[L'actu de Terres Inovia] Tournesol Prendre le temps du choix variétal : le jeu en vaut la chandelle

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Choisir sa variété de tournesol est une démarche complexe qui doit être faite avec soin. Le choix variétal conditionne en grande partie la réussite de la culture et donc son bilan économique.

Champ de tournesolLes critères clés pour optimiser son choix variétal en tournesol. (©Terres Inovia)

Une variété exprimera d’autant mieux son potentiel de rendement que ses caractéristiques agronomiques seront adaptées à la situation de la parcelle, au contexte sanitaire en particulier. Le choix de la variété influe également sur l’itinéraire technique et les cultures à venir dans la rotation. En trois étapes, Terres Inovia donne les critères clés à prendre en compte pour optimiser son choix variétal : profil d’acide gras, tolérance aux herbicides, précocité et profil sanitaire.

Sur le sujet du tournesol > retrouvez le bilan de cette campagne 2019

1 - Oléique ou Linoléique ?

La contractualisation proposée par un organisme économique et le débouché envisagé orienteront le choix d’une variété oléique ou linoléique. Le ratio linoléique/oléique est différent en fonction des territoires. Cependant la conduite culturale entre les deux types variétaux reste similaire.

2 - Variété tolérante aux herbicides (VTH) ou non ?

La maîtrise de certaines mauvaises herbes difficiles peut motiver l’utilisation d’une variété VTH, mais il convient toutefois de raisonner l’usage de ces variétés dans une optique de durabilité. En effet, les herbicides associés aux variétés VTH, Pulsar 40 / Listego et Express SX, sont des inhibiteurs de l’ALS, au même titre que les sulfonylurées et les triazolopyrimidines (Primus, Abak, etc.) employées sur céréales. L’usage répété d’un même mode d’action exerçant une pression de sélection, le développement d’adventices résistantes n’est pas à exclure. L’utilisation de ce mode d’action doit donc être raisonnée dans la rotation.

En pratique : Choisir une variété tolérante aux herbicides, Clearfield ou Express Sun, uniquement sur les parcelles dominées par une flore difficile (xanthium, tournesols sauvages, ambroisies, datura, chardon, liseron des haies). Lorsque la flore adventice est « classique », les programmes de prélevée suffisent, il est alors inutile de choisir une variété VTH.

En complément > Zone à risque tournesol sauvage, soja après un tournesol Clearfield : vigilance !

Dans un contexte dominé par la présence de tournesols sauvages (en particulier Sud-Ouest et Poitou-Charentes), la réalisation du désherbage de postlevée devient indispensable avec l’usage d’une variété VTH. Cette intervention doit se faire dans les conditions d’application optimale :
- stade optimal (4 feuilles du tournesol),
- pleine dose (Pulsar 40 / Listego 1.25l/ha, ou Express SX 45 g/ha),
- aucune zone non désherbée et compléter si nécessaire par un binage (entre les stades 4 et 12/14 feuilles du tournesol).

Dans le cas contraire, cela peut conduire à des croisements entre l’hybride cultivé et les tournesols sauvages et donner lieu très rapidement à l’apparition de tournesols sauvages résistants qu’il sera alors impossible de détruire. Des cas avérés ont été identifiés dans le Sud-Ouest et en Poitou-Charentes.

À noter pour un soja après un tournesol Clearfield : anticiper le programme désherbage avec des solutions autres que le Pulsar 40 pour éliminer les repousses de tournesol (bentazone).

 3 – Comportement maladies et précocité : quelles sont les contraintes selon la situation ?

Ce sont les contraintes pédoclimatiques (précocité de la variété), la pression maladie régionale et/ou locale mais aussi le risque orobanche cumana, qui vont dans un troisième temps, dicter les priorités pour le tri des variétés. On départagera en dernier lieu les variétés candidates en optant pour celles ayant eu les meilleures performances régionalement. Rappelons que l’allongement de la rotation est un des leviers efficaces pour réduire la prolifération de certaines maladies.

  • Précocité : une adaptation de la variété au pédoclimat

Le choix d’une variété précoce est primordial pour récolter le tournesol avant le retour des pluies de fin d’été/automne, en particulier dans les zones plus humides et fraîches comme les régions du Nord, la bordure pyrénéenne ou la façade atlantique.

En pratique : Adapter la précocité de la variété à la région, au type de sol et à la date de semis. Une précocité adaptée permet de limiter le stress hydrique post floraison et le développement des maladies de fin de cycle (sclérotinia du capitule et botrytis), pour assurer de bonnes conditions de récolte.

  • Orobanche cumana : une vigilance dans les secteurs à risque

Cette plante parasite produit des milliers de graines par hampe, leur taille minuscule rend leur diffusion particulièrement aisée au sein de la parcelle mais également aux champs environnants. De ce fait, et vu sa capacité de dissémination, la gestion de l’orobanche doit se raisonner à l’échelle d’un secteur. Il faut ajouter que la nuisibilité de ce parasite est très forte puisqu’en fonction de son agressivité et de sa période d’émergence, elle peut aller jusqu’à détruire la plante de tournesol.

En pratique : La tolérance variétale est le premier des moyens de lutte disponibles à utiliser. Dans les secteurs à risque, il est en effet essentiel d’implanter uniquement des variétés ayant un bon comportement vis-à-vis de l’orobanche. La classification Terres Inovia permet de discriminer les variétés.

