Suite à vos questions Les pistes d'AgroLeague pour optimiser les marges en céréales d'hiver

AgroLeague et Sophie Guyomard Terre-net Média

Entre le 10 et 16 décembre 2020, vous avez été invités, chers lecteurs de Terre-net, à poser toutes les questions que vous vouliez aux experts AgroLeague concernant le plafonnement des rendements et l'optimisation des marges en céréales d'hiver. Aujourd'hui, l'équipe AgroLeague vous répond.

Blé« John Kempf, agronome aux États-Unis, a prouvé qu'en apportant à la culture une nutrition adaptée et un sol vivant, on peut déplafonner les rendements et améliorer la qualité nutritive des récoltes.  », relatent les experts AgroLeague. (©Pixabay)Nous vous avons proposé, sur Terre-net, d'exprimer vos interrogations actuelles concernant le plafonnement des rendements et l'optimisation des marges en céréales d'hiver. Et vous avez été nombreux à réagir à ce sujet et poser des questions via les commentaires de l'article ou les réseaux sociaux. Parmi les thèmes les plus abordés : aléas climatiques, préservation du sol, génétique, gestion des charges, fertilisation... 

?? Les experts AgroLeague à votre écoute cette semaine sur Terre-net ! :) Vous vous interrogez au sujet du...

Publiée par Terre-net sur Mardi 15 décembre 2020

Pour vous répondre, nous avons fait appel à AgroLeague, qui réalise un suivi technico-agronomique au service d'une grande communauté d’agriculteurs dédiée à l’agronomie et à la technique. Les six experts de l'équipe, avec chacun leurs domaines de compétences, se sont alors concertés et voici leurs retours :

Mou Thon : « Quel est le plus gros levier pour déplafonner ses rendements (génétique, cultural, fertilisation, autre) ? »

AgroLeague : La génétique a fait d'immenses progrès ces dernières décennies. Le potentiel génétique et physiologique de rendement d'un blé tendre standard dépasse les 180 q/ha. Le meilleur levier pour déplafonner les rendements sans ruiner la marge est vraiment la fertilisation dans sa globalité chimique et biologique et le travail sur le sol. Aujourd'hui, on connaît très bien le fonctionnement de la plante et ça nous permet d'appréhender la nutrition de façon globale, en considérant l'azote, le phosphore, le calcium, la potasse et une quinzaine d'oligo-éléments essentiels. Avec les membres AgroLeague, on utilise des analyses de sol et de sève pour piloter ces éléments de façon précise. » 

Mou Thon : « Peut-on encore augmenter les rendements sans négliger la qualité nutritive des céréales ? »  

AgroLeague : « La théorie de la dilution qui consiste à réduire le rendement pour densifier les éléments nutritifs est très utilisée aujourd'hui. Plusieurs études montrent que la qualité nutritive des céréales est directement liée à la fertilité biologique des sols et au taux de carbone notamment

John Kempf, agronome aux États-Unis, a prouvé qu'en apportant à la culture une nutrition adaptée et un sol vivant, on peut déplafonner les rendements et améliorer la qualité nutritive des récoltes. » 

Mou Thon : « L'augmentation des rendements s'est souvent accompagnée d'une augmentation des maladies et donc des traitements pour y pallier. Quelles solutions pour augmenter les rendements sans augmenter l'IFT ? »

AgroLeague : « Le rendement n'est pas antagoniste à la santé de la plante ! Les fortes pressions maladie sont les symptômes d'un système déséquilibré. Notre stratégie pour limiter les IFT, c'est de s'attaquer aux causes de ces maladies : sol déséquilibré, problème de structure, équilibre nutritionnel... Lennart, notre agronome R&D, a compilé plusieurs centaines d'essais et d'études sur le sujet.

Un sol vivant et une bonne dégradation des résidus de cultures, c'est la garantie de limiter les ennuis de maladies fongiques.

Par exemple, on observe que sur des sols argilo-calcaires, les apports de cuivre ciblé avant le stade épi 1cm améliorent la fertilité de l'épi avec des hausses de rendement à la clé de 2 à 5 q/ha et surtout une diminution des maladies de l'épi ! Attention quand même, les excès d'oligo-éléments sont aussi néfastes que les carences... D'où l'importance d'analyser ses cultures !

