Indépendance protéique de la France « Plus d’herbe, de recherche, de transparence et de com’ » pour plus d’autonomie

Terre-net Média

AgriDées a présenté une note d’analyse sur la production de protéines en France et en Europe, l’un des enjeux majeurs pour l’avenir de l’agriculture. Le think tank y défend une « nouvelle approche » pour « satisfaire les besoins nutritionnels des humains et des animaux » en France et en Europe. Une nouvelle approche dans laquelle il suggère une incitation à la production d’herbe et à la recherche variétale, ainsi qu’une meilleure communication et une plus grande transparence.

Le think tank AgriDées suggère de réorienter la recherche variétale sur colza en se focalisant sur le taux protéïque et non plus la teneur en huile.Le think tank AgriDées suggère de réorienter la recherche variétale sur colza en se focalisant sur le taux protéique et non plus la teneur en huile. (©Terre-net Média) 

Le 22 novembre 2018, la Commission européenne présentait son rapport sur le développement des protéines végétales dans l’UE. À l’heure où les élevages français et européens sont largement dépendants des importations de soja, la relocalisation de la production de protéines en Europe constitue un enjeu majeur pour l’ensemble du secteur agricole. Le sujet fera évidemment partie des discussions préparatoires à la réforme de la Pac pour la période 2021-2027 au travers d’un nouveau « plan protéines ».

À défaut de production suffisante, l’Europe importe massivement des protéines en provenance d’Amérique du sud ou des États-Unis. « Aucune autre plante que le soja n’offre autant de protéines », rappelle AgriDées. Mais le think tank, dans une note de synthèse sur le sujet présentée le 8 janvier, critique le rapport de la Commission. « Ce document fait l’impasse totale sur la première source de protéines pour les animaux d’élevage, à savoir l’herbe. »

Le think tank veut défendre une nouvelle approche et entend mettre des priorités « pour répondre à trois grands enjeux ». Que ce soit en alimentation animale ou en alimentation humaine, il y a, selon Agridées, « une attente sociétale croissante ». « Les consommateurs sont de plus en plus en quête de sens et de qualité pour leur alimentation. La teneur et l’origine des protéines n’y échappent pas : elles sont aujourd’hui non seulement un sujet de nutrition/santé mais aussi une question d’ordre sociétal, parce que les consommateurs-citoyens s’interrogent sur l’impact de leur production sur l’environnement, et la contribution des animaux et des végétaux pour répondre à leurs demandes », analyse le think tank. Mais il y a souvent une confusion entre durabilité et « non-OGM » dans l’esprit des consommateurs. « Et les deux ne sont pas nécessairement liés.

Jongler entre impératifs économiques et impératifs nutritionnels

Autre enjeu, et non des moindres : satisfaire les besoins nutritionnels. Or « en France, la consommation par habitant est de 1,4 g de protéines par kg de masse corporelle par jour, ce qui est supérieur aux recommandations nutritionnelles (0,8 g/kg/j). Actuellement, l’origine animale représente 70 % des apports protéiques chez les consommateurs, et la tendance est à un rééquilibrage avec l’origine végétale. » Pour l’alimentation animale, « le tourteau de soja associe la plus haute teneur protéique (48 %) et la meilleure qualité de protéines ». Mais les éleveurs doivent aussi jongler avec leurs « impératifs économiques ».

Il n’est pas sérieux de se passer complètement de protéines animales.

« Le rapport qualité/prix de l’aliment doit donc être optimisé pour que les aliments répondent aux besoins nutritionnels des animaux sans entamer la compétitivité de l’élevage et des filières viandes européennes. Le calcul des rations optimales dépend fortement des fluctuations des prix des matières premières qui les composent. C’est pourquoi les fabricants d’aliments et les éleveurs adaptent sans cesse la composition des aliments pour les animaux », poursuit le think tank.

Pour satisfaire ces trois enjeux, AgriDées suggère d’abord de « développer la transparence et la communication ». Il s’agirait notamment « d’expliquer, dans les écoles, ce qu’est une protéine et à quoi ça sert. » « Il faudrait ainsi rappeler qu’il n’est pas sérieux de se passer complètement de protéines animales », a expliqué Gérard Matheron, membre d’AgriDées et ancien directeur puis président du Cirad.

