; Comment introduire le désherbage mécanique dans son système ?

Gestion des adventices Huit conseils pour introduire le désherbage mécanique dans son système

Antoine Humeau Terre-net Média

Passer au désherbage mécanique ne s’improvise pas. Il est recommandé de commencer par le maïs. Le désherbage, en mécanique, est essentiellement curatif, la préparation des sols, le déstockage des adventices en amont, est donc primordial. Retrouvez des éléments de réflexion avec les groupements des agriculteurs biologiques du Morbihan et de Loire-Atlantique, et la Chambre d'agriculture de Bretagne.

Houe rotativePour démarrer, il est préférable de réaliser son désherbage à l’aveugle à la houe rotative (photo) plutôt qu’à la herse étrille : c’est plus facile et plus rapide. (©Terre-net Média)

1 - Choisir des parcelles où la pression est faible

Il est important de choisir des parcelles où la pression d’adventices est la plus faible possible quand c’est possible. Toutefois, selon le système de cultures de l’exploitation, la pression des adventices peut être très forte partout. Implanter son maïs derrière une prairie ou une dérobée est souvent plus simple. « On casse la prairie très tôt, dès le mois de février pour qu’il y ait une forte disponibilité en azote », recommande Céline Rolland, conseillère cultures au Gab du Morbihan.

2 - Bien préparer le sol

« Le sol doit être préparé de manière assez fine avec des mottes de 5 cm maximum », préconise Julien Bouriga, technicien spécialiste du désherbage mécanique au Gab de Loire-Atlantique. L’éventail des outils utilisables est très large, houe rotative ou n’importe quel outil à dents. Cette préparation du sol doit être un peu anticipée pour laisser le temps aux résidus de la culture précédente de se dégrader avant l’implantation.

La surface du sol doit être la plus plane possible. « Les grosses erreurs que l’on observe chez ceux qui démarrent en désherbage mécanique, c’est souvent l’irrégularité du sol, constate Clarisse Boisselier, conseillère agronomie de la chambre d’agriculture de Bretagne. On ne doit même pas voir les traces de roues ! » il est donc recommandé de passer avec des pneus basse pression ou de dégonfler les pneus. Les marquages de traces de roues provoquent en effet un dénivelé. « Dans cette zone-là, les adventices lèvent plus vite et les outils auront du mal à pratiquer sur cette zone plus profonde ». Sur son exploitation de Vritz (Vallons-de-l’Erdre, Loire-Atlantique), Damien Legault passe systématiquement la herse étrille après le semis pour tout aplanir. « On a des semoirs avec des roues plombeuses, c’est pratique mais cela tasse le terrain sur la ligne de semis et le creux du cône à 5 cm du rang empêche d’aller attraper les adventices au fond », raconte le cultivateur bio.

3 - Réaliser des faux-semis pendant l’interculture

Il est conseillé de détruire les couverts végétaux assez tôt, fin janvier par exemple si c’est possible, pour labourer dans le courant du mois de mars. Il faut se laisser le temps de faire des faux-semis, qui permettent de diminuer la pression des adventices, et de ne pas avoir à les gérer ensuite. Le faux-semis consiste en un travail superficiel sur une profondeur maximale de 5 cm. L’objectif est de favoriser la levée des adventices pour les détruire avant l’implantation de la culture.

Les faux semis peuvent être réalisés au moyen d’un vibro-rouleau, en partant du plus creux vers le moins creux. « Cela fonctionne très bien pour faire relever les adventices à détruire avant le semis », constate Clarisse Boisselier, conseillère agronomie à la chambre d’agriculture de Bretagne. Les faux semis peuvent permettre, quand on sème plus tard, de faire des impasses sur les passages à l’aveugle. La technique doit toutefois être adaptée au contexte et à la météo : le faux-semis peut contribuer à assécher la surface du sol.

