Témoignages d'agriculteurs « Remettre le sol au cœur des préoccupations »

Terre-net Média

Agriculteurs respectivement en Meurthe-et-Moselle et dans l'Allier, Paul Champouillon et Fabien Paris ont réalisé des constats assez similaires sur leurs exploitations : ils étaient arrivés « au bout du système ». Il leur paraît alors important de « remettre le sol au cœur des préoccupations ». Tous les deux membres de la communauté AgroLeague, ils témoignent de leur transition vers l'agriculture de conservation des sols et de la nécessité d'être entouré techniquement.

SolDans leur transition vers l'agriculture de conservation des sols, Paul Champouillon et Fabien Paris insistent sur l'importance d'être entouré techniquement. (©Terre-net Média)

Chez Paul Champouillon, près de Nancy en Meurthe-et-Moselle, le système blé-orge-colza avec labour sur l'exploitation familiale en polyculture-élevage arrive au bout. « Nous observons des gros soucis de désherbage, un temps de travail important et au fur et à mesure du temps, il nous faut des tracteurs toujours plus puissants pour travailler le sol », constate l'agriculteur qui travaille avec ses parents et compte s'installer au 1er janvier 2021. Sur son exploitation de polyculture-élevage de brebis au nord de l'Allier, Fabien Paris témoigne également « d'un constat d'échec au niveau technique et au niveau financier ». De plus, il observe aussi « un climat de moins en moins tempéré, subissant les excès d'eau tout comme les sécheresses ».

« Je ne nourris pas mes plantes, mais le sol...  »

Comme pour de nombreux agriculteurs, ces observations poussent donc Paul Champouillon et Fabien Paris à remettre en cause leur pratiques culturales, afin notamment de « mieux gagner leur vie ». Fabien Paris entend aussi « transmettre un système plus résilient à ses successeurs ». À travers des rencontres et des formations, le système de l'agriculture de conservation des sols les convainc : c'est, pour eux, la solution à ces différentes problématiques. Ils travaillent alors à « remettre le sol au cœur des préoccupations », explique Paul Champouillon, en transition depuis cette année.

Parmi les changements à engager alors : le semis direct sous couvert, l'allongement des rotations et la couverture permanente du sol. Ayant arrêté de travailler ses sols complètement depuis trois ans, Fabien Paris indique : « aujourd'hui, je ne nourris pas mes plantes, mais le sol. Et c'est le sol qui va nourrir mes plantes ».

Fabien ParisFabien Paris élève 300 brebis et cultive 90 ha de cultures (blé, orge, colza et maïs). Il avait arrêté le colza depuis peu mais compte le réintroduire avec la technique du colza associé. (©Fabien Paris)

« Être accompagné techniquement » : une nécessité

Cette transition implique beaucoup de changements : « il faut se gratter la tête un petit peu », précise Fabien. Les deux agriculteurs insistent donc sur l'importance « d'être accompagné techniquement ». Eux ont croisé le chemin de l'entreprise AgroLeague et adhèrent à cette communauté -qui regroupe aujourd'hui plus de 250 agriculteurs- depuis cette année pour Paul et depuis plus de deux ans pour Fabien. « Nous voulons aider les agriculteurs à reprendre réellement en mains leur activité pour accélérer leur transition vers une agriculture régénérative qui soit financièrement viable », explique Hélène Baudon d'AgroLeague.

Cette communauté offre à Paul Champouillon et Fabien Paris l'opportunité « de rencontrer des agriculteurs avec les mêmes problématiques et d'autres avec plus d'expérience dans ces pratiques » lors des rencontres et des tours de plaine. Grâce à ces mentors, « cela permet d'éviter de reproduire certaines erreurs sur son exploitation », ajoute Paul Champouillon. Les échanges avec les agriculteurs et les agronomes d'AgroLeague sont également possibles grâce à l'application Slack. « Des sessions de coaching technique et des résultats d'essais sont à disposition aussi sur l'application », ajoute Hélène Baudon.

Paul ChampouillonPaul Champouillon est agriculteur sur l'exploitation familiale en polyculture-élevage : 100 vaches laitières et 200 ha de SAU (dont colza, blé, orge et maïs fourrage). (©Paul Champouillon)

Une transition progressive

Outre les partages d'expériences, les agriculteurs bénéficient aussi d'un suivi au cas par cas par un agronome de l'équipe AgroLeague. « Chaque suivi démarre par une visite terrain pour comprendre les objectifs et le contexte pédo-climatique de l'exploitation », présente Jean-Christophe d'AgroLeague. « Le diagnostic se base sur des indicateurs clés de performance concernant la fertilité des sols et la nutrition des plantes [...], car la philosophie chez AgroLeague, c'est de dire : "on ne peut optimiser que ce que l'on peut mesurer" ». L'objectif final est ainsi de « supprimer durablement l'usage des engrais et des produits phytosanitaires ».

Sur son exploitation, Paul Champouillon a notamment réalisé un « Haney test » au printemps dernier pour « une analyse globale de l'état de santé du sol ». À partir des résultats, AgroLeague a pu lui faire des recommandations techniques, notamment sur le choix des espèces de couverts végétaux à implanter. Pour lui, « c'est la base du système ». S'il a arrêté complètement le travail du sol pour les céréales et le colza, il réfléchit plutôt au strip-till pour le maïs « pour faire une transition progressive ».

De son côté, Fabien Paris cherche aussi à allonger ses rotations, « avec les féveroles et la luzerne notamment ». Sur ses terres argilo-calcaires, il développe les couverts permanents. Voyant un appauvrissement de ses prairies permanentes (surpâturage), l'agriculteur teste également le pâturage des couverts et des céréales, ainsi que le désherbage des colzas par ses brebis. Tous ces changements contribuent à « remettre l'agronomie au centre des démarches. [...] On vise désormais un rendement optimum et non pas maximum », conclut Fabien Paris.

AgroLeague mène cette initiative auprès des agriculteurs « sans diminuer les rendements et avec pour objectif d'améliorer le taux de marge de 10 % dès la première année », précise Hélène Baudon. L'abonnement pour un agriculteur est de 890 euros/an.


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