Alternatives au glyphosate Pas de recette miracle, mais plusieurs pistes en cours

Nathalie Tiers Terre-net Média

2021 pourrait bien sonner le glas pour le glyphosate en France, pour la majorité des usages. La prochaine campagne s’avère donc déterminante pour anticiper et tester des solutions. La recette miracle n’existe pas, mais les pistes sont nombreuses, à condition de faire preuve de souplesse et de prévoyance.

Épandage de glyphosate avant semisQuelles alternatives face au retrait à venir du glyphosate ? (©Nadège Petit @agrizoom) D’après le rapport de l’Inra1 publié fin 2017 sur les « usages et alternatives au glyphosate dans l’agriculture française », les distributeurs français ont vendu 9 000 t de cette substance active en 2016. Les usages agricoles, stables, représentent 84 % de cette consommation. La perspective de retrait du marché de ce produit va obliger des agriculteurs à modifier leurs pratiques dans toutes les situations de préparation du sol avant les semis. Selon ce même rapport, le travail du sol, avec ou sans retournement, tient une place prépondérante dans les alternatives au glyphosate.

En effet, 100 % des agriculteurs du réseau Dephy2 déclarant avoir réussi à abandonner l’usage de cette substance dans leur ferme le citent comme levier majeur. Le labour est efficace pour maîtriser les adventices, notamment par l’enfouissement des graines de plantes annuelles en profondeur. Mais sans glyphosate, « la pression en vivaces pourrait augmenter, car le labour les perturbe sans les détruire », prévient Jérôme Labreuche, spécialiste du travail du sol et des cultures intermédiaires chez Arvalis- Institut du végétal.

Cartographie du niveau de recours au glyphosate dans les fermes Dephy pour la filière grandes cultures & polyculture-élevage.Cartographie du niveau de recours au glyphosate dans les fermes Dephy pour la filière grandes cultures & polyculture-élevage. (©Fermes Dephy - Carte réalisée avec QGIS)

Contre les vivaces, outre le travail du sol en interculture et le désherbage chimique en culture, l’introduction de prairies dans la rotation, en particulier de luzerne, est efficace. Toutefois, le rapport de l’Inra la juge difficilement généralisable en dehors des fermes d’élevage ou des débouchés de déshydratation. En non-labour, la destruction des adventices passe par le travail superficiel du sol, en un ou deux passages, par exemple avec un outil à dents de scalpage. Une autre solution consiste à pratiquer deux passages croisés d’outil à disques. L’efficacité est variable selon la taille des adventices et leur nature. « Une repousse de colza dont le collet est scalpé ne repart pas, souligne Jérôme Labreuche.

En revanche, les graminées ont davantage de capacité à redémarrer avec leur système racinaire fasciculé piégeant la terre. Il faudrait les couper au niveau du plateau de tallage. » Avec de l’anticipation, les implantations d’automne  sur des sols propres semblent néanmoins réalisables sans glyphosate. Pour les cultures de printemps, les ennuis commencent si l’interculture compte des adventices développées. « Nous étudions une piste visant à obtenir un sol propre, en matière de graminées notamment, à l’entrée de l’hiver, poursuit Jérôme Labreuche. L’idée consiste à semer le couvert juste après la moisson, voire avant [à la volée, NDLR], et le détruire mécaniquement au plus tard le 15 octobre pour nettoyer le sol. En deux mois, ce couvert est efficace pour piéger les nitrates selon l’Inra. En revanche, la réglementation actuelle interdit sa destruction avant le 1er novembre. »

Témoignage de Régis Valais : « Je laboure encore souvent »

Régis Valais produit du lait et des volailles sur 115 ha  a` La Roë, en Mayenne (40 ha de céréales, 35 ha de maïs et 40 ha de prairies). Son maïs et ses céréales sont désherbés en prélevée, un rattrapage est possible dans certains cas en céréales, notamment contre le rumex. Il n’utilise pas de glyphosate en interculture. « Avant le semis de céréales, je laboure si la parcelle est sale, soit une fois sur deux. Si le champ est propre, je sème avec un combiné décompacteur comprenant herse rotative et semoir. Après céréales, je fais un ou deux déchaumages rapides. Avant maïs, j’implante un couvert avoine brésilienne/radis chinois/phacélie, ou un ray-grass d’Italie en dérobée sur dix-huit mois pour l’affouragement en vert. Les couverts sont détruits par roulage en cas de gel, et par déchaumage ou broyage en l’absence de gel. Dans le ray-grass italien (RGI), les coupes régulières empêchent les adventices de grainer et diminuent la pression. Je laboure ensuite pour éviter les repousses. » Fabien Guérin, agronome de la chambre d’agriculture de Mayenne, précise : « Le glyphosate  est souvent utilisé contre les repousses de RGI dans le maïs. Une alternative est d’implanter en dérobé un méteil, qui produit moins  de repousses. »

Un sol propre sans glyphosate et sans labour

Dans les Pays de la Loire, la chambre d’agriculture a comparé deux rotations colza-blé-maïs-blé, menées sans glyphosate et sans labour (si possible) de 2010 à 2017. La première n’utilise que des herbicides en post-levée selon les adventices présentes (conduite raisonnée). La seconde vise une réduction de 50 % des pesticides. « La conduite raisonnée a permis de maintenir le sol propre sans glyphosate et sans labour », relate Fabien Guérin, agronome. Après le colza (désherbé en post-levée), deux à trois passages mécaniques superficiels (5 cm) avec des outils à disques ou à dents sont réalisés avant le semis de blé, dont un plus profond (15 cm). Deux herbicides sont appliqués sur blé. Après la moisson, un couvert avoine-phacélie est semé après déchaumage. Une fois l’apport de fumier achevé, il est détruit par roulage suite au gel ou avec deux passages d’outil à disques, avant le semis du maïs. Ce dernier reçoit lui aussi deux herbicides, et l’ensilage est suivi d’un double nettoyage (déchaumeur à disques et vibroculteur) avant le second blé.