Ainsi, « une campagne de communication européenne sur les protéines et leurs utilisations serait la bienvenue pour à la fois démystifier certaines idées reçues sur l’élevage et sensibiliser sur la qualité de vie des humains. » Cette campagne de com’ devrait s’accompagner, selon le think tank, de plus grands « efforts de transparence des acteurs concernés ». AgriDées propose de faire davantage connaître les conditions exigées et imposées aux producteurs et aux éleveurs, et surtout de « valoriser des démarches de recherche et d’innovation ». En attendant, « cette absence de transparence justifie aujourd’hui bien des comportements et des ignorances », souligne Gérard Matheron.

« Pourquoi ne pas mettre en place, de façon simple et synthétique, un étiquetage des produits animaux indiquant la durabilité de leur alimentation ? Cet étiquetage serait appelé à devenir un repère de confiance à l’instar de la démarche Duralim, plate-forme collaborative qui fédère les acteurs de la chaîne alimentaire autour d’un cahier des charges bien précis », poursuit AgriDées dans sa note.

Un recouplage des aides en faveur de l'aide

Sans remettre en cause l’importation de protéines en Europe, il convient évidemment « d’améliorer notre indépendance », notamment en « incitant à la production d’herbe ». AgriDées suggère notamment « un recouplage des aides pour les hectares en herbe, tout particulièrement en zones de plaine et défavorisées simples ».

Que ce soit pour l’alimentation animale et l’alimentation humaine, le think tank propose d’augmenter la part des légumineuses dans les apports protéiques. Dans notre assiette, « une consommation réduite de protéines d’origine animale demande de compléter les céréales avec des légumineuses ». « Pour l’alimentation animale, il est possible d’envisager la production de nouvelles variétés de légumineuses répondant aux besoins des animaux, aux attentes en rendements et sécurité des producteurs ».

Ceci dit, « l’UE ne pourra pas être totalement autonome en protéines pour l’alimentation des animaux d’élevage », préviennent les auteurs. « Mais elle peut très sensiblement améliorer ses dépendances. »

Que ce soit pour les légumineuses ou le colza, « nous avons un impératif d’avenir qui est la recherche variétale ». « La sélection génétique de la graine de colza doit s’orienter vers des teneurs plus élevées en protéines. Le prix à payer aux producteurs doit être fonction de la teneur en protéines et non plus fonction de la teneur en huile. C’est ainsi que l’huile de colza deviendrait le coproduit du tourteau de colza et non l’inverse. »

En chiffres, la consommation de protéines par les élevages français et européens

« En France, l’élevage consomme annuellement 110 millions de tonnes de matières sèches pour son alimentation, dont 71 % de fourrages, 13 % de matières premières en l’état (y compris autoconsommation) et 16 % d’aliments composés industriels. En 2017, la production d’aliments composés en France a été de 20,6 millions de tonnes, dont 8,5 pour les volailles, 5 pour les porcs, 5 pour les bovins et 2 pour les autres espèces. Les fabricants d’aliments français couvrent les besoins en protéines des rations qu’ils fabriquent à 24 % par les céréales, 12 % par les coproduits céréaliers et 57 % par les tourteaux (dont 54 % de soja, 26 % de colza, et 20 % de tournesol).

Dans l’UE, 45 millions de tonnes de protéines alimentent l’élevage chaque année, réparties dans 264 millions de tonnes de matières premières utilisées en direct élevage ou via les fabricants d’aliments. Elles sont apportées pour 38 % par les céréales et pour 45 % par les tourteaux (dont 2/3 de soja). Il n’existe pas d’estimation de la contribution des fourrages à ce bilan. Les bilans statistiques protéiques annuels publiés dans l’observatoire des marchés de la Commission européenne doivent être complétés par la contribution des prairies et détaillés par espèces, en équivalent protéines. Alors que l’UE produit à peine 3 millions de tonnes de graines de soja, elle importe 30 à 35 millions de tonnes de soja (graines et tourteaux) par an. En France, 3,5 millions de tonnes de soja sont importées chaque année. »

(Extrait de la note de synthèse d’AgriDées)

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