Irrigation agricole Dans les Landes, 134 hectares irrigués avec des eaux géothermiques usées

Nicolas Mahey Terre-net Média

Dans les Landes (40), la ville de Mont-de-Marsan exploite depuis plus de quarante ans les eaux chaudes de son sous-sol à des fins de chauffage collectif. Jusqu’en 2017, 300 000 m3 d’eaux géothermiques usées étaient rejetées dans la rivière : elles sont aujourd’hui revalorisées pour l’irrigation de 134 hectares.

Champ irrigué dans les Landes134 ha appartenant à 4 agriculteurs sont sécurisés en alimentation en eau grâce à ce projet. (©Chambre d'agriculture des Landes)

À Mont-de-Marsan (Landes), une obligation de mise en conformité a poussé la ville à chercher une solution de revalorisation pour une partie de ses eaux géothermiques usées, rejetées dans le milieu en période hivernale. Un défi ambitieux qui a permis à la ville de sauvegarder un de ses deux forages et à quatre agriculteurs de sécuriser l’alimentation en eau sur 134 hectares, réduisant du même coup les prélèvements en rivière.

Dix ans pour voir le jour

Un projet "exemplaire" qui a nécessité pas moins de dix ans pour se concrétiser. En 2005, après avoir été exploités depuis 1975 et 1981 pour chauffer divers bâtiments publics, les deux forages d’eaux géothermiques de la ville doivent être mis aux normes : plus question, comme l’exige la nouvelle réglementation, de continuer à rejeter des eaux usées à 45°C dans la rivière Midouze.

Consultée, la chambre d’agriculture des Landes étudie dès 2010 la faisabilité de stocker l’eau dans une réserve l’hiver, où elle peut refroidir sans impacter le milieu et devenir disponible dès le début de la saison d’irrigation. « Il y avait 300 000 m3 potentiellement disponibles dont personne ne savait quoi faire, raconte Julien Rabe, conseiller eau à la chambre. Étant aux portes du bassin le plus déficitaire du département, il fallait mettre cette ressource à profit. »

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Sols filtrants et restrictions de pompage

Car l’accès à l’eau est un enjeu capital dans le bassin du Midou, soumis à des restrictions récurrentes l’été et où les sols sableux sont très filtrants. « Pendant la canicule de 2003, mes voisins et moi-même sommes restés trois semaines sans pouvoir arroser, pointe Jean-François Van Daele, exploitant en polyculture-élevage, qui possède 28 hectares aujourd’hui irrigués grâce aux eaux géothermiques de Mont-de-Marsan. Nous avons longtemps cherché une solution et sollicité l’administration pour créer une retenue, sans succès. Le projet de la ville tombait à pic. »

L’étude identifie 134 hectares potentiellement concernés, cultivés par quatre exploitants dont Jean-François Van Daele. Ils saisissent l’opportunité et se regroupent au sein d’une Association Syndicale Libre. Un dossier est déposé pour déroger à la règle de réinjection dans la nappe. Il est accepté.

Non sans difficultés

Mais le projet subit des fortunes diverses. Initialement prévue sur un terrain forestier, la zone retenue pour le bassin se heurte à des contraintes foncières et environnementales. Il sera finalement implanté sur 10 hectares de terres agricoles, vendues par un des exploitants. L’opération nécessite le déplacement d’un pivot et des modifications de réseaux.

Bassine de stockageLa bassine de stockage de Mont-de-Marsan : 300 000 m3 pour 10 ha d'emprise. (©Chambre d'agriculture des Landes)

Entre autres aléas, une entreprise dépose le bilan avant les travaux, le Département s’oppose au passage des conduites sous un pont… « Le projet a ensuite été à deux doigts d’être abandonné après les fouilles archéologiques préventives, se remémore Julien Rabe. Le montant des investigations complémentaires, à la charge du maître d’ouvrage, était de 600 000 € ». Une aide financière de l’Agence de l’eau Adour-Garonne et du ministère de la culture permet de lever l'obstacle.

Un peu plus de 2 millions d’euros

Le chantier commence en 2017. Trois kilomètres de conduites sont posées, dont 400 mètres sous la rivière. Coût total du projet, un peu plus de deux millions d’euros*. À la charge des agriculteurs, restent la station d’irrigation et son réseau de desserte des parcelles agricoles. Investissement : 475 000 €, dont 55 % subventionnés par la Région et l’Europe.

Des conventions partenariales sont signées entre l’agglo et les agriculteurs : la ville a obligation de remplir le bassin l’hiver pour garantir la disponibilité de l’eau en saison. Les irrigants ont quant à eux obligation de le vider. La réserve est mise en eau au cours de l’hiver 2018. « 2019 n’a pas réellement permis de voir la différence car il a suffisamment plu, et les rendements ont été bons partout, note Jean François Van Daele. Mais la campagne 2020 s’en ressentira. En année sèche, avec les restrictions dont nous avions l’habitude, les rendements maïs de ces parcelles tournaient autour de 80 quintaux. Cette année ils seront supérieurs, nous avons pu arroser tout l’été ».

Cultures irriguées sous contrat

Côté coût, celui-ci est compris dans une fourchette allant de 350 € à 400 €/ha selon les années. Il comprend le prix de l’eau, l’entretien du bassin et l’énergie. Un tarif que Julien Rabe estime « élevé mais supportable. C’est le prix à payer pour avoir une eau sécurisée, un volume suffisant et 10 bars à la borne ». Un avis partagé par Jean-François Van Daele : « Cette assurance de pouvoir irriguer permet d’avoir des cultures sous contrat et de les garder ». Sur ses 28 hectares, Jean-François Van Daele implante du maïs grain, semence et du tournesol semence.

Essai transformé ? Pas encore : le deuxième forage de la ville est toujours en sursis. « Le volume d’eau est beaucoup plus important : 1,5 million de m3, pointe Julien Rabe. Il faudrait trouver 1 000 hectares de surfaces irrigables autour de Mont-de-Marsan. Déployer un réseau de cette ampleur coûterait extrêmement cher. » Une étude a mis en avant la possibilité de valoriser ces eaux usées pour chauffer des serres légumières. Le projet est actuellement entre les mains du conseil communautaire.

* Financement : Ville de Mont-de-Marsan : 37 %, Agence de l’Eau Adour-Garonne : 30 %, Région Nouvelle Aquitaine : 24 %, Ademe : 9 %

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