[Témoignage] Dans le Berry Quentin Pointereau, céréalier, revient sur la météo de 2019 et ses conséquences

Marie Renaud Terre-net Média

La période hivernale remplit correctement son rôle de recharge des nappes phréatiques dont les niveaux étaient extrêmement bas dans certaines régions. C'est le cas du Berry, épicentre de la sécheresse estivale. Quentin Pointereau, céréalier dans le Cher, revient sur cette année météorologique marquée par la sécheresse cet été et les pluies à l'automne, et ses conséquences sur son activité d'agriculteur.

Céréales et secheresseDans le Cher, le déficit hydrique accumulé depuis l’été 2018 est tel que l'année 2019 est en déficit de deux mois de pluie. (©Pixabay)

Cet été, le département du Cher n’a pas reçu une goutte de pluie entre le 21 juin et le 21 septembre. Pas, ou si peu : « Il est tombé 3 millimètres par-ci, 6 mm par-là, mais rien de significatif », se souvient Quentin Pointereau, céréalier à Lugny-Bourbonnais, commune du sud du Cher, en plein cœur du Berry.

Ingénieur-agronome de formation, Quentin Pointereau s’installe en 2017 sur 140 hectares. « Nous produisons de multiples cultures. Du blé tendre pour la meunerie ou l'élevage, du blé dur pour la semoulerie, de l'orge brassicole ou fourragère, du lin oléagineux Bleu-Blanc-Cœur, colza et tournesol à destination des huileries, pois chiches et lentilles à destination de l’alimentation humaine, millet jaune pour l’oisellerie, coriandre, semences de pois fourragers, féveroles ... » explique-t-il.

Des plantes « en mode survie »

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la sécheresse avait commencé tôt. Très tôt même, si on en croit l’agriculteur de 32 ans : « L’hiver 2018-19 ayant été très sec, les plantes ont subi un stress hydrique dés le mois de février ce qui a fortement affaibli les colzas. Cela a eu pour effet de décupler leur sensibilité à une attaque d’altises sans précédent, probablement favorisée par un mois de février particulièrement doux et donc très favorable à leur développement. »

La situation est allée de mal en pis par la suite malgré une période plus arrosée de mi-avril à mi-juin. « Grâce à cela, les tournesols et les millets ont eu un très bon début de cycle ». La première période caniculaire de fin juin a eu pour effet de « bloquer complètement les plantes, en particulier les lentilles qui ont énormément souffert » alors que la seconde période caniculaire de fin juillet a fait mal aux cultures d’été déjà en grand stress hydrique. 

« À ce moment-là, les plantes sont passées en mode survie », résume le professionnel. « Pour imager le stress qu’ont subi les plantes, on peut notamment parler du millet. Les pieds qui ont épié avant la canicule de fin juillet ont suivi leur cycle normal et été mûrs assez tôt, fin août. En revanche, dans le même champ, certaines talles n’avaient pas épié, la température les a bloquées et les pieds ne se sont mis à fructifier qu’en septembre. D’où bien des ennuis pour les récoltes, car dans le même champ, vous aviez des graines à sur-maturité et d’autres qui n'étaient pas mûres », poursuit l'agronome. Et, dans ces terres très lourdes puisque très argileuses, l’irrigation n’est, normalement, pas nécessaire et finalement peu répandue.

Quentin PointereauQuentin Pointereau s'est installé en 2017. Sur trois ans d'activité, deux ont été marqués par la sécheresse. (©Quentin Pointereau)

Des rendements très en deçà des résultats habituels

Résultat, mis à part les orges qui ont fait mieux que les années précédentes (80 quintaux/hectare), les autres rendements se passent de commentaires : 2 quintaux pour les lentilles (contre 17 en année « normale ») et 15 quintaux pour les millets.

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Depuis septembre, les pluies sont revenues en abondance. Il a fallu composer avec des fenêtres de semis très réduites pour parvenir à semer.

Installé depuis 2017, il est « trop tôt » aux yeux de l’agriculteur pour remettre tout son système en cause. Les deux étés précédents ont été très secs mais « l’année de mon installation avait été plus arrosée ». Il n’empêche, il émet de sérieux doutes sur la lentille dont « les rendements ont été catastrophiques pour tout le monde avec des cours très bas eux aussi ». En revanche, son œil d’agronome a été épaté par « les capacités étonnantes du pois-chiche à résister à de tels coups de chaud ».

Et après un été si sec, « nous n’avons pas eu besoin de faire de travail profond des sols. Le sol très sec se structure de lui-même, il n’est pas nécessaire d’y toucher ». Pour ce qui est des semis, c’est avec ... les pluies abondantes qu’il a fallu composer obligeant le céréalier à trouver des fenêtres de semis très réduites.

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« Sur Bourges, il manque encore deux mois de pluies en 2019»
En plein cœur de l’été, la préfecture du Cher prenait un arrêté sécheresse chaque semaine. « Nous avons pris notre tout premier arrêté, le 6 juin, c’était déjà très tôt dans la saison », se souvient Olivier Poite, chef de service adjoint environnement et risque à la DDT du Cher. Et les restrictions n’ont été que totalement levées le ... 14 novembre. Une situation inédite sur tous les plans avec des niveaux de nappes jamais connus auparavant, pour la plupart d'entre elles. « Nous n’avions aucune visibilité car nous n’avions jamais vécu cela avant. Nous ne savions pas ce qui allait se passer ». Les pluies sont revenues depuis le mois d’octobre et « les cours d’eau sont tous revenus à des niveaux corrects. Les nappes sont dans des situations variables, certaines sont à des niveaux habituels, d’autres sont encore en souffrance. Nous avons accumulé un tel déficit hydrique depuis l’été 2018 que l'année 2019 est en déficit de deux mois de pluie ».

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