; Qu'y a-t-il de concret derrière l'agriculture régénératrice ?

Modèles agricoles L’agriculture régénératrice, révolution agricole ou simple concept marketing ?

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En vogue depuis quelques années, particulièrement au sein des grands groupes agro-alimentaires, l’agriculture régénératrice est de plus en plus mise en avant comme solution au défi de produire durablement. Pour autant, existe-t-il une définition concrète de ce modèle agricole ? Ou est-ce simplement un meilleur concept marketing ?

L'agriculture régénératrice est-elle l'avenir de l'agriculture ?L'agriculture régénératrice est-elle l'avenir de l'agriculture ? (©Adobe Stock) 

Face aux défis climatique, environnemental, et alimentaire, l’agriculture vit un changement de paradigme inédit. « On était moins de 3 milliards en 1946, nous sommes 7 milliards aujourd’hui, la population mondiale a été multipliée par trois en près de 80 ans. Il faut maintenant fusionner protection de l’environnement et production, et tendre vers une agriculture à haute performance globale », a rappelé Michel Dubois, conseiller scientifique, référent en sciences de l’agriculture à UniLasalle, à l’occasion d’une conférence organisée le 9 juin par Agridées.

L’intégration de la durabilité dans les systèmes agricoles a conduit à l’émergence de nouvelles formes d’agriculture qui se réfèrent à l’agroécologie : agriculture de conservation des sols, agriculture du vivant ou, plus récemment, agriculture régénératrice. Cependant, le cadre de cette dernière reste ambigu. Existe-t-il, derrière cette nouvelle forme d’agriculture, une réalité agronomique amorçant une nouvelle révolution agricole ? Ou s’agit-il simplement d’un concept marketing ?

Un principe, la « régénération » des biens communs

Pour Michel Dubois, il existe peu de différences de vision entre l’agriculture régénératrice, l’agriculture de conservation des sols (ACS), ou l’agriculture du vivant, qui poursuivent « des objectifs semblables ». « Le débat technico-scientifique entre les trois parait stérile », ajoute le scientifique.

Pourquoi une agriculture « régénératrice » ? « Ce qui a une fonction, c’est le vivant, qui fonctionne à l’énergie. La première énergie c’est celle du soleil qui après se distribue dans la chaine du vivant. Régénérer, c’est donc amener de l’énergie disponible pour que la biodiversité s’exprime, à travers les couverts végétaux, les combinaisons des cultures… La plante faisant de la photosynthèse, c’est le seul organisme qui va capter l’énergie du soleil et la redistribuer », explique Sébastien Roumegous, co-fondateur de Biosphère. Qui précise que la mise en œuvre est complexe : « il va falloir mettre beaucoup d’intelligence, mais le végétal va devenir un pilier à l’avenir », ajoute-t-il.

Un concept « plus parlant »

Si les objectifs sont similaires, l’agriculture de conservation possède de son côté une définition solide autour de trois piliers, la couverture végétale permanente des sols, le semis sans travail du sol, et la diversité des cultures (interculture, double culture, rotation…). Pour Diane Masure, agricultrice en ACS dans le sud de la Champagne et membre de l’Apad, l’agriculture de conservation des sols c’est aussi un apprentissage permanent et le partage de connaissances à travers les groupes d’agriculteurs. « Il ne faut pas oublier que ce qui est important, pour un agriculteur, c’est d’être maître de son destin », explique-t-elle.

En ACS, l’agricultrice obtient des rendements similaires à ceux de ses voisins, mais ses charges sont moins élevées (moins de phytos, moins de carburant car moindre travail du sol…). Si l’ACS tient ses promesses en matière d’augmentation de la biodiversité, de préservation des sols, elle le reconnait, « l’agriculture régénératrice, c’est plus parlant au niveau des financeurs, c’est plus marketing », l’ACS étant trop rapidement associée au glyphosate.

Des atouts uniquement marketing ?

Pourquoi l’agriculture régénératrice séduirait-elle davantage ? Pour Michel Duru, Jean-Pierre Sarthou et Olivier Therond, de l'Inrae, « un atout majeur de l’agriculture régénératrice est de reposer sur un récit mettant en avant un principe, la « régénération » des biens communs (sols, eau, air, biodiversité), qui peut entraîner l’adhésion d’une diversité d’acteurs », écrivent-ils dans L’agriculture régénératrice : summum de l’agroécologie ou greenwashing ? (Les Cahiers de l’agriculture, juillet 2022).

Grâce à sa capacité à fédérer, l’agriculture régénératrice peut ainsi davantage rassembler les filières. « Le concept de régénération appliqué aux systèmes alimentaires serait un moyen de mieux concilier les approches environnementales et sociales de la durabilité en considérant l’ensemble des acteurs concernés », notent les auteurs de l’article. Néanmoins, « la mobilisation des acquis de l’agroécologie, en tant que science, pratique et mouvement, pourrait aider à préciser son contenu, encore flou, de façon à ce que ses promesses se traduisent en de réels progrès et ne soient pas exclusivement centrés sur le carbone », ajoutent-ils.


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