L'actu d'Arvalis Jaunissement sur feuilles de céréales : que peut-on en dire aujourd'hui ?

Terre-net Média

Que peut-on dire aujourd’hui des jaunissements du bout des feuilles supérieures observés sur orges de printemps - et parfois sur blé tendre et blé dur d’hiver - depuis quelques semaines ? Différentes hypothèses sont suivies pour des symptômes vaguement similaires, mais des tests sont en cours pour définir la (les) cause(s) et prévoir les impacts.

Symptômes sur céréalesObservez-vous aussi des jaunissements sur céréales depuis quelques semaines ? Arvalis nous livre son premier diagnostic. (©Arvalis-Institut du végétal)

Les causes de jaunissement puis de nécroses peuvent être diverses. La répartition des symptômes sur les plantes, dans les parcelles et les itinéraires techniques permettent le plus souvent d’identifier l’origine du problème. Cette année, les symptômes qui nous sont remontés interrogent à plusieurs égards :
- Sur orges de printemps, les symptômes sont présents à une large échelle spatiale, plusieurs régions sont concernées.

 

Signalements de symptômes sur feuille par département (à gauche) au regard des surfaces d’orge de printemps cultivées (à droite)Signalements de symptômes sur feuille par département (à gauche) au regard des surfaces d’orge de printemps cultivées (à droite) - 309 retours au 27/05/2020 de l’enquête en cours. (©Arvalis-Institut du végétal) 

- La répartition des jaunissements ne se fait pas particulièrement en foyer (14 % seulement des remontées de l’enquête orge de printemps), mais au contraire de manière diffuse et homogène dans les parcelles. Le taux de plantes atteintes dans une parcelle va de quelques pourcents à 100 %.

- Les étages foliaires concernés par le jaunissement peuvent varier (voir encadré) avec une présence de feuilles vertes au-dessus ou en dessous des étages touchés.

- Les symptômes commencent préférentiellement par la pointe de la feuille et non par le milieu (cas le plus fréquent pour les grillures et autres symptômes physiologiques) ou de manière aléatoire (maladies).

- Ces jaunissements se rencontrent sur tous les types de sol, pour toutes les dates de semis. Des différences s’observent sur certains secteurs selon la date de semis mais la réponse ne semble pas toujours aller dans le même sens.

- Il existe des petites différences variétales dans certains essais variétés. Dans l’enquête orge de printemps, peu de personnes signalent des différences entre variétés.

- Quelques remontées terrain signalent une expression plus marquée sur les orges de printemps irriguées (parcelles irriguées non majoritaires).

- Quelques jaunissements similaires sont signalés sur d’autres céréales de printemps : blé dur en particulier.

- Plus localement, en Auvergne, des symptômes foliaires différents sont mentionnés sur blé tendre.

Enquête orge de printemps : premiers retours sur la description des symptômes

Figure 1 : Quelles sont les feuilles touchées par le jaunissement ? (sur 309 retours au 27 mai 2020)
Quelles feuilles sont touchées par le jaunissement ?
 
Figure 2 : Comment se positionnent les jaunissements sur les feuilles ? (sur 309 retours au 27 mai 2020)

Comment se positionnent les jaunissements sur les feuilles ?
* : Des petites taches marrons/noires sont signalées au niveau des jaunissements.

Figure 3 : Les feuilles du dessus ou du dessous sont-elles vertes ? (sur 309 retours au 27 mai 2020)

Les feuilles du dessus ou du dessous sont-elles vertes ?
Parmi les retours actuels, certaines descriptions ne laissent pas beaucoup de doutes quant à la présence de la virose JNO : répartition en foyers, tassement des plantes… mais ces symptômes assez typiques sont loin d’être majoritaires dans les retours d’enquête.

Des symptômes qui peuvent se superposer

En regardant de plus près, les symptômes observés, les conditions climatiques récentes et les situations culturales complexifient l’équation. D’abord, les observations fines faites sur blé tendre (lésions plutôt sous forme de stries) sont différentes de celles réalisées sur orges de printemps (jaunissement progressif depuis le bout avec nécroses complémentaires, et parfois des taches chlorotiques).

Ensuite, il est fréquent que des pathogènes « opportunistes » s’installent sur des lésions déjà présentes. Ainsi, à la cause initiale des symptômes vont se superposer des symptômes secondaires. Enfin, certains désordres (physiologiques et/ou pathologiques) peuvent être présents simultanément dans un secteur, une parcelle voire une même plante, et peuvent éventuellement rentrer en interaction (l’un facilitant parfois l’autre)

Différentes hypothèses suivies, en attente d’analyses plus fines

Aujourd’hui, la situation est inquiétante par son ampleur et par l’incertitude qui plane sur son origine (et sur ses conséquences finales). Certaines causes sont d’emblée écartées : stress azoté (feuilles du bas encore vertes), phytotoxicité (blocs non traités et parcelles en agriculture biologique concernés). Et il est très peu probable qu’il s’agisse d’une maladie fongique. Restent deux familles d’accidents qui pourraient expliquer les symptômes :

  • Les désordres physiologiques, engendrés par la séquence climatique récente (alternance de périodes chaudes et sèches puis fraîches et humides),
  • La présence éventuelle de viroses.

