; Couverts végétaux : comment réussir le semis ?

Environnement Des couverts végétaux pour faire face au changement climatique

Emilie Durand Terre-net Média

Les couverts végétaux sont de plus en plus prisés par les agriculteurs. Ils rendent des services environnementaux non négligeables et protègent les sols face à une météo plus capricieuse du fait du changement climatique.

« Nous avons été éduqués à penser en termes de quantité et non de flux », souligne Frédéric Thomas, agriculteur dans le centre de la France.« Nous avons été éduqués à penser en termes de quantité et non de flux », souligne Frédéric Thomas, agriculteur dans le centre de la France. (©Alain Van de Kerckhove)

« Par les couverts végétaux, l’idée est de remplacer l’acier [des outils agricoles, NDLR] par les racines, explique Frédéric Thomas, agriculteur dans le centre de la France, lors d’une conférence le 21 septembre au salon Tech&Bio. Plus le travail est profond, plus l’impact est fort sur le sol. Avec la chaleur, cela a un effet létal sur l’activité biologique. Il peut y avoir jusqu’à 20°C d’écart entre un sol non couvert et un sol couvert ».

Or, le changement climatique entraîne des périodes particulièrement chaudes aujourd’hui ainsi que des périodes de fortes pluies, ayant des conséquences sur les sols. « Couvrir n’est pas souhaitable mais indispensable », affirme-t-il avec conviction, citant une meilleure structure des sols grâce aux couverts végétaux, un relais de pollinisation pour les abeilles, une meilleure gestion du salissement et même des économies de carburant. Il ne déchaume plus et fait aussi pâturer ses couverts au printemps dans un système qu’il qualifie de « broutte-crottes » ou « broutte-bouse ». « Les animaux sont des brasseurs de fertilité », témoigne-t-il.

Réussir le semis des couverts végétaux

Mais pour obtenir tous les bénéfices des couverts végétaux, il faut en réussir le semis. « Déjà, il faut arrêter de penser Cipan (culture intermédiaire piège à nitrate), piéger le nitrate n’a pas d’intérêt, conserver l’azote oui !, continue Frédéric Thomas. Il faut aussi semer tôt pour faire de la biomasse à l’automne ou alors juste après la moisson pour ne pas perdre l’eau précieuse. Le timing du semis est important car la température du sol monte vite et peut être un inhibiteur de la germination.

Semer à la volée est possible mais plus aléatoire qu’un semis à la moissonneuse-batteuse. Il s’agit d’être attentif au semis comme pour une culture mais aussi à la fertilité du sol, aux choix variétaux. Il ne sert à rien de semer à la volée des graines exceptionnelles. » Il évoque la question des associations de cultures pouvant aller jusqu’à dix ou douze plantes ensembles. « Le mélange est plus fort que la chimie », répète-t-il.

Gérer le développement du couvert permanent

« Le Graal » reste la couverture permanente pour Frédéric Thomas. « Il n’y a pas besoin de l’implanter tous les ans », souligne Mathieu Marguerie, ingénieur régional chez Arvalis. Il cite le sainfoin ou la luzerne. La difficulté reste la gestion du couvert. S’il est trop développé, il aura beaucoup d’impact sur la culture. La luzerne est un très bon moyen pour couvrir les sols l’été mais « il va falloir l’affaiblir en broyant ou en tondant », reprend Mathieu Marguerie. Au bout de quelques années, associée à une céréale, la luzerne apporte de l’engrais et les rendements s’améliorent.

Selon lui, « en mariant agriculture de précision et agriculture biologique, les résultats sont prometteurs ». Reste la question du matériel à adapter à ces techniques de semis, de fauche voire de récolte.

Couverts végétauxIl faut plusieurs années pour voir un effet du couvert végétal permanent sur la culture. (©Terre-net Média)

L'avis d'Amélie Carrière, animatrice filière bio chez Arvalis 

« Face au changement climatique, il existe plusieurs leviers en agriculture biologique, mais le tout premier est bien l’anticipation car il n’existe pas de leviers immédiats ou correctifs. Il s’agit donc de travailler sur la résilience globale du système afin d’être capable d’encaisser une à deux années de pertes. Dans tous les cas, la résilience ne garantit pas une sécurité totale.
Pour cela, il est intéressant d’établir une diversité cultivée à différentes échelles : intra-parcellaire avec des associations d’espèces, entre parcelles et sur un territoire. La fertilité d’un sol tout comme la mise en place d’un couvert permanent permet de rendre un système plus résilient aussi. En parallèle, il est parfois difficile de concilier moindre travail du sol et agriculture biologique par exemple. L’arrivée de bioagresseurs, issue de la conjonction des trois facteurs que sont la population, l’état de la culture et le climat, reste aussi très difficile à prévoir. »

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