Limaces Prévenir plutôt que guérir

Yoann Frontout Terre-net Média

Face au risque limace, la recherche progresse pas à pas et les stratégies de lutte évoluent. En connaissant mieux le ravageur, on peut espérer développer des démarches prophylactiques de plus en plus efficaces. Tour d’horizon des connaissances actuelles et des études menées en ce moment.

Limace grise.Il est primordial d’adopter des pratiques minimisant les risques et d’anticiper les attaques. (©André Chabert, Acta)

« Autant chemine un homme en un jour qu’un limaçon en un an », dit un vieux dicton. Les limaçons, c’est le nom donné dans certaines régions aux limaces grises, les plus communes dans nos cultures. L’exemple est bien choisi : elles effectuent en moyenne une belle foulée… de 5 m par heure ! Cela pourrait prêter à sourire si ça ne suffisait pas à mettre sans dessus dessous les jardins et les champs cultivés. « Cette année, les colzas n’ont pas été trop touchés, mais il y a eu des attaques tardives sur les blés », constate André Chabert, ingénieur à la direction scientifique, technique et innovation de l’Acta (réseau des instituts techniques agricoles).

Colza et blé mais aussi tournesol et, à un degré plus faible, maïs et pomme de terre, sont dans la ligne de mire de ces ravageurs. Avec l’arrivée des anti-limaces à base de phosphate de fer, utilisable en agriculture biologique contrairement au métaldéhyde, l’arsenal s’étoffe tout en étant plus respectueux de la nature. Toutefois, en amont d’un éventuel recours à ces produits phytopharmaceutiques, il est primordial d’adopter des pratiques minimisant les risques et d’anticiper les attaques.

S’appuyer sur l’écophysiologie

Pour mieux combattre son adversaire, il faut bien le connaître. De cet adage est né, en quelque sorte, le projet Casdar Resolim. L’idée : mesurer l’impact des facteurs environnementaux et des interventions agricoles sur les populations de limaces et les dégâts qu’elles occasionnent. Si l’étude en tant que telle est terminée depuis 2015, les différents axes de recherche continuent d’être explorés, comme le cycle de vie des limaces grises, sur lequel s’est penché André Chabert et qui comprend deux générations par an : l’une au printemps, l’autre à l’automne. Un constat surprenant qui montre l’adaptation de cette espèce à la succession des cultures. Vu les dates moyennes des premières pontes et d’apparition des juvéniles pour la génération d’automne, mieux vaut privilégier un semis précoce en céréales et colza. Il faut néanmoins rester vigilant vis-à-vis des autres ravageurs du colza, la mouche du chou en particulier.

Limace grise. Blé et colza sont la cible de ces ravageurs. (©André Chabert, Acta)

D’une année à l’autre, en fonction des conditions climatiques et des couverts végétaux, on observe de fortes disparités au sein des populations. En cas d’humidité, la méfiance s’impose. « Après un été pluvieux, le nombre de limaces augmente fortement, note André Chabert. Au moment des semis, une pluie régulière leur est aussi favorable. » En effet, elles ont besoin pour se développer d’un sol humide sur 3 ou 4 cm. Attention également aux températures dans les horizons superficiels. Un hiver rigoureux n’élimine pas le danger ! Si les adultes meurent vers - 3,5°C, les oeufs et les nouveau-nés résistent jusqu’à - 10°C, voire plus s’ils sont enfouis sous terre. À l’inverse, l’activité de ce gastéropode, optimale entre 12 et 15°C, est perturbée au-delà de 24°C. Autant de données qui, en complément d’un piégeage réalisé sur une longue période, permettent de prévoir les risques et d’alimenter les modèles de prédiction.

Une question d’appétence

En matière de couvert végétal, la limace grise sait faire la fine bouche. Des préférences alimentaires examinées de près par les chercheurs. Le choix du précédent est ainsi déterminant. « Derrière des cultures d’hiver comme le blé, le colza et l’orge, on a beaucoup plus de limaces qu’après des cultures de printemps telles que le maïs », rappelle André Chabert. Une situation qui se vérifie particulièrement dans les blés après colzas.

Quant aux intercultures, certaines sont appétentes (trèfle, orge de printemps, seigle), d’autres nettement moins, ce qui réduit par conséquent la menace. « Plusieurs variétés de moutarde ont donné de bons résultats. Citons encore la féverole et, dans une moindre mesure, la vesce commune, le sarrasin et la phacélie. » Plus original : des essais de semis associés à des plantes plus appétentes que la culture ont été mis en place. « On sème du blé sous un couvert de trèfle, que les limaces consomment préférentiellement, explique le spécialiste. Mais cette technique reste hasardeuse, à cause du risque de stress hydrique entre autres. » Davantage d’études de terrain sont donc indispensables dans ce domaine.

Le premier conseil que l’on donne face au risque limaces est d’agir sur le sol. Par un déchaumage ? Post-récolte, il est efficace car il assèche la terre avant la culture suivante. Ou par un labour ? En moyenne, selon différentes expérimentations, il y a cinq fois plus de limaces en semis direct qu’en labour et trois fois plus qu’avec un travail superficiel ! (synthèse d’une vingtaine d’études analytiques conduites entre 1994 et 2004, confirmée par Resolim). Faut-il pour autant renoncer au semis direct ? La réponse n’est pas simple. En témoignent plusieurs parcelles en agriculture biologique moins infestées et d’autres en non-labour présentant moins d’attaques…

Travailler le sol… ou non ?

Parmi les hypothèses avancées : la richesse en auxiliaires qui régulent les populations, mise à mal en labourant. « Les limaces sont plutôt des espèces pionnières que l’on trouve sur des sols perturbés », indique l’expert. En choisissant le semis direct sous couvert, et en ajoutant des bandes enherbées ou des haies autour des parcelles, on crée des aménagements qui favorisent la biodiversité, et surtout les prédateurs des limaces comme les carabes. Or, l’augmentation de ces populations de coléoptères régule celles des limaces (David Bohan, Inra de Dijon). L’espoir derrière : retrouver un équilibre naturel limitant la présence du ravageur.

Cependant, les interactions entre carabes et limaces intéressent les scientifiques dans un tout autre but : réaliser des répulsifs à partir des phéromones libérées par ces insectes. Si l’idée semble à première vue prometteuse, la quantité à épandre, la durée d’action et le coût d’un tel produit freinent son déploiement en grandes cultures. D’autres méthodes de biocontrôle sont étudiées, notamment le recours aux bactéries, champignons et virus ou l’identification de métabolites secondaires chez certaines plantes. Face aux limaces, pas de formule magique donc, mais un champ des possibles à peine défriché !


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