Pommes de terre, lin textile... Comment adapter les techniques de l'ACS dans ces systèmes ?

Terre-net Média

Pour faire face aux soucis d'érosion et de perte de stabilité des sols, Jacques Decools, agriculteur en Seine-Maritime et président du GIEE Sol en Caux, s'est tourné vers l'agriculture de conservation des sols (ACS) depuis 2013. Mais comment mettre en place ces pratiques dans des systèmes incluant des pommes de terre et du lin textile ? L'agriculteur explique cette transition progressive.

Pré-buttage d'automneLes agriculteurs du GIEE Sol en Caux testent plusieurs techniques pour limiter le recours au travail du sol en pommes de terre, dont le pré-buttage d'automne. (©Terre-net Média)

Avec plusieurs agriculteurs de son secteur, Jacques Decools constate d'importants problèmes de battance et d'érosion. Pour trouver des solutions, ils décident alors, en 2013, de se réunir dans un GIEE : Sol en Caux. Leur objectif : « adapter les principes de l'ACS dans des systèmes incluant des pommes de terre et du lin textile, explique Jacques Decools, aujourd'hui président de ce GIEE. [...] Ces cultures représentent le pilier économique des exploitations dans le coin, il est donc important de les maintenir ».

Pour rappel, l'ACS repose sur trois piliers : « la couverture permanente du sol, le semis sans travail du sol et la diversité et rotation des cultures », selon l'Apad. Pour Jacques Decools, « la porte d'entrée, ce sont les couverts végétaux ». En ce qui concerne la réduction du travail du sol, « nous le réalisons aujourd'hui sur tous les précédents qui permettent de le faire. Pour les pommes de terre, c'est encore compliqué ». Et au sujet de la diversité des cultures, Jacques Decools note : « nous avons la chance d'être un secteur où on est déjà dans des rotations de 5 à 7 ans, il n'y a pas vraiment de marge de manœuvre de ce côté-là ».

Beaucoup d'essais pour trouver des couverts adaptés

Afin de « passer du "couvert réglementaire" au couvert qui devient un vrai atout pour le sol et la vie du sol », le groupe s'est beaucoup formé, avec plusieurs experts dont Konrad Schreiber, François Mulet et Victor Leforestier notamment. C'est aussi beaucoup d'essais : « chaque agriculteur du groupe s'est aussi engagé à faire un essai par an, cela permet d'avoir des échanges et des retours d'expérience variés ». Désormais, les couverts mis en place comprennent toujours plusieurs espèces : 5-6 environ. « On travaille sur leur complémentarité, entre les systèmes aériens (une espèce sert toujours de tuteur à une autre) et les systèmes racinaires. Par exemple, les graminées avec des racines fasciculées structurent le sol en surface pour des cultures de printemps comme le lin et à l'inverse, les espèces avec des racines pivotantes comme les crucifères vont aller plus en profondeur », poursuit l'agriculteur.

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Il faut également prendre en compte leurs effets sur la culture suivante. « Avant lin, il faut surtout faire attention à la gestion des résidus azote. Cette plante peut, en effet, souffrir énormément d'une carence mais aussi d'un excès. C'est donc un des gros enjeux », constate Jacques Decools. En ce qui concerne les pommes de terre, il faut être vigilant à « la qualité de présentation ». Outre le choix des espèces, les agriculteurs travaillent aussi sur la date et le type de destruction utilisé. Et Jacques Decools et ses collègues ont pu constater : « à l'inverse des croyances existantes, plus un couvert est varié et dense, plus il sera facile à détruire et donc à gérer dans la culture qui suit ». Il précise toutefois : « même en interculture courte, cela vaut le coup de couvrir le sol et cela sera profitable à la culture suivante ».

L'ACS : une démarche globale

« La force de l'ACS, c'est l'approche système, il n'y a pas qu'un seul levier à actionner. Si on réduit le travail du sol sans mettre en place de couverts végétaux, ça ne marche pas. Ou si on veut restaurer la vie du sol sans lever le pied sur les phytos, ça ne marche pas non plus  ! » L'ACS repose donc sur une démarche globale. Il faut, par exemple, avoir conscience « qu'un passage de benne pendant l'arrachage des pommes de terre pourra avoir des conséquences sur le lin dans deux ans et donc qu'il faut travailler sur le couvert qui va suivre pour essayer de rattraper la situation ».

Implanter des pommes de terre sans travail du sol, est-ce possible ?

« Aujourd'hui, c'est très clair : implanter des pommes de terre sans travail du sol, on ne sait pas faire », note l'agriculteur. « L'idée est donc plutôt de davantage construire au niveau du bilan humique et de la vie du sol pendant toute la rotation, ce que l’on va déconstruire l’année de la pomme de terre ». Le groupe teste aussi différents leviers pour limiter l'impact des pommes de terre en travaillant notamment sur les dates de destruction des couverts végétaux. « Avec une destruction trois semaines avant les plantations de pommes de terre, « on observe une meilleure tenue et structure des buttes et cela est moins pénalisant pour la qualité de présentation. [...] Nous travaillons aussi sur les cultures associées ou le pré-buttage à l'automne, qui permet une très bonne structure du sol ».

Autre gros enjeu : « après les arrachages, on sème traditionnellement un blé, mais ce blé semé fin octobre couvre très peu le sol… Nous cherchons des associations de cultures ou bien nous regardons à inverser les rotations afin d'améliorer l’état du sol après les pommes de terre ».

Pour plus d'informations, retrouvez le témoignage complet de Jacques Decools, interrogé par Thierry agriculteur d'aujourd'hui en vidéo pour ce 23e RDV agri :

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