Variétés de maïs grain Stress hydrique : les semenciers aux petits soins

Hélène Quenin Terre-net Média

Depuis longtemps, les semenciers s’intéressent à la sélection de maïs plus résistants aux contraintes hydriques. Les premières gammes sont apparues voici une dizaine d’années, avec des labels aux noms évocateurs. L’enjeu ? Répondre à l’inquiétude des maïsiculteurs face à la multiplication des épisodes de sécheresse, de températures extrêmes et de restriction d’usage des ressources en eau.

Maïs Les variétés labellisées sont sélectionnées pour leur bon rendement en situation normale et leur capacité à mieux se comporter en cas de stress hydrique à différentes périodes-clés », résume Jean-Marie Lézé, chef marché semences maïs grain Dekalb. (©Pixabay)

Stressless H20, Waterlock, Hydraneo, DKoptim’eau, Aquamax… Les agriculteurs connaissent sans doute l’une ou l’autre de ces appellations leur assurant que la variété de maïs concernée est capable de tolérer un stress hydrique. Effectivement, différents processus permettant à une plante de résister et de maintenir un rendement existent bien : « Les premières stratégies consistent à esquiver le stress en favorisant des variétés à cycle court ou en évitant une mauvaise concomitance entre stade critique de la plante et déficit hydrique, résume Josiane Lorgeou, ex-responsable du pôle Variétés et génétique chez Arvalis-Institut du végétal, retraitée depuis un mois.

Mais nos essais réalisés en jouant sur les indices de précocité plusieurs années consécutives ne se sont pas montrés probants. Sous notre climat tempéré, un même scénario peut se révéler tout aussi bien gagnant que perdant à cause de la variabilité des périodes et des types de stress d’une année sur l’autre. »

La meilleure garantie de résultat, c’est de diversifier les gammes et les précocités, tout en choisissant des variétés longuement éprouvées... selon Josiane Lorgeou.

Si l’on se penche sur les propriétés intrinsèques d’une plante, les processus d’adaptation sont nombreux, à la fois morphologiques, physiologiques et biochimiques. « La régulation de l’évapotranspiration par les stomates, le développement du système racinaire, l’impact de la surface foliaire, les concordances floraison mâle et femelle, l’efficience de la photosynthèse… autant de propriétés qui interfèrent entre elles pour une grande variabilité de réponses ! Pour moi, la meilleure garantie de résultat, c’est de diversifier les gammes et les précocités, tout en choisissant des variétés longuement éprouvées qui ont montré leurs performances et leur régularité en différents lieux d’essais, sur plusieurs années, poursuit Josiane Lorgeou. Dans nos essais post-inscription, on a souvent constaté que les variétés se comportant bien face aux stress sont celles qui, en situation normale, génèrent  de bons résultats. »

« Des étés de plus en plus secs » pour Gaylord Arnault, agriculteur à Messé, dans les Deux-Sèvres

« Notre terre est plutôt calcaire, dotée d’une faible réserve utile. En année normale, les rendements atteignent au maximum 60 à 80 q/ha en maïs non irrigués et 110 q/ha en irrigués. Environ 80 % de mes maïs sont aujourd’hui des variétés tolérantes au stress hydrique. Je garde aussi des variétés non tolérantes avec des potentiels de rendement plus élevés que je réserve pour mes meilleures parcelles. Si j’arrive à les arroser correctement tout l’été, je parviens à monter le rendement à 120 q/ha. Tous les ans, j’accueille des essais variétaux sur mes parcelles. Ce n’est pas évident de les comparer. Les variétés tolérantes semblent avoir une fin de cycle plus rapide : si en août, nous devons couper l’irrigation à cause des restrictions – ce qui est fréquent –, la plante, plus avancée dans son cycle, tolère mieux le manque d’eau. Et j’arrive à maintenir mes 110 q/ha de rendement malgré des étés de plus en plus secs. Mon eau provient de forages dans la nappe profonde. En Poitou-Charentes, les associations de défense de l’environnement veulent que nous réduisions nos prélèvements. Mais ici, produire du maïs avec moins d’irrigation serait vraiment compliqué pour maintenir notre rentabilité. »

Réseaux d’essais en Europe de l’Est

Cette méthode est aussi celle appliquée par les sélectionneurs. Les sociétés interrogées fournissent des réponses assez similaires. « Les variétés labellisées sont sélectionnées pour leur bon rendement en situation normale et leur capacité à mieux se comporter en cas de stress hydrique à différentes périodes-clés, avant, pendant et après la floraison, résume Jean-Marie Lézé, chef marché semences maïs grain Dekalb. Au final, il faut qu’elles aient un meilleur potentiel que nos témoins de marché du même groupe de précocité… »

La tolérance au stress hydrique est un caractère à déterminisme multigénique et met en œuvre plusieurs composantes phénologiques et physiologiques de la plante, d'après Hervé Ancillon.

