Lutte contre les adventices Comment gérer l’enherbement en agriculture de conservation des sols ?

Terre-net Média

Le désherbage est un enjeu majeur en agriculture, les adventices étant avant tout en compétition directe avec le bon développement des cultures. Pour répondre aux attentes politiques et sociétales de réduction de l'usage des produits phytosanitaires, l’association pour la promotion d’une agriculture durable (Apad) travaille sur des méthodes de lutte alternatives, préventives et curatives, contre les adventices.

Journée technique ApadL'Apad travaille en lien avec différents partenaires pour développer une approche globale pour la lutte contre les adventices en agriculture de conservation des sols. (©Apad)

Les trois piliers de l’agriculture de conservation des sols (ACS), qui sont l’arrêt total du travail du sol, la couverture permanente du sol et la diversification des cultures, « présentent de nombreux intérêts pour maîtriser la flore adventice des parcelles », indique Paul Robert, agriculteur. « Si cette technique culturale permet de limiter la germination de certaines adventices et/ou de limiter leur développement, elle entraîne aussi de nouvelles contraintes ». Par exemple, « la présence d’un couvert ou d’un mulch peut fortement impacter la période de levée des adventices et l'efficacité des herbicides à action racinaire ou foliaire. Leur positionnement sera raisonné différemment d’un itinéraire conventionnel ». Diversifier les cultures et alterner les modes d’action dans la rotation est l’une des méthodes alternatives fondamentales en ACS.

Limiter le recours aux produits phytosanitaires

Les attentes actuelles aux niveaux politique et sociétal sont fortes concernant la réduction de l’usage des produits phytosanitaires. De nombreux agriculteurs pratiquant l’ACS s’inquiètent de la suppression programmée du glyphosate. Ce produit phytosanitaire « utilisé à petites doses et dans de bonnes conditions » constitue « un outil pompier efficace, économique, compatible avec leurs enjeux de restauration de la biodiversité, de lutte contre l’érosion et de stockage de carbone dans les sols », selon Benoît Lavier, président de l’Apad. Il souligne : « les solutions ne peuvent pas être recherchées du côté de la chimie car nous ne voulons pas d’une solution court terme, potentiellement sur la sellette » et « retourner à du labour ou du travail du sol n’est en tout cas pas une solution acceptable pour nous ».

Des techniques anciennes peuvent être remises au goût du jour comme le binage et le sarclage par exemple. Les adventices sont éliminées « soit par des actions mécaniques, soit par des actions reposant sur de nouvelles technologies », d'après Michel Berducat de l’Irstea. Des équipes de recherches travaillent notamment sur le binage au niveau de l'intra-rang des cultures (espaces entre plants sur une même rangée) dans le cadre du challenge Rose (robotique et capteurs au service d’Ecophyto), présenté lors du Salon de l’agriculture 2018.

Concurrencer le développement des adventices

D'autres leviers existent pour lutter contre les adventices. Choisir des couverts performants, associer différentes espèces et produire une biomasse importante contribuent à étouffer et concurrencer les adventices. Les agriculteurs peuvent également jouer sur la densité de semis des cultures, l'utilisation de mulch ou la fertilisation pour concurrencer le développement des mauvaises herbes.

L'Apad et les instituts techniques travaillent aussi sur des méthodes prophylactiques pour empêcher la levée des adventices. Parmi elles, on peut citer l'allélopathie.

Utiliser l'allélopathie, une voie d'avenir

Les cultures allélopathiques, autrement dit « le contrôle des adventices au moyen de composés phytotoxiques produits par la culture elle-même, devrait figurer parmi les alternatives au désherbage chimique » selon Judith Wirth, responsable du groupe de recherche malherbologie grandes cultures et viticulture à Agroscope (Suisse). Des molécules naturelles à « effet herbicide » sont libérées par « volatilisation, lessivage, lixiviation, décomposition des résidus ou exsudation racinaires par les plantes vivantes ou les débris végétaux ».

Ces cultures peuvent être utilisées dans une rotation, mais aussi en tant que culture intermédiaire ou résidus de culture. « L’impact de l’allélopathie par les cultures intermédiaires au champ est méconnu. Toutefois, nos résultats suggèrent que l’allélopathie est un facteur à considérer », poursuit Judith Wirth. Selon les essais réalisés par Agroscope, le « sarrasin libère des exsudats présentant un effet allélopathique plus élevé lorsqu’il a été mis en contact avec l’amarante préalablement ». Le groupe de recherche tente donc d’identifier les « molécules responsables de cette inhibition » afin de sélectionner ultérieurement des couverts plus efficaces contre les adventices.

Journée dédiée à la gestion de l'enherbement en ACS - 31 mai 2018La 5e journée technique nationale de l'Apad,le 31 mai 2018 au lycée agricole de Vendôme (41), était dédiée à la gestion de l'enherbement en ACS afin de « construire collectivement les solutions durables de demain », selon Benoît Lavier.  (©Apad)

Avoir une approche systémique

Les leviers de lutte potentiels contre les adventices sont nombreux en agriculture de conservation des sols. Il faut trouver néanmoins trouver la combinaison adaptée aux différentes conditions de chaque exploitation. Mettre au point toutes ces solutions nécessite du temps ainsi qu'un « vrai plan d'accompagnement pour que la recherche et le monde agricole dans son ensemble se mettent au service des agriculteurs qui pratiquent ce système aujourd'hui avec succès », conclut Benoît Lavier.


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