Une origine virale ?

En ce qui concerne les viroses, la jaunisse nanisante de l’orge (JNO) est transmise par les pucerons. Sur orge, les premiers symptômes de JNO apparaissent par foyers, généralement début montaison. La pointe des feuilles des plantes atteintes jaunit jusqu’au dessèchement. Les plantes sont nanifiées, leur répartition irrégulière dans la parcelle lui donne un aspect moutonné. Dans les cas les plus graves, les plantes peuvent disparaître. Sur blé, les symptômes sont plus tardifs : végétation chétive, jaunissement avec rougissement de la pointe des feuilles et, à épiaison, couleur lie de vin/jaune de la dernière feuille. Les céréales sont d’autant plus affectées par la JNO que l’inoculation virale a lieu au début de leur cycle de développement. À partir de la montaison, l’inoculation est toujours possible mais les symptômes occasionnés sont nettement amoindris et la nuisibilité n’a pas été mise en évidence à ce jour.

Cette année, les conditions climatiques très douces de l’automne et de l’hiver ont conduit à une expression anticipée des symptômes de JNO sur céréales d’hiver. Et, suite à l’absence d’un hiver rigoureux, des pucerons ont pu être observés sur les cultures fin mars et courant avril. Des céréales semées au printemps ont ainsi pu être infectées, entraînant l’apparition de symptômes de JNO (foyers, décoloration et nanisme) mais ce cas est peu décrit sur orge de printemps. Cette virose a pu augmenter la sensibilité des plantes aux stress abiotiques, mais cette hypothèse est à confirmer avec des analyses sur plantes symptomatiques et sur plantes asymptomatiques. À noter que 54 % des participants à l’enquête orge de printemps signalent au moins une protection insecticide sur les orges de printemps atteintes par des phénomènes de jaunissement.

Cas particulier : de façon très localisée, des symptômes de mosaïque (traits jaunes discontinus sur les feuilles) ont été observés sur blé tendre. Ces symptômes peuvent être liés à la présence d’autres virus, notamment le virus WSMV transmis par un acarien. Ces cas restent néanmoins à ce jour très isolés. Le diagnostic nécessite confirmation par des analyses spécifiques qui sont en cours.

Une origine climatique ?

La fréquence élevée de retours du terrain, l’ampleur géographique (plusieurs régions), la multiplicité des situations culturales sont autant d’indices qui font penser que ces symptômes peuvent être d’origine climatique, physiologique. Des décolorations du limbe arrivent régulièrement en courant de montaison sur les céréales d’hiver. Celles-ci se manifestent le plus souvent après de fortes fluctuations climatiques et s’expriment en général sur les parties médianes des feuilles supérieures, c’est-à-dire sur les parties de plantes les plus exposées au rayonnement.

L’explication de tels symptômes réside dans le déphasage des deux étapes de la photosynthèse : la première étape consiste à capter l’énergie lumineuse, à l’aide de la chlorophylle, alors que la seconde consiste à transformer cette énergie lumineuse en énergie chimique, pour « construire » de nouvelles molécules carbonées. Lorsque la seconde étape est fortement ralentie (froid, carences), la première étape accumule de l’énergie sans pouvoir la transmettre, ce qui conduit à la dégradation de la chlorophylle. C’est pour cela que ce phénomène apparaît souvent en avril, sur blé tendre et orges d’hiver, lorsque les rayonnements deviennent plus intenses mais les températures restent faibles. Pour les orges de printemps, de tels symptômes ne sont pas fréquents, sûrement à cause d’un cycle retardé vers le milieu et la fin du printemps, avec des températures plus élevées.

Néanmoins, cette hypothèse n’est pas pleinement convaincante : d’une part, les fluctuations de températures au cours des dernières semaines ont été limitées (hormis de faibles températures matinales à la suite du dernier épisode de pluie significative, aux alentours des 10-11 mai). D’autre part, les symptômes débutent par la pointe des feuilles, et non par la courbure, habituellement plus exposée et donc plus touchée.

Il n’existe pas de tests en laboratoire pour démontrer la présence d’un tel désordre physiologique. Des mesures sur des plantes au champ pourraient démontrer un dysfonctionnement photosynthétique, sans pour autant être en capacité d’en définir avec certitude la cause réelle.

Quelles conséquences pour la suite ?

En l’absence de diagnostic précis et fiable, il n’est pas possible de prédire le comportement futur des cultures (disparition éventuellement des symptômes ou propagation aux autres organes ou aux autres plantes). Un manque de surface verte entraîne mécaniquement une croissance ralentie, à une période où les cultures développent leurs organes et leurs réserves. Si les symptômes s’estompent (par exemple, de nouvelles feuilles indemnes apparaissent), les conséquences peuvent rester limitées. Dans le cas contraire, la mise en place des composantes de rendement sera affectée, impactant également le calibrage pour les orges de printemps.

D’après les premiers retours de l’enquête orge de printemps, 70 % des participants indiquent que les orges présentant ces jaunissements sont « poussantes », 27 % « comme bloquées », 2 % « en régression » (1 % ne se prononce pas). Finaliser le diagnostic est donc indispensable.


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