande attention.

Au-delà de tous ces équipements de précision, il est un élément à ne pas sous-estimer : la disponibilité immédiate. « Je préfère que les gars aient leur ensemble prêt à démarrer, un tracteur à clé pour la saison avec la bineuse accrochée et réglée plutôt que s’appuyer sur un GPS par exemple », témoigne Hervé Masserot, conseiller machinisme à la fédération des Cuma de l’Ouest. « Quand on n’est pas habitué au boîtier, on peut faire des erreurs ».


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