; Les couverts permanents ont un impact variable sur la productivité du blé

L'actu d'Arvalis Couverts permanents : des bénéfices potentiels sur le blé tendre

Terre-net Média

Arvalis – Institut du végétal s’est penché sur deux modes de conduite de couverts implantés dans la culture précédent un blé tendre d’hiver. Ces couverts ont été soit détruits pendant le cycle du blé, soit maintenus vivants dans le blé. Une synthèse de dix essais a pu mettre en évidence la forte variabilité d’impact de ces couverts sur la productivité du blé tendre. Les données révèlent que les plantes compagnes agissent principalement sur la nutrition azotée de la culture. La régulation de leur croissance reste cependant déterminante au printemps afin de limiter la compétition qu’elles exercent sur le blé.

un couvert de luzerneLa présence d’un couvert de luzerne n’affecte pas le rendement du blé (©Terre-net Média)

Les couverts permanents sont communément définis comme des plantes de service pérennes dont le cycle de développement chevauche celui d’une culture commerciale, l’interculture qui suit et le début de la culture suivante. Cette longue période de croissance permet de valoriser au maximum leur intérêt agronomique : structuration du sol, lutte contre l’érosion, stimulation de l’activité biologique, séquestration de carbone, fixation symbiotique d’azote dans le cas de légumineuses, limitation de la croissance des adventices… En revanche, l’un des inconvénients de ce type de couvert est d’être potentiellement compétitif de la culture de vente vis-à-vis de la lumière, des nutriments ou de l’eau du sol.

C’est pour mieux comprendre ces mécanismes qu’Arvalis – Institut du végétal a mis en place depuis 2009 dix essais sur blé tendre d’hiver répartis dans toute la France. Les comparaisons avec et sans couvert permanent ont eu lieu en ayant une conduite culturale la plus proche possible entre les deux modalités. Les doses d’azote étaient par exemple toujours les mêmes.

Pas d’impact significatif sur le rendement moyen du blé

Sur l’ensemble des sites, les plantes compagnes ont été implantées de quelques mois à plus d’un an (en association avec le précédent) avant le semis du blé. Les espèces sont des légumineuses, principalement du trèfle blanc et de la luzerne. Deux types de gestion du couvert ont été réalisés. Soient ils ont été détruits dans le blé, d’octobre à mai, volontairement ou non, soient ils ont été maintenus vivants pendant tout le cycle de la culture. Leur croissance a cependant toujours été régulée chimiquement afin d’essayer de limiter la compétition vis-à-vis du blé.

La synthèse des résultats montre que, toutes situations confondues, la présence d’un couvert n’affecte pas le rendement du blé (100 % des témoins), mais une tendance à l’amélioration s’observe pour les couverts détruits dans le blé (104 %) et à la réduction avec les couverts vivants (96 %). Il subsiste cependant une forte variabilité des impacts (tableau 1) : ± 25 % (si on exclut un cas à – 55 % de rendement). Cette variabilité s’explique en partie par la diversité des situations étudiées et la cinétique de croissance du couvert dans le blé. Elle semble aussi liée d’une part à une relative hétérogénéité spatiale du couvert de légumineuse et d’autre part, à la présence de campagnols. Le ravageur est en effet favorisé par le non travail du sol et les couverts de légumineuses pérennes, ce qui a pu créer une hétérogénéité supplémentaire dans les parcelles expérimentales.

Une forte variabilité des impacts sur le rendementTableau 1 : Composantes des rendements obtenus en présence d’un couvert permanent en pourcentage des témoins sans couvert

Un impact significatif sur la levée et le nombre d’épis/m²

Au niveau des composantes de rendement, la levée et le nombre d’épis au m² de la céréale sont légèrement inférieurs en présence d’une plante de couverture mais sont compensés par une hausse de la fertilité des épis et du poids de mille grains (PMG). Dans ces essais, le rendement est particulièrement corrélé au nombre de grains au mètre carré.

L’impact des couverts sur la teneur en protéines du blé est quant à lui neutre en moyenne (101 % des témoins, avec une variabilité d’environ ± 15 %).

Un effet significatif sur les fournitures en azote

Les couverts agissent significativement sur l’indice de nutrition azotée (INN) du blé au stade floraison (figure 1), en provoquant une variation de l’INN de ± 0,25. Cet indice représente la satisfaction des besoins en azote du blé, l’optimum se situant à 0,9 ou 1 (les INN sont en général compris entre 0,2 et 1,3).

Les blés dans ces essais n’étaient pas « saturés » en azote, ce qui peut expliquer qu’un écart d’INN soit assez bien lié à un effet sur le rendement. Il est intéressant de noter que les couverts ont affecté dans certains essais le rendement du blé et sa nutrition azotée, bien qu’il s’agisse de couverts de légumineuses. Il s’agissait de situations où les couverts ont été insuffisamment régulés avec un niveau de biomasse de 1 à 2 t/ha de matière sèche au stade floraison du blé. Ces couverts trop peu régulés ont exercé une compétition sur le blé au printemps, à une période où ce dernier a de gros besoins en ressources, particulièrement en azote. Le couvert a probablement profité des apports d’azote minéral effectués, au détriment du blé. Lorsque le couvert est correctement régulé au printemps (moins de 1 t MS/ha), le rendement moyen est de 106,4 % des témoins pour une teneur en protéines de 100,6 %.

Les couverts agissent sur l’indice de nutrition azotée du bléFigure 1 : Indice de nutrition azotée du blé à la floraison et rendement obtenu dans six essais récoltés de 2009 à 2015 en présence d’un couvert permanent, par rapport aux témoins (blé sans couvert permanent). L’INN des témoins sans couverts était de 0,26 à 0,40 lorsque la mesure a été faite dans des témoins sans azote et de 0,66 à 0,95 en situation fertilisée. (©Arvalis)

Pas de compétition forte sur la ressource en eau

En 2015, malgré la sécheresse rencontrée en mai et juin sur un essai récolté à Boigneville (91), les couverts n’ont pénalisé ni le rendement, ni le PMG du blé.

L’humidité du sol y a été suivie à l’aide de tensiomètres sur deux profondeurs (30 et 60 cm) et le déficit hydrique du sol ne montre en effet aucune différence significative quelle que soit la date, ce qui confirme la moindre importance du facteur ressource en eau par rapport à l’azote. Il faut cependant signaler la faible biomasse des couverts qui ont été bien régulés dans le blé au printemps (0,6-0,7 t/ha de biomasse sèche à la floraison). Il reste cependant encore à suivre l’impact des couverts permanents dans des situations de stress hydriques plus importants, avec par exemple des manques d’eau précoces en début de printemps, ce qui n’a pas été le cas dans les dix essais suivis.


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