Le travail sur les sols et les couverts sont aussi très importants. Un sol vivant et une bonne dégradation des résidus de cultures, c'est la garantie de limiter les ennuis de maladies fongiques. »

Mou Thon : « Comment déplafonner les rendements sans déplafonner les coûts (en fertilisation azotée surtout) ? »

AgroLeague : «  Pour augmenter les rendements sans augmenter la fertilisation azotée, il faut travailler à l'efficience de l'azote. Les facteurs les plus importants sont : le choix des formes azotées, le positionnement des apports, les apports en soufre, en magnésium et en molybdène, qui permettent de transformer l'azote en protéine dans la culture. Pour piloter le premier apport d'azote, une bande double densité permet facilement de détecter les carences en azote.

Sur le thème de la fertilisation azotée > Blé tendre : les vrai/faux de la fertilisation azotée

Travailler à l'efficience de l'azote et de la nutrition, c'est aussi limiter les coûts fongicides : si l'azote est apporté en excès, les nitrates s'accumulent dans la sève de la plante et entraînent une forte susceptibilité de la culture aux maladies. Pour éviter ce phénomène, la première étape est de travailler sur l'efficience de l'azote plutôt que sur les quantités apportées. »

IB : « Bonjour les experts AgroLeague, est-ce que les reliquats azotés sont une bonne méthode pour moduler la fertilisation ? Merci. »

AgroLeague : « Bonjour IB, nous n'utilisons pas la méthode des reliquats. Dans le sol, l'azote est présent sous forme minérale (qui est lessivable) et sous forme organique. La méthode des reliquats azotés ne prend en compte que la fraction minérale de l'azote.

Si on pilote l'azote avec des analyses de sol, il vaut mieux utiliser des analyses qui prennent en compte l'azote organique.

Le problème, c'est que quand on travaille sur des systèmes en sols vivants, le reliquat azoté est rapidement absorbé par la culture ou réutilisé par la vie du sol. Il est donc faible. L'objectif, c'est d'avoir des sols avec peu d'azote sous forme minérale mais beaucoup d'azote sous forme organique et une bonne activité biologique qui va la minéraliser.

Si on pilote l'azote avec des analyses de sol, il vaut mieux utiliser des analyses qui prennent en compte l'azote organique. De notre côté, on pilote la fertilisation avec le Haney test et les analyses de sève. »

EARL Charpentier : « Bonjour, comment analyser, point par point, les records en Grande-Bretagne ou Nouvelle-Zélande de façon à identifier les facteurs les plus impactants ? Merci. »

AgroLeague : « Bonjour, les records de rendement ne sont pas une référence à notre avis puisque le rendement est fait au détriment de la marge et de la durabilité du système.

Pour les productions record de ces deux pays, cela est réalisé dans des conditions climatiques et pédologiques optimales (réserve en eau/cycle végétatif long à température clémente/fertilité chimique, physique et biologique du sol adéquates). Dans ces conditions, la production de blé est proche du potentiel génétique de la variété avec des rendements (180 q/ha).

Dans notre vision des choses, déplafonner les rendements est un levier pour améliorer la marge quand on a suffisamment travaillé sur les charges. »

Hervé Gris : « Bonjour à tous, je suis en semis direct sous couvert végétal (SDSCV) depuis deux ans maintenant, je me pose la question sur l’apport d’azote ? Quelle dose appropriée sur un blé de sorgho grain et surtout la dose du 1er apport ? »

AgroLeague : « Bonjour Hervé, la quantité d'azote à apporter dépend de plusieurs paramètres. L'azote qui sera fourni par le sol (le reliquat azoté et surtout l'azote organique qui sera minéralisé), ton objectif de rendement, de qualité, etc. C'est pour ça qu'on se base sur les analyses de sol et de sève pour calculer la dose optimale.

Pour ce qui est du premier apport, nous te recommandons de le faire le plus tôt possible, sous une forme très rapidement assimilable et avec du soufre. Le fait que le précédent soit un sorgho et que tu sois en SDSCV font que les reliquats de ton sol seront faibles à la sortie de l'hiver. Une cinquantaine d'unités suffisent. Vu les printemps secs ces dernières années, nous te recommandons de faire le second apport très rapidement après le premier, sous une forme moins lessivable et qui va se dégrader plus lentement. »

AgroLeaguePour l'équipe AgroLeague : « performance environnementale et performance économique, ça rime ! » (©AgroLeague)

Question anonyme : « Comment avoir plus de protéines et de poids spécifique sur blé ? »