La modalité à - 50 % de pesticides a obligé le recours au labour avant le semis de printemps sur deux des sept années d’expérimentation. Semé comme un maïs, le colza a été biné. Puis un couvert de lentilles et de sarrasin a été installé pour y semer le blé en direct. « Le blé a été désherbé une seule fois et son rendement a été pénalisé par le salissement, souligne Fabien Guérin [66 q/ha, pour un potentiel de 75 q/ha]. Le suivi de la flore a aussi révélé de nouvelles adventices comme la vulpie et le brome. »

Pourcentage de surfaces avec usage de glyphosate en France, respectivement en 2010-2011 et 2013-2014, selon les stratégies de travail du sol.Pourcentage de surfaces avec usage de glyphosate en France, respectivement en 2010-2011 et 2013-2014, selon les stratégies de travail du sol. (©Service de la statistique et de la prospective du ministère de l'agriculture et de l'alimentation)

Dans l’Eure, le GIEE des 3 vallées expérimente le semis direct sur couvert permanent sans glyphosate. Semé en même temps que le colza en tête de rotation, le trèfle (et/ou lotier et luzerne) est implanté pour trois ans. « Avant ou après le semis direct de blé, nous avons appliqué un herbicide pour réguler le couvert et détruire les adventices, expliquent Benoît Hernier et Éline Langlois, conseillers au Cerfrance Seine-Normandie accompagnant le groupe. Le couvert repart après la moisson et à nouveau, nous le régulons pour semer l’orge en direct. En revanche, il est trop concurrentiel pour la culture de printemps à suivre, donc il est détruit par déchaumage après l’orge afin d’implanter un couvert gélif plus classique. Celui-ci est supprimé au printemps avec un herbicide plus cher que le glyphosate.

Le système reste performant, car le rendement est maintenu, la nutrition des plantes est meilleure et on économise 10 à 20 unités d’azote par hectare. » Pour réguler le couvert, le GIEE a également testé le broyage, mais cela stimule la légumineuse. Il envisage de tester le hachage ou l’écrasement au rouleau.

Retrouvez également le témoignage de Christophe Naudin, agriculteur en Essonne > Interdiction du glyphosate : « une impasse pour l'agriculture de conservation des sols »

Priorité à la biomasse

Dans la Nièvre, le GIEE Magellan cherche lui aussi des solutions en semis direct sous couvert de légumineuses. Le groupe a mis en place une plateforme zéro glyphosate en 2018. Les sept cultures prévues dans la rotation ont été semées en direct dans du lotier implanté un an plus tôt (lentilles/colza/orge d’hiver/blé/association tournesol-soja/blé/orge de printemps). « Le couvert permanent inhibe une partie des levées de graminées, dont le vulpin, estime Michaël Geloen, ingénieur chez Terres Inovia et animateur du groupe. C’est aussi un moyen de contourner la difficulté d’implantation des couverts annuels dans notre région. Notre levier prioritaire pour contrôler les adventices est la production de biomasse par la culture pérenne, puis, si nécessaire, la réintroduction d’un minimum de travail du sol de type scalpage et enfin, les herbicides en dernier recours. »

En l’absence de glyphosate, il faudra raisonner à la parcelle et non plus à la culture, faire des choix en fonction de l’état du champ à chaque récolte, et être plus vigilant sur l’enchaînement des cultures.

Au bout d’un an, la plateforme montre des parcelles propres et d’autres sales. « Nous contrôlons à peu près les adventices annuelles, mais les vivaces posent problème, notamment le chardon, reprend Michaël Geloen. Nous allons essayer de maintenir les parcelles propres et de rattraper les autres ! Il faudra sans doute adapter la rotation, peut-être introduire des cultures nettoyantes comme la luzerne ou le chanvre, et des associations de céréales et légumineuses. En l’absence de glyphosate, il faudra raisonner à la parcelle et non plus à la culture, faire des choix en fonction de l’état du champ à chaque récolte, et être plus vigilant sur l’enchaînement des cultures. » « La durée de la rotation et la succession des cultures sont des leviers très importants, confirme Jérôme Labreuche. Il faudra s’en tenir au cas par cas à la parcelle, s’adapter en permanence pour trouver le meilleur compromis et raisonner en fonction des opportunités. Ce sont de nouveaux réflexes à acquérir. Le matériel de travail du sol existant offre beaucoup de possibilités, mais les conditions d’intervention vont devenir plus déterminantes.

1. Reboud, X. et al, 2017. Usages et alternatives au glyphosate dans l’agriculture française. Rapport Inra a` la saisine. 2. Le réseau Dephy comprend 3 000 fermes françaises engagées dans une démarche volontaire de réduction des pesticides.

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