Congrès de Jeunes agriculteurs Les propositions et revendications de JA pour une meilleure gestion des risques

Terre-net Média

Environ 600 jeunes agriculteurs étaient réunis en congrès national du 6 au 8 juin à Dunkerque, dans le Nord. La gestion des risques, thème retenu pour leur habituel rapport d’orientation, a suscité dix heures d’échanges et quelques propositions et revendications, comme la création d’un dispositif de conseil indépendant en matière d’assurance, une substitution partielle des aides découplées en aides contracycliques, ou encore l’obligation d’établir un « plan de gestion des risques » pour tout projet d’installation ou de développement de l’exploitation.

Jérémie Decerle, président de Jeunes agriculteurs, a accueilli à Dunkerque le nouveau ministre de l'agriculture Jacques Mézard. Ce dernier a salué les réflexions du syndicat sur la gestion des risques agricoles. Jérémie Decerle, président de Jeunes agriculteurs, a accueilli à Dunkerque le nouveau ministre de l'agriculture Jacques Mézard. Ce dernier a salué les réflexions du syndicat sur la gestion des risques agricoles. (@JeunesAgri)

Les agriculteurs, les jeunes installés en particulier, le savent bien : les marchés sont de plus en plus volatils, la météo toujours plus capricieuse et, plus globalement, l’ensemble de l’environnement – économique, social, climatique – de l’exploitation sera de plus en plus incertain. De cette évidence, le thème choisi par Jeunes agriculteurs pour son congrès 2017 – la gestion des risques – coulait de source.

Réunis du 6 au 8 juin 2017 à Dunkerque, environ 600 jeunes agriculteurs ont débattu 10 heures pour sceller un rapport d’orientation contenant 23 propositions pour améliorer la gestion des risques à tous les niveaux : européen, national et à l’échelle de l’exploitation.

Développer un conseil dissocié en matière d'assurances

Le document de Jeunes agriculteurs apporte son lot d’innovations. Sur le plan national, le syndicat propose de créer le « Gama », « groupement pour une assurance mutualiste agricole ». Derrière cette dénomination se cache un « conseil indépendant, en dehors de toute démarche commerciale », en matière d’assurance privée. « L’idée serait d’avoir des conseillers indépendants pouvant dresser des audits de risques pour l’exploitation. Cela pourrait fonctionner comme les Geda sur la partie technique, afin d’avoir un conseil qui corresponde pleinement à chaque exploitation », explique Baptiste Gattouillat, rapporteur du rapport d’orientation et membre du bureau du syndicat. Le Gama aurait aussi un rôle de négociant qui pourrait émettre des appels d’offre auprès des assureurs pour le compte de ses agriculteurs membres.

Dans le même esprit, Jeunes agriculteurs souhaite rendre obligatoire l’élaboration d’un « plan de gestion des risques » pour tout projet d’installation ou de développement de l’exploitation. L’idée résulte de l’ultime proposition du rapport, finalement non retenue, de rendre obligatoire la souscription à un outil de gestion de risque. « Au final, nous souhaitons inciter fortement à utiliser les outils de gestion de risques actuels et futurs ».

De gauche à droite, Baptiste Gattouillat, Raphaël Louison et Nicolas Sarthou, tous trois rapporteurs du document d'orientation présenté au congrès de Jeunes agriculteurs à Dunkerque sur la gestion des risques.De gauche à droite, Baptiste Gattouillat, Raphaël Louison et Nicolas Sarthou, tous trois rapporteurs du document d'orientation présenté au congrès de Jeunes agriculteurs à Dunkerque sur la gestion des risques. (©Jeunes agriculteurs)

Avant même l’installation, JA considère qu’il y a des lacunes en matière de formation. « Il y a du travail à faire tant en matière de formation initiale que continue. En formation initiale, l’enseignement devrait mieux sensibiliser les jeunes. Les agriculteurs doivent aussi être incités à se former régulièrement sur le sujet pour adapter leur plan à l’évolution de leur exploitation. »

Au niveau européen, JA défend la mise en place de prix d’équilibre rémunérateurs par production. En cas de crise et lorsque les prix baissent de plus de 30 %, l’Europe viendrait apporter un soutien financier direct et un dispositif de gestion de volumes serait activé. Dans ce cadre, le syndicat souhaiterait un « seuil d’intervention spécifique aux nouveaux installés pendant cinq ans, de 15 % au lieu de 30 %. » La proposition est très similaire à celle du think tank Momagri qui défend la mise en place d'aides contracycliques.