« Après une contrainte climatique, ce qui nous intéresse, c’est la capacité de la plante à reprendre un développement pour un rendement final le plus performant possible, développe Matthieu Chaix, chef produit maïs grain Mas Seeds. Et cela dépend de beaucoup de paramètres : une floraison plus précoce, la synchronisation entre sortie des soies et libération de pollen, le développement racinaire, la surface foliaire… Ce sont ces paramètres, observables, que nous privilégions ». Hervé Ancillon, chef produit gamme maïs denté Limagrain, précise quant à lui : « La tolérance au stress hydrique est un caractère à déterminisme multigénique et met en œuvre plusieurs composantes phénologiques et physiologiques de la plante. En outre, une culture de maïs peut avoir à faire face à différents types de stress hydrique : période d’occurrence par rapport au cycle de la plante, intensité, durée. Il est beaucoup plus efficace d’évaluer précisément et de trier notre matériel génétique dès les premiers stades du cycle de sélection, sur la base de son comportement dans un grand nombre d’environnements très diversifiés et parfaitement caractérisés. Sondes capacitives pour mesurer la disponibilité en eau du sol, screening visuel, calculs des rendements… tout cela multiplié sur des centaines de parcelles d’essais. La totalité de ces données permet de calculer un index de tolérance au stress correspondant à la capacité de la variété à maintenir son rendement en situation difficile. C’est l’ensemble, très complexe, des réactions de la plante qui est amélioré, plutôt que le fonctionnement d’un caractère physiologique spécifique »

Agriculteur à Giroussens dans le Tarn, Pierre Papaïx, « rallonge ses tours d’eau »

« Sur les 460 ha de l’exploitation, nous produisons 140 ha de maïs grain, dont 80 ha en irrigué. Sur nos sols de boulbènes [terre sablo-argileuse, NDLR], des variétés performantes ayant un potentiel génétique pour faire du 140 q/ha dans les bonnes conditions pédoclimatiques plafonnent autour de 110 q/ha sur mes parcelles irriguées, 120 q/ha grand maximum les bonnes années. Mais l’irrigation a un coût. Et notre matériel est un peu vétuste. Il s’agit d’enrouleurs que nous faisons tourner sur les parcelles de l’exploitation. C’est parfois compliqué. Choisir une variété de type demi-tardive tolérante au stress hydrique à 100 q/ha de potentiel me semble un meilleur compromis. J’arrose un peu moins en journée, j’allonge mes tours d’eau sur sept ou huit jours au lieu de quatre à cinq et j’économise ainsi un peu sur l’irrigation… Si le maïs connaît un stress hydrique pendant une semaine, je me dis qu’il est capable de mieux reprendre le dessus. À condition, bien évidemment, de ne pas subir de pic de chaleur à 45 °C… Il n’y a pas  de miracle non plus ! Cette année, l’été fut sec et très chaud, dès le stade floraison du maïs et tout le mois d’août, mais quelques orages sont tombés à point nommé ! Résultat : mes rendements se sont quand même maintenus. »

Cette sélection est le résultat d’un dépistage en amont a priori important, de plusieurs années, sur les lignées élites, les hybrides en cours d’évaluation, voire des variétés déjà inscrites. Il se déroule en différents pays d’Europe (Roumanie, Ukraine et même sud de la Russie, aux conditions séchantes fortes) de climat plus continental qu’en Europe de l’Ouest. Le but est de capitaliser un grand nombre d’informations. Chaque labellisation dépend d’un cahier des charges interne spécifique à chaque société et secret. « Nous validons le comportement des variétés dans des essais plein champ pendant deux ans minimum, explique Samuel Dubois, chef marché RAGT Semences. Elles sont soumises à différentes conditions limitantes : culture en sec ou coupures d’irrigation, notamment ».

« Pour l’agriculteur, le label est un moyen simple d’identifier des variétés plus adaptées au stress hydrique que d’autres, ajoute Matthieu Chaix de Mas Seeds. Attention toutefois, on parle bien de stress lié à un manque d’eau. Car on peut aussi avoir un stress dû à une température excessive, sans stress hydrique. En situation irriguée par exemple… » Certains labels promettent des gains de l’ordre de + 4 q/ha, de + 4 ou 5 % de rendement par rapport à leurs références.


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