« Le marché sucrier de l’UE fait face à une forte concurrence », écrit la Commission dans ses dernières projections pour l’agriculture européenne à l’horizon 2035, publiées en décembre.
Car si l’Union européenne reste un acteur de poids sur l’échiquier mondial, elle doit affronter la concurrence croissante de compétiteurs agressifs comme le Brésil, l’Inde et la Thaïlande, qui ont consolidé leurs parts de marché grâce à « des coûts de production plus faibles, des conditions climatiques favorables et des infrastructures logistiques d’exportation bien établies ».

La Commission pointe aussi leur capacité à capter de nouveaux débouchés, en tirant parti de l’évolution des préférences des consommateurs et des accords commerciaux.
Sans oublier que les progrès en matière de transformation durable de la canne à sucre et de production de biocarburants renforcent encore leur compétitivité… Alors qu’en face, les planteurs européens sont confrontés à des « défis croissants » : baisse de la disponibilité des produits de protection des plantes, hausse des coûts des engrais et impacts du changement climatique.
Renforcer la compétitivité
La volatilité des prix – liée aux coûts des intrants, au contexte géopolitique instable et aux politiques sur le sucre et l’éthanol sur les grands marchés mondiaux — accroît la pression sur un secteur déjà fragilisé, ajoute le rapport. Le sucre blanc a ainsi atteint des prix record dans l’UE au début de la campagne 2022/23, avant de nettement décrocher les deux années suivantes.
Dans ce contexte, Bruxelles estime que « la consolidation du secteur constitue un secteur clé pour renforcer la compétitivité de la filière sucrière européenne », et que les NGT et les nouvelles variétés de betteraves permettraient d’améliorer sa durabilité.
Du côté du sucre bio, la production de l’UE devrait rester marginale (environ 1 % de la production totale) d’ici à 2035 en raison « d’une demande stagnante, de coûts de production plus élevés » et de la concurrence des importations colombiennes, mexicaines et brésiliennes.
Le solde net des échanges de sucre de l’Union pourrait passer en négatif en 2026 ou 2027, « c’est-à-dire que l’UE importerait plus de sucre qu’elle n’en exporterait », avant de se rapprocher de l’équilibre les années suivantes.
Les exportations, principalement du sucre blanc, « ont fait preuve de résilience ces dernières années et pourraient continuer de bénéficier de leur positionnement sur des marchés établis ». Avec une production attendue en baisse, elles devraient néanmoins diminuer et atteindraient environ 1 Mt en 2035. Les importations aussi reculeraient progressivement en raison du retrait de la demande, vers un peu plus de 1 Mt en 2035.
Recul graduel des surfaces
Sous l’effet de la baisse des prix à la production, les surfaces en betteraves sucrières dans l’UE chuteraient de 10 % sur 2025/26 par rapport à 2024/25, à 1,45 Mha. « Les prix du sucre devraient rester relativement stables » mais la concurrence avec d’autres cultures devrait s’intensifier, si bien que les projections à dix ans tablent sur un recul graduel des surfaces, pour tomber à environ 1,42 Mha en 2035.

Les aléas climatiques extrêmes plus fréquents et l’évolution de la pression sanitaire devraient mener à un glissement des rendements moyens de la betterave sucrière dans l’UE : environ 75 t/ha en 2023 et 2024, seulement 72,4 t/ha en 2035.
Combinée à la réduction des surfaces, cette évolution des rendements conduirait à un recul de la production de 1,1 % par an entre 2025 et 2035.
Sous l’effet des préoccupations de santé publique, des politiques de réduction du sucre dans les régimes alimentaires, de la montée en puissance des alternatives au sucre et de la baisse attendue de la population, le repli de la consommation de sucre observé depuis des années devrait continuer : - 0,5 % par an dans la prochaine décennie, pour atteindre 14,5 Mt en 2035.