[Témoignage] H. de Smedt (60) « Je m’oriente vers une agriculture régénérative »

Terre-net Média

Installé depuis 1993 sur la ferme familiale de l'Oise, Hervé de Smedt a rapidement cherché à réduire le recours aux intrants, via différents leviers agronomiques. Depuis près de 4 ans, l'agriculteur est également passé à l'agriculture de conservation des sols. Il nous explique la mise en œuvre de ces différents changements et l'apport du collectif à ce sujet.

Hervé de SmedtHervé de Smedt a fait « évoluer son système pas à pas, en mettant systématiquement en place des essais pour conforter la pertinence des choix faits ».  (©Trame/Terre-net Média)

L’exploitation
EARL du Pont Dron (Autreches, Oise) 
Surface et productions : 182 ha de cultures (betterave, pomme de terre fécule, blé, colza, pois de conserve, orge d’hiver et de printemps, avoine rude), 8 ha de pâture loués
Les hommes et les femmes qui travaillent
2 ETP : Hervé de Smedt et un salarié

Les pratiques initiales et les changements

« La ferme appartenait à mes grands-parents maternels qui l’avaient cédée à leurs deux filles et gendres. Je me suis installé en reprenant les parts de ma mère et, en 15 ans, j’ai repris l’intégralité de l’exploitation. Lors de mon installation, le système en place était conventionnel, plutôt intensif, avec des pratiques systématisées : quand il fallait désherber, un protocole était appliqué ou un itinéraire technique proposé par la coopérative, sans aller voir précisément quelles étaient les adventices dans le champ.

Dès 1995, avec l’adhésion à mon Geda, j’ai acquis rapidement suffisamment d’expérience pour devenir autonome sur l’exploitation et j’ai pu commencer à réduire les intrants, tant insecticides, fongicides et herbicides. J’ai débuté en diminuant la dose de semis/hectare et en apprenant à reconnaître les différentes adventices et maladies pour adapter les traitements à leur nocivité.

J’ai ensuite mis en place la conduite intégrée des cultures, l’Oise ayant été un département précurseur sur cette technique, en commençant par tester sur des bandes d’un hectare. Sur le secteur de l’Adane, nous avons évolué vers les techniques de bas volume et retravaillé nos doses de produits ainsi que la qualité des pulvérisations. Finalement, je suis passé à l’agriculture de conservation des sols (ACS) il y a 3 ans.

Les raisons

J’ai toujours pensé à la préservation de la faune, à la biodiversité et j’avais cet objectif de réductions des intrants sur l’exploitation dès mon installation. J’ai eu la chance de pouvoir le faire, en étant autonome et avec la confiance de mes père, oncles et grand-père. Progressivement, avec les problématiques d’érosion de plus en plus prégnantes, la question du sol, de sa structure, de sa fertilité, est devenue centrale dans nos réflexions. Par ailleurs les rendements s’en ressentent également. C’est à la fois un enjeu de préservation des sols et un enjeu économique pour les agriculteurs ; il fallait donc tester de nouvelles pratiques pour résoudre ces problèmes.

Hervé de Smedt
Age : 52 ans
Formation initiale : BTS TAGE (Techniques agricoles et gestion d’entreprise) Date d’installation : 1993
Implication dans les réseaux de Trame : administrateur et membre du bureau de la FNGeda, président de l’Adane (Association de développement agricole du Nord-Est de l'Oise)
Autres implications : membre du comité Agriculture innovation de la Chambre d’agriculture, trésorier de la Cuma, conseiller municipal

Les difficultés rencontrées et les solutions

J’ai fait évoluer mon système pas à pas, en mettant systématiquement en place des essais pour conforter la pertinence des choix faits. Par exemple, en conduite intégrée, il y avait des risques de baisse de rendements en cas d’aléas climatiques, aussi j’ai pris un peu plus de temps pour généraliser cette pratique sur toute l’exploitation. J’ai aussi adapté la technique à la qualité de la terre. L’ACS est également un vrai risque et, même si je suis persuadé du bien fondé d’aller vers ces techniques, je ne généralise pas encore. Le matériel est aussi important et on a investi à trois exploitations dans un semoir de semis direct.

