Nathalie Trubuil, agricultrice L'Agence des espaces verts, une « soupape de sécurité » pour s'installer

Elisabeth Vetter Terre-net Média

Sur le plateau de Saclay près de Paris, qui risquait une complète urbanisation dans les années 80, Nathalie Trubuil a repris l'exploitation de son père et l'a même agrandie en louant des terres à l'Agence des espaces verts (AEV). Aujourd'hui, elle cultive 280 ha de céréales et de légumes malgré la pression urbaine dans cette région et les prix du foncier qui s'envolent.

Nathalie Trubruil sur la ferme du Trubuil sur le plateau de Saclay.« On se sent soutenu, car l'agence respecte la terre agricole et s'efforce, comme nous, de la préserver », explique Nathalie Trubuil, agricultrice à proximité de Paris.  (©Sylvain Legrand, AEV)

Terre-net (TN) : La localisation de la ferme de Trubuil, sur le plateau de Saclay, est-elle un handicap ?

Nathalie Trubruil (NT) : « L'exploitation existe depuis les années 30. À l'époque, c'était celle de mon grand-père. Elle s'étendait sur 2 000 m2 et a très vite été menacée par l'urbanisation. Après la mort de Georges Pompidou en 1974, Valéry Giscard d'Estaing est passé au-dessus en hélicoptère et a dit : "On n'y touche pas". »

TN : Comment êtes-vous arrivée sur l'exploitation ? 

NT : « En 2003, mon père, qui avait pris la suite de mon grand-père, avait atteint la soixantaine. Il se demandait ce qu'allait devenir sa ferme puisque j'étais commerciale dans la grande distribution. Je lui ai répondu : "Je vais la reprendre". Au début, il n'y avait que des céréales. Puis, nous avons commencé à cultiver des courgettes et des pommes de terre, sur 3 000 m2, pour nous, notre famille et nos amis. Et un jour, quelqu'un m'a dit : "Pourquoi tu ne ferais pas des paniers de légumes, pour les entreprises notamment  ?". »

TN : L'avez-vous ensuite développée ?

NT : « Les citadins sont sensibles à ce type d'agriculture et la demande a très vite augmenté. Nous avons débuté avec un hectare. Actuellement, nous sommes à 16 ha et nous avons diversifié le maraîchage, avec des cultures de plein champ et sous serre. On fait de bons légumes et les clients le voient. En plus des paniers pour les entreprises, nous vendons à la ferme. Tous les ans, nous gagnons des parts de marché, ce qui nous permet d'embaucher de la main-d'œuvre (six CDI à temps plein et quatre CDD saisonniers, NDLR) et d'investir. C'est une aventure familiale formidable qui, j'espère, continuera.  » 

TN : Comment l'Agence des espaces verts (AEV) vous a-t-elle aidée dans votre développement ?

NT : « Mon père a repris des terres de l'AEV au tout début du dispositif. Sans cette opportunité, nous n'aurions pas aujourd'hui la même soupape de sécurité face à la pression foncière. C'est un vrai partenaire, qui veille à ce que l'agricole reste agricole à travers un contrat de confiance. On se sent soutenu, car l'agence respecte la terre agricole et s'efforce, comme nous, de la préserver. Au moment de lui louer de nouvelles parcelles (location via l'AEV de 90 ha au total sur les 280 ha que compte l'exploitation, NDLR), j'ai choisi un bail de 18 ans, cessible aux enfants, car cela donne de la visibilité à plus long terme. »

TN : Avez-vous bénéficié d'autres aides ?

NT : « Bien sûr ! Surtout des propriétaires privés, qui sont derrière moi. Il ne faut pas les oublier. Ils sont contents que nous fassions perdurer leurs biens. Sur ce plateau, véritable poumon vert pour Paris, nous vivons de notre métier d'agriculteur. »

Trois questions à l'Agence des espaces verts (AEV)

Qu'est-ce que l'AEV ?
L'Agence des espaces verts joue un rôle essentiel pour garantir l’équilibre entre ville et nature dans le Bassin parisien. Depuis plus de 40 ans, elle contribue à imaginer et aménager le territoire pour améliorer le cadre de vie des Franciliens et l'attractivité de la région.

Depuis quand le système de location est-il accessible aux exploitants ?
L’AEV a commencé à acheter du foncier agricole pour le louer aux agriculteurs par bail rural dans les années 80.

Quels sont les chiffres clés de l'agence depuis ses débuts ? Et ceux de 2017 ?

- 125 agriculteurs locataires dont 54 % en grandes cultures, 32 % en production spécialisée et 14 % en élevage

- 2 270 ha de terres agricoles propriété de la Région (exploitations de 0,1 à 140 ha)

- 1 locataire sur 2 pratique les circuits courts

- 15 % des locataires sont en agriculture biologique

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