Le financement de ces aides contracycliques version JA serait assuré sur l’actuel budget Pac des aides découplées.

Toujours sur le plan européen, JA salue les assouplissements prévus par le règlement omnibus en matière d’assurance récolte. Mais le syndicat souhaite que le budget européen pour le subventionnement des primes d’assurances passe de 600 M€ à 1,2 Md€ afin d’éviter tout surcoût aux agriculteurs. Pour financer cette rallonge, pas question de réduire les autres enveloppes budgétaires de la Pac. « On veut se donner l’ambition de chercher un budget fort pour la prochaine Pac », explique Baptiste Gattouillat.

Dans son document non amendé, JA avait proposé la création d’un « marché spécifique du lait frais » avec un prix de référence rémunérateur. Mais la proposition a été remplacée par une défense accrue de la contractualisation tripartite producteurs-transformateurs-distributeurs.

En fin d’après-midi, mercredi 7 juin, les congressistes ont interrompu leurs échanges pour écouter le nouveau ministre de l’agriculture, venu prononcer comme un discours de politique générale agricole. Il a salué les propositions de JA, sans pouvoir « faire d’annonces », élections législatives obligent. Mais parmi les revendications du syndicat, Jacques Mézard entend d’abord mettre l’accent sur le renforcement de l’assurance récolte et du fonds de mutualisation sanitaire et environnementale (FMSE).

Retrouvez les 23 propositions de Jeunes agriculteurs pour une meilleure gestion des risques :

  • 1 : Définir une orientation agricole européenne sur 10 ans
  • 2 : Augmenter le budget agricole européen et revoir la règle de l’annualité du budget
  • 3 : Créer une politique agricole et alimentaire européenne commune
  • 4 : Garantir des prix rémunérateurs à l’agriculteur européen afin de rendre l’installation viable et vivable
  • 5 : Mettre en place un outil de gestion des volumes au niveau européen
  • 6 : Favoriser la contractualisation tripartite
  • 7 : Instaurer des pénalités en cas de retard dans le versement des aides européennes
  • 8 : Eviter, réduire et compenser les normes, fairedu Corena une instance incontournable
  • 9 : Créer un « Gama », groupement  pour une assurance mutualiste agricole
  • 10 : Faire du Conseil supérieur d’orientation sur la gestion des risques (CSO GdR) le centre névralgique en la matière en France
  • 11 : Développer la recherche et le développement d’outils pour améliorer la commercialisation des produits
  • 12 : Rénover la fiscalité agricole
  • 13 : Améliorer la reconnaissance des investissements dans la gestion des risques
  • 14 : Améliorer la formation initiale et continue en matière de gestion des risques
  • 15 : Mieux gérer le risque humain et personnel
  • 16 : Gérer le risque sociétal et médiatique
  • 17 : Assouplir et développer l’assurance récolte avec un budget européen doublé
  • 18 : Créer une assurance fourrage en remplacement de l’assurance prairie
  • 19 : Développer une base météo plus précise pour l’assurance indicielle
  • 20 : créer un fonds de calamité agricole spécifique à l’agriculture en Outre-mer
  • 21 : Améliorer le volet sanitaire et environnemental en Outre-mer
  • 22 : Gérer le risque institutionnel en Outre-mer
  • 23 : Rendre obligatoire l’établissement d’un plan de gestion des risques pour tout projet d’installation ou de développement de l’exploitation

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