4 - Semer plus tard et plus dense

L’étape du semis est essentielle : « 90 % de la réussite se fait au semis, si on rate cette étape, on a de forts risques de rater le reste », met en garde Julien Bouriga. Pour avoir une croissance assez rapide de sa culture, il est conseillé de décaler la date de semis. Pour un maïs par exemple, cela peut être autour de la mi-mai, en Bretagne. Si le maïs germe plus vite, il concurrencera les adventices. Il est préférable de le faire sur un sol ressuyé et suffisamment réchauffé, 10-12°C minimum.

Semer plus dense, autour de 100 000 graines/ha pour un maïs, permet de se laisser une marge de manœuvre lorsque l’on passe avec la herse étrille au stade deux-trois feuilles et que l’on a un peu de casse. « On perd généralement autour de 5 % de pieds au désherbage mécanique », rappelle Julien Bouriga qui conseille fortement aux novices de ne pas utiliser de herse étrille. « La houe rotative est beaucoup plus facile à utiliser et elle a un meilleur débit de chantier », argumente l’ingénieur agronome.

5 - Semer un peu plus creux

Semer un peu plus profond, à 5 cm, permet de se laisser plus de temps pour un passage à l’aveugle. Cette année par exemple, les maïs étaient sortis en trois jours. Entre le semis et le passage de la herse étrille, si la graine est semée à 3 cm, la herse étrille travaille à 2 cm de profondeur, la marge est donc très réduite. « Si les plantes ne sont pas bien ancrées, quand on va passer tôt parce que les adventices sont arrivées au stade où il faut y aller, si on n’a pas bien rappuyé sa ligne de semis, si on tire sur les plantes, si on les arrache, c’est fichu » prévient Clarisse Boisselier. « Sur certains sols, on peut aussi rouler après semis ».

Damien Legault, lui, sème même à 7 cm : « il ne faut vraiment pas avoir peur de semer profond, on a des outils pour détasser à tout moment, il n’y a aucun danger ! » Et ses maïs bio (irrigués) lui offrent un rendement moyen de 95 à 100 q.

Attention aussi à semer toujours à la largeur de la bineuse. Si c’est semé en quatre rangs, il faudra biner en quatre rangs. « Semer droit c’est indispensable, cela doit être propre, adapté au désherbage mécanique », complète Étienne Richard, agriculteur bio à Noyal-Pontivy (Morbihan).

6 - Déchaumer

Les déchaumages permettent de gérer les résidus de culture et de détruire les adventices présentes. Dans l’idéal, il faut les réaliser au plus tôt après la moisson et avant la grenaison des adventices. Le déchaumage peut être profond ou superficiel, il peut être réalisé avec un outil à disques ou à dents, la technique dépend du contexte.

7 - Choisir des variétés adaptées

Une variété à forte vigueur au départ permet de gagner la course contre les adventices et de réduire les risques d’attaques de pyrales et de taupins. Choisir une variété à fort pouvoir couvrant permet aussi de limiter la concurrence. Un port retombant couvre plus vite l’inter-rang qu’un port dressé.

8 - Allonger et diversifier les rotations

À l’échelle de son système, l’allongement et la diversification des rotations sont des leviers agronomiques efficaces pour limiter la pression des adventices. Les cultures favorisent les adventices qui ont le même cycle. Le risque sur une rotation courte et peu diversifiée est d’avoir une flore spécialisée (exemple : coquelicot et ray-grass) avec un développement calé sur les cultures, qui devient envahissante et difficile à détruire. On perturbe le cycle de développement des adventices en alternant les types de culture dans la rotation : cultures d’hiver/printemps.

Diversifier ses rotations facilite aussi le désherbage car il est plus facile de gérer une diversité d’adventices qu’une densité très importante d’une ou quelques espèces. La succession de cultures de familles différentes permet aussi de casser le cycle de bio-agresseurs. La complémentarité des différents systèmes racinaires permet enfin une meilleure exploration du profil du sol, ce qui se traduit par une amélioration de la nutrition des plantes et de sa structure.


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