  • Mildiou : un choix à la parcelle

Cette maladie, inféodée à la parcelle, se conserve jusqu’à 10 ans dans le sol. Même si une grande partie de l’inoculum ne se maintient qu’au cours des 2 à 3 premières années, il est recommandé d’allonger la rotation pour limiter sa prolifération : viser donc un retour du tournesol tous les 4 ans sur une même parcelle. En parallèle le comportement variétal est primordial, et sans un choix variétal optimal, les pertes peuvent atteindre 1,5 à 2,5 q/ha par tranche de 10 % de plantes atteintes.

Choisir le profil mildiou de la variété en fonction de sa parcelle : le mot d'ordre est d'alterner les gènes de résistance ! Selon leur résistance génétique, les variétés permettent de contrôler tout ou partie des races de mildiou présentes sur notre territoire. Le principe d’une lutte durable contre le mildiou repose sur une utilisation raisonnée de ces résistances, pour maintenir leur efficacité dans le temps et limiter le risque d’apparition de nouvelles races. L'utilisation systématique et exclusive de variétés résistantes à toutes les races serait le meilleur moyen de créer de nouvelles races virulentes, contre lesquelles les sélectionneurs ne pourraient plus rien faire !

En pratique :

Combiner allongement de la rotation, alternance des variétés et raisonnement du traitement de semences, tout en tenant compte de l’historique de la parcelleCombiner allongement de la rotation, alternance des variétés et raisonnement du traitement de semences, tout en tenant compte de l’historique de la parcelle (©Terres Inovia) 

En complément > Identifier le profil de résistance des variétés

Les variétés type RM8 (résistantes aux 9 races sauf à la 334) et RM9 (résistantes aux 9 races officiellement reconnues) permettent de gérer les races de mildiou présentes en France, dont la race 714. De nombreuses races existent en Europe, il faut être vigilant que la dénomination RM8/RM9 concerne bien les races reconnues officiellement en France.

Où trouver l’information sur la résistance des variétés ?

Le profil de résistance des variétés inscrites au catalogue français face aux 9 races officiellement reconnues est disponible sur le site du Geves et repris sur la fiche de description des variétés sur MyVar. Attention, les profils de résistance de toutes les variétés inscrites en France ne sont pas toujours complets, leur détermination se faisant à la demande des semenciers : l'institut invite donc éventuellement les distributeurs et les agriculteurs à compléter ces informations auprès de leurs fournisseurs de semences.
  •  Verticillium : une lutte essentiellement variétale

Il n’existe à ce jour aucun fongicide pour lutter contre le verticillium et la tolérance variétale est le principal moyen de lutte contre cette maladie. Elle peut provoquer des pertes de rendement de 20 à 50 % selon la gravité des attaques.

En pratique : Si la présence de verticillium a été observée dans la parcelle au cours des années passées, ou dans des régions comme le cœur du Sud-Ouest où on observe une forte montée en puissance de la pression verticillium, choisir des variétés à bon comportement (TPS, voire PS). Dans les parcelles en zones de production touchées (par exemple certains secteurs du Centre-Ouest et du Centre) mais où la maladie n'a pas encore été observée, diversifier les rotations en allongeant le délai de retour du tournesol (un an sur quatre) et éviter les variétés sensibles (S) afin de ne pas diffuser l'inoculum.

  •  Phomopsis : optimiser l’usage d’un fongicide en fonction de la génétique

Le phomopsis, présent sur l’ensemble du territoire, peut engendrer des pertes importantes selon la précocité de l’attaque : 1 à 3 q/ha et 1 point d'huile pour 10 % de plantes avec tache encerclante.

En pratique : Quelle que soit votre région, éviter les variétés sensibles, elles font prendre trop de risques et peuvent être à l’origine de nouveaux foyers de contamination pour le secteur alentour. Les variétés résistantes peuvent être cultivées dans toutes les régions, sans traitement fongicide. Quant aux variétés peu sensibles et très peu sensibles, elles sont également utilisables dans toutes les régions, et pourront nécessiter un traitement fongicide en végétation, selon le risque régional de l’année et la situation de votre parcelle (sol profond, disponibilité en azote, densité…).

  • Sclérotinia capitule : combiner génétique et pratiques agronomiques

Le sclérotinia peut attaquer de nombreuses cultures et même s’il peut toucher toutes les zones de production du tournesol, il reste plus préjudiciable dans les zones humides en fin de cycle. Ce champignon est à l’origine de symptômes sur tous les organes de la plante : collet, bouton, feuille/tige et capitule. Le choix variétal et des mesures agronomiques adaptées à chaque type d’attaque sont les deux moyens à associer pour mieux lutter contre cette maladie.

En pratique : Le tournesol ne dispose que de tolérances face à cette maladie et chaque organe a son propre niveau de résistance : ainsi, une même variété peut être sensible aux attaques au collet et peu sensible aux attaques sur capitule. Les attaques sur capitule sont souvent les plus dommageables et les pertes de rendement peuvent atteindre 50 %. De ce fait, Terres Inovia évalue les variétés vis-à-vis du sclerotinia capitule, ce qui donne lieu à une classification.


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