AgroLeague : « Bonjour, si tu as des problèmes de PS ou de protéines, c'est que le remplissage du grain se fait mal. En dehors des accidents climatiques, un apport foliaire post-floraison aide grandement. On te recommande d'essayer un apport de potasse (sous forme de carbonate de potassium) couplé à du bore. Ce sont deux éléments minéraux qui sont impliqués dans le déplacement de l'amidon et des protéines de réserves de la plante vers le grain. Après la floraison, la plante absorbe très peu d'azote par les racines, un dernier apport tardif n'est pas très bien valorisé. Si tu vises des blés de forte qualité (blé dur, blé de force), un apport d'acide aminé en foliaire post-floraison offre un très bon retour sur investissement. »

Bruno : « Comment augmenter ses rendements alors que les trésoreries sont à plat et qu'on nous supprime des phytos ? »

AgroLeague : « Bonjour Bruno, pour nous, performance économique et environnementale, ça rime ! Notre objectif, c'est de travailler avec les membres vers des sols vivants et des systèmes équilibrés, en travaillant sur les couverts, la réduction du travail du sol, une approche globale de la fertilisation et de la santé de la plante... Le principal, c'est de garder un raisonnement économique et sécuritaire. Préserver l'environnement est indissociable de la démarche, c'est un levier pour sécuriser les marges ! »

Bruno  :  « Quelle stratégie fongicide conseillez-vous ? »

AgroLeague :  « Il est difficile de préconiser une stratégie fongicide car cela dépend des objectifs que l'on se donne ainsi que de la région et de ton itinéraire technique. Dans tous les cas, il faut englober la stratégie fongicide dans une stratégie globale de la parcelle voire de l'exploitation. Il y a plusieurs leviers pour réduire la pression fongi grâce à l'agronomie : l'activité biologique des sols, la dégradation des résidus de culture, la rotation et les couverts, et bien sûr la nutrition des cultures. »

Julio91 : « Il faut mettre plus d'azote et surtout de bonne heure pour être certain qu’il soit dispo début de montaison. Ne pas écouter les conseils qu'on nous donne actuellement. L'azote est le 2e facteur limitant après l’eau. C’est donc le levier le plus important pour nous. »

AgroLeague : « Bonjour Julio91, on a aussi observé que les apports d'azote arrivent souvent trop tard... et la législation n'aide pas ! Si la plante est carencée en azote, ne serait-ce que quelques jours, le potentiel de rendement se perd... Apporter de l'azote, ça ne suffit pas, il faut aussi veiller à sa valorisation ! »

Karl33 : « Quel intérêt de faire du rendement si les prix ne sont pas au rendez-vous ? Le plus important est la marge. »

AgroLeague : « Bonjour Karl, nous sommes tout à fait d'accord. Une fois qu'on a fait un travail de fond sur les charges et qu'il n'y a plus grand chose à gratter... c'est le moment de s'attaquer au rendement pour augmenter les marges ! »

Enfin, la question suivante n'a pas été posée directement, mais soulevée à de nombreuses reprises dans vos commentaires. Comment adapter son itinéraire technique face aux différents aléas climatiques ?

AgroLeague : « Le climat est de plus en plus incertain. On travaille avec les membres AgroLeague pour mieux naviguer face aux aléas :

- On travaille sur les charges de structure. Quand on travaille avec des nouveaux membres en conventionnel vers des systèmes sur sols vivants, on arrive facilement à plusieurs centaines d'euros de charges de structure économisés. En limitant les coûts d'implantation, on s'autorise plus facilement à retourner une culture en cas d'échec.
- On travaille sur le sol pour stocker de la matière organique en surface et augmenter la réserve utile. Si tu veux des chiffres, plusieurs chercheurs se sont amusés à chiffrer l'impact d'un pourcentage de matière organique sur la réserve utile et sur la marge des exploitations, c'est impressionnant !

- On travaille sur les mélanges de céréales. Étaler les périodes de floraison, c'est une bonne assurance contre les accidents climatiques sur la fécondation ou le stade de la méiose !
- On travaille sur la fertilisation. Pour absorber une molécule de nitrate, une plante graminée consomme 4 molécules d'eau, alors gare aux apports d'azote sous forme nitrique avant les périodes de sécheresse ! On explore aussi d'autres leviers comme les macérations et les apports de mélasse avant ces périodes pour limiter le stress hydrique des cultures... Résultats à venir !  »


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