Avec deux collègues, on échange beaucoup et on se conforte dans nos expérimentations respectives. Je partage également beaucoup avec mon salarié qui, même s’il n’est pas force de proposition, participe aux changements.

Les sources d’information

L’élément déclencheur a été la visite de la ferme de Frédéric Thomas en Sologne, lors d’un voyage d’étude, sur laquelle il a réussi à déplafonner ses rendements sur des sols de sable. J’ai fait beaucoup de formations, notamment avec Eric Petiot, un formateur indépendant, sur le lien entre plantes et sol, sur la vie biologique des sols et sur la santé par les plantes. Sur ce dernier point, j’utilise des macérations (ortie, consoude, fougère) qui visent la bonne santé des plantes afin qu’elles se défendent elles-mêmes contre les différents pathogènes et qu’elles deviennent moins appétentes pour les ravageurs.

L’apport du collectif

Pour le passage à l’ACS, on a créé un groupe, Sol Avenir 60, dans le cadre du Ceta d’Attichy dont je suis adhérent depuis 1995. Nous sommes une quinzaine d’agriculteurs, dont 4 à être très investis dans la mise en œuvre de ces pratiques et nous nous contactons très régulièrement. Tous les ans, nous faisons intervenir un spécialiste et nous organisons au moins trois temps forts : bilan de campagne, tour de plaine et retour d’expérimentation.

Les bénéfices

- Cette orientation vers une agriculture régénérative* est très enrichissante pour moi et redonne du sens au métier d’agriculteur. Si on avait continué à travailler comme il y a 20 ans, nos sols n’auraient plus de vie aujourd’hui.

- On est engagé dans un cercle vertueux et ma ferme, quand je la cèderai, aura de l’avenir avec une fertilité retrouvée, une meilleure structure de sol, plus de résilience face aux aléas climatiques… 

- Le groupe Sol Avenir 60 a acquis une certaine reconnaissance dans le paysage et de plus en plus de personnes s’intéressent à ces pratiques ; il s’ouvre au grand public et participe à des manifestations.

- Le fait d’avoir des pratiques différentes (mettre des purins, garder des parcelles couvertes, etc.) permet d’engager des discussions avec des personnes qui passent.

La perception du métier aujourd'hui

- Mon système va encore pouvoir évoluer, notamment parce qu’il reste des freins à lever sur les cultures industrielles mais on s’améliore chaque année. 

- Je vais continuer pour aller toujours plus loin dans ces techniques, vers une agriculture régénérative avec la production de thés de compost (infusions tirées d’un compost riche en micro-organismes démultipliés par les procédés d’infusion) et de ferments pour vitaliser nos sols et nos cultures. 

- Je poursuis mon cycle de formation avec Ulrich Schreier, agriculteur bio en Maine-et-Loire et formateur en agricultrice régénérative. 

- Je réfléchis à la mise en place d’ateliers avec de la vente directe et, ultérieurement, un atelier ovin.

Et si c’était à refaire…

Globalement, je ferais pareil mais peut être plus tôt et plus vite. Et idéalement, avoir plus de facilités à accéder au matériel adéquat, ce peut être un frein que de devoir changer son parc de matériel pour passer en ACS. Enfin, j’aurais essayé d’installer l’irrigation sur mes parcelles pour aller vers des cultures à plus haute valeur ajoutée plus tôt. »

*L’agriculture régénérative (ou régénératrice) réunit un ensemble de pratiques agricoles dont l’objectif est restaurer des sols dégradés par l’augmentation de leur biodiversité, leur taux de matière organique et leur fertilité.


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