Gestion de la récolte 2019 (1/5) Avant la moisson, « un manque à gagner de 35 €/ha pour être rentable »

Terre-net Média

Comment évaluer, tout au long d’une campagne de production et de commercialisation, l’impact des différentes variables influençant le résultat d’une exploitation céréalière ? En prenant exemple sur la récolte 2019 de blé tendre, Piloter Sa Ferme décortique l’impact de ces différents facteurs - dépenses, aides, rendements, prix de vente – tout au long d’une campagne de production et de commercialisation. Selon la start-up spécialisée dans la commercialisation des céréales, la situation avant la moisson 2019 était globalement « critique », avec un manque à gagner de 35 €/ha pour équilibrer les comptes et rémunérer le travail de l’exploitant.

Avant la moisson 2019, les céréaliers avaient, en moyenne, un manque à gagner de 35 €/ha.Avant la moisson 2019, les céréaliers avaient, en moyenne, un manque à gagner de 35 €/ha. (©Terre-net Média)

Cet article est le premier d’une série proposée par Piloter Sa Ferme visant à expliquer l’impact des différents facteurs influençant le résultat d’une exploitation céréalière, en prenant l’exemple de la récolte 2019.
Ce premier article expose la méthodologie qui sera utilisée dans les prochains, ainsi que la situation économique avant la moisson 2019 à l’échelle de l’exploitation.

Dans un contexte instable, les questions de rentabilité et de compétitivité restent centrales pour les producteurs de grains. Plusieurs facteurs, notamment les prix et les rendements, se combinent et impactent la rentabilité de leur exploitation. Mais il est parfois difficile de mesurer le poids de chacun de ces éléments. Faire évoluer les principales variables du résultat tout au long d’une campagne de production et de commercialisation permet de comprendre comment elles interagissent et influent sur le résultat. Les mesurer sur la ferme France et à l’échelle régionale permet de voir comment évolue le résultat potentiel d’une exploitation en fonction de caractéristiques différentes (assolement, coûts de production).

Définir un objectif de chiffre d’affaires à atteindre

Les données d’Agreste permettent d’évaluer, via une approche en trésorerie, les objectifs de chiffre d’affaires à atteindre pour différentes fermes régionales. Cette approche intègre l’ensemble des charges de trésorerie de la ferme ainsi que la rémunération de l’exploitant. Le but recherché est de définir le point mort en trésorerie de l’entreprise et de voir dans quelle mesure la capacité de l’entreprise à gérer du chiffre d’affaires peut y faire face.

Méthode pour calculer un objectif de chiffre d'affaires

Estimer le montant de ce besoin en chiffre d’affaires*, par culture et au global, permet de définir l’indicateur clé du pilotage économique d’une exploitation agricole.

Pour la récolte 2019, le besoin en chiffre d’affaires moyen pour couvrir les charges et tenir compte de la rémunération du travail de l'exploitant peut ainsi être évalué à 1 260 €/ha toutes cultures confondues. En blé tendre, en tenant compte d’un rendement moyen historique de 7 t/ha, un prix minimum de 160 €/t est à atteindre, soit un objectif de chiffre d’affaires à atteindre de 1 140 €/ha.

* Pour calculer le besoin moyen en chiffre d'affaires, ainsi que le ratio potentiel de chiffre d’affaires / besoin en chiffre d’affaires, Piloter sa ferme se base sur les données de rendements fournies par Agreste et sur les données des agriculteurs utilisateurs de Piloter sa ferme (prix objectifs, prix de revient, etc.). Le chiffre d'affaires est estimé au jour le jour en fonction des cours de chaque culture.

Regarder comment les variables influent sur l’atteinte de l’objectif de chiffre d’affaires

La rentabilité d’une exploitation céréalière est liée à 4 déterminants :

  • les dépenses ;
  • les aides ;
  • les rendements ;
  • les prix de vente.

Arriver à équilibrer le besoin de chiffre d’affaires est très différent selon les régions françaises (effet assolement). Depuis le semis jusqu’à la fin de la période de commercialisation en passant par la moisson, plusieurs éléments vont faire varier les paramètres de rendement et de prix. L’idée est de suivre leur impact tout au long du cycle de production et de commercialisation.

Récolte 2019 : le besoin en chiffre d’affaires couvert à seulement 97 % avant la moisson

Au printemps 2019, sur la base des rendements moyens des cinq dernières années et des prix constatés, le chiffre d’affaires potentiel était insuffisant pour couvrir l’ensemble des coûts engagés. En raisonnant sur le ratio potentiel de chiffre d’affaires / besoin en chiffre d’affaires, le taux de couverture était avant moisson de 97 %. Autrement dit : avant de récolter, il manquait en moyenne 35 €/ha de chiffre d’affaires pour équilibrer les comptes et rémunérer le travail de l’exploitant.

La situation s’avérait néanmoins différente selon les régions. Les régions où la situation initiale était la plus critique étaient la Bourgogne Franche Comté, Grand Est et Occitanie avec un potentiel d’atteinte inférieur à 95 %. Pour ces régions, le déficit de chiffre d’affaires estimé était de plus de 70 €/ha. Á l’inverse, les régions Normandie, Pays de Loire, Nouvelle Aquitaine présentaient un taux de couverture du besoin chiffre d’affaires supérieur à la moyenne française. La région arrivant en tête était la région Hauts-de-France, la seule à avoir un chiffre d’affaires potentiel supérieur au besoin.

Les réajustements liés à la moisson, tant en rendement qu’en prix, vont-ils permettre d’améliorer cette situation ? Dans les prochains articles, Piloter Sa Ferme décortiquera l’impact des différents facteurs déterminant le résultat.
À propos de Piloter Sa Ferme

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