Sarah Singla « Le principal outil de production d'un agriculteur, c'est d'abord son sol »

Terre-net Média

Coopérative agricole des Hauts-de-France et de la Seine-Maritime, Noriap entend accompagner ses adhérents vers une agriculture productive, respectueuse de l'environnement et répondant aux attentes sociétales. Parmi les différentes pistes envisageables : l'agriculture de conservation des sols, un modèle d'agriculture basée sur la vie du sol.

Couverts végétauxLes couverts végétaux représentent « la porte d'entrée vers l'agriculture de conservation des sols », selon Sarah Singla. (©Terre-net Média)

Pour parler agriculture de conservation des sols (ACS), Noriap avait invité, lors de son assemblée générale le 13 décembre dernier, Sarah Singla, agricultrice et aussi formatrice en ACS. Elle cultive 100 ha de triticale semences, dactyle semences, luzerne et prairies en Aveyron, et son exploitation a « la particularité d'être en agriculture de conservation des sols depuis 1980 ». Preuve que ce modèle d'agriculture « n'est pas uniquement de l'utopie, que cela fonctionne sur le long terme », témoigne Sarah Singla.

Pour l'agricultrice, l'ACS constitue une réponse face au « changement climatique, aux problèmes d'érosion (hydrique, éolienne...), à la stagnation des rendements, etc ».  Il est important de « remettre l'agronomie au cœur des systèmes ».  Car « le principal outil de production d'un agriculteur, c'est d'abord son sol. [...] Notre métier ne consiste pas à fertiliser les cultures, mais plutôt à nourrir le sol pour nourrir les cultures et par la suite, nourrir les animaux et les hommes ».

La porte d'entrée vers l'ACS : les couverts végétaux

Bien sûr, ce mode de production nécessite de « changer de regard ». À ce propos, Sarah Singla citait John Maynard Keynes, qui a dit « la difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes ». « L'ACS repose sur trois piliers : la couverture des sols, la diversité des cultures et la perturbation minimale des sols ». Le couvert végétal peut être vu comme une contrainte, mais c'est avant tout « une opportunité », précise Sarah Singla.

« Il s'adresse à tout le monde : en agriculture biologique ou non, avec ou sans travail du sol ... » Il représente un véritable « couteau suisse », qui va jouer dans « la gestion des adventices, la lutte contre la battance et l'érosion, le piégeage des nitrates, la structuration des sols, la production de fourrage ou de biomasse et l'accroissement de la biodiversité. [...] Le couvert végétal ne doit donc pas être considéré comme un coût, mais plutôt comme un investissement », il constitue « la porte d'entrée vers l'ACS ».

Pour favoriser la fertilité des sols, « la clé, c'est la matière organique », ajoute Sarah Singla. « Un sol avec une teneur en MO entre 1,5 et 2 % peut retenir 20 kg d'eau, alors qu'un sol avec une teneur en MO entre 4 et 5 % peut en retenir 80 kg ».

« Commencer simplement »

Pour ceux qui s'intéressent à cette technique, l'agricultrice conseille de « commencer simplement, avec les couverts végétaux d'hiver et le colza associé par exemple ». Il est important aussi de se former et d'échanger avec d'autres agriculteurs déjà engagés.

Autre étape nécessaire pour une transition réussie vers l'ACS : « faire un diagnostic complet de la structure de son sol : cette parcelle a-t-elle besoin d'être fissurée ? d'être drainée, etc. »

Cette campagne, Noriap a formé plus de 100 adhérents à l'agriculture de conservation, en lien avec Hum's agronomie.

[Vidéo] Retrouvez un extrait de l'intervention de Sarah Singla lors de l'assemblée générale de Noriap à Amiens (Somme) :

Au terme de cette intervention, les agriculteurs ont pu échanger avec Sarah Singla sur le sujet. Parmi les thèmes soulevés, la question de l'interdiction du glyphosate. Pour le moment, il est « difficile d'envisager ce modèle d'agriculture sans utiliser de glyphosate, à moins de recourir au travail du sol ».

Autre sujet évoqué : l'agriculture de conservation dans des systèmes comprenant des cultures industrielles ou légumières. Avec ces cultures, « les systèmes nécessitent encore du travail du sol, mais il est, par contre possible, de faire des couverts végétaux ».

> Découvrez aussi le témoignage vidéo de Nicolas Gorin, éleveur à Pipriac (35), qui explique sa transition vers l'ACS depuis 2016.

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