Agriculture de conservation des sols « Au cœur des sols », un label pour valoriser les fermes en ACS

Terre-net Média

L’agriculture de conservation des sols, qui répond à beaucoup de préoccupations actuelles de consommateurs, de plus en plus sceptiques quant à la capacité de l'agriculture à respecter l’environnement, lance un label pour sortir de l’anonymat et valoriser les atouts de ce mode de production, sur le plan financier comme sur le plan de l’image.

Lancement du label Lancement du label "Au cœur des sols", premier label pour l'agriculture de conservation des sols. (©Terre-net Média)

Seulement 47,2 % des personnes interrogées dans le cadre d’une étude commandée par l’Apad estiment que l’agriculture française est une agriculture traditionnelle respectueuse de l’environnement, et 42,1 % la jugent intensive et néfaste à l’environnement. « Cette image très mitigée pose question », a commenté Olivier Mével, consultant spécialiste dans la transition alimentaire, auteur de l'étude, lors de la conférence de presse organisée par l’Apad le 30 janvier pour lancer le label destiné aux producteurs en agriculture de conservation des sols.

Parmi les préoccupations les plus importantes des consommateurs vis-à-vis de l’agriculture, le bien-être animal arrive en tête (39,3 %) mais est suivi de près par la diminution de l’utilisation des pesticides (38 %) puis par la protection de la santé (28,5 %). Le revenu des agriculteurs est en 4e position, signe que les citoyens reconnaissent l’importance d’un revenu décent pour que les agriculteurs mettent en place des pratiques qui répondent à la demande sociétale. D’ailleurs, pour 77 % des Français, agriculture et protection de l’environnement sont tout à fait compatibles, mais cela nécessite un changement de pratique des agriculteurs. 85 % sont prêts à soutenir les agriculteurs pour mettre en place des pratiques plus vertueuses.

Néanmoins, en dehors de l’agriculture biologique, ils ne sont que 32,6 % à connaître d’autres formes d’agriculture qui prennent soin de l’environnement, et sans pour autant citer les signes de qualité, la haute valeur environnementale ou l’agriculture de conservation.

L’agriculture de conservation, réponse à de nombreuses attentes sociétales

Si 49 % des Français interrogés n’ont jamais entendu parler de l’agriculture de conservation des sols, et 47,9 % en ont entendu parler sans que le concept soit très clair pour eux, 63 % sont finalement prêts à payer plus cher pour un produit labellisé ACS une fois qu’on leur explique cette pratique (de l’ordre de 5 ou 10 % supplémentaires).

Pour François Mandin, président de l’Apad exploitant en Vendée depuis 25 ans en ACS, cette étude est bien « la confirmation que ce qu’on pressentait dans nos fermes correspond à un besoin de la part de nos concitoyens ».

Car l’agriculture de conservation des sols apporte en effet de nombreux bénéfices. En matière de lutte contre le changement climatique, la couverture du sol permet de stocker davantage de carbone, de l’ordre de + 50 à + 400 %, soit de 300 kg à 1t par hectare et par an, selon la quantité de résidus. Et l’absence de travail du sol permet de réduire de 10 à 50 % les émissions de gaz à effets de serre, explique Jean-Pierre Sarthou, chercheur à l’Inrae-Ensat. Elle préserve aussi la diversité des écosystèmes, et la biodiversité. Pour les agriculteurs, l’ACS présente aussi de nombreux avantages : meilleure absorption de l’eau en cas de forte pluie, meilleure productivité en cas de stress hydrique par rapport au labour…

Un label pour « sortir de l’anonymat »

« Nous, de façon empirique, on observe ces résultats. C’est pour ça qu’il nous semblait que cette agriculture était un moyen de concilier la production agricole et l’environnement », ajoute François Mandin. D’où la création de ce label « Au cœur des sols », qui reprend les trois lettres, ACS, et destiné à labelliser les fermes et non pas les produits, car « ce sont les hommes et les femmes qui doivent être reconnus dans leur engagement », souligne le président de l’Apad.

Construit comme « un permis à points », le label sera décerné sur les engagements de résultats vis-à-vis des trois piliers de l’ACS (couverture totale des sols, rotations des cultures et non travail du sol). « On y a ajouté des éléments constitutifs de l’engagement qu’on porte, comme l’enregistrement de l’impact environnemental de nos pratiques, les analyses de matière organique, ou encore l’engagement de continuer à se former tout le temps, notamment pour la réduction de l’usage de la chimie », développe François Mandin.

« Ce que j’attends de ce label, c’est une reconnaissance citoyenne, politique, et humaine, pour sortir l’agriculture de conservation des sols de l’anonymat », témoigne Florence Richard, en agriculture de conservation des sols depuis plus de 10 ans. « Je veux aussi donner de l’espoir aux consommateurs, poursuit-elle, mais j’attends également des engagements financiers par rapport aux services environnementaux que l’on rend, vis-à-vis du stockage de carbone, ou de l’amélioration de la qualité de l’eau ». Le coût supplémentaire à payer pour une production en ACS est encore en réflexion, même si pour François Mandin, « aujourd’hui c’est 10 à 20 % qu’il nous manque sur notre chiffre d’affaires ». Le label sera en tout cas officiellement lancé au salon de l’agriculture, dans quelques semaines.

Des herbicides encore indispensables

Si l'agriculture de conservation des sols a de nombreuses vertus, « la vraie agriculture de conservation des sols n’a pas réussi à se passer des herbicides, mais on arrive à utiliser moins d’herbicides qu’en labour », explique Jean-Pierre Sarthou. « L'ACS a comme objectif de réduire de façon très forte l’usage des intrants, poursuit François Mandin. On est en train d’inventer un nouveau mode de désherbage, on utilise le vivant en choisissant la mauvaise herbe. Mais dans ce processus d’apprentissage on a besoin d‘outils de désherbage, à faible dose. Nous souhaitons que le glyphosate soit préservé, sous conditions, pour qu’un maximum d’agriculteurs puissent tendre vers tous ces bénéfices. Mais on fait tout aussi pour trouver une parade à ce désherbage en interculture ». Le président de l'Apad regrette notamment la position gouvernementale qui, pour l'instant ne souhaite pas étendre les dérogations pour l'utilisation du glyphosate au-delà de 2023. « Aujourd'hui, ce que l'on porte comme résultats doit servir d'arguments auprès des décideurs. S'il y a interdiction du glyphosate, on fera avec, mais ce serait un signal contre-productif énorme », ajoute François Mandin.


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