Érosion, battance, tassement… Agronomie et mécanique au secours de la structure

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La baisse des taux de matière organique et les engins de plus en plus lourds menacent la structure des sols. Certains cherchent à limiter les conséquences parfois graves de leurs pratiques, voire à inverser la tendance.

Ornières dans un champLes passages d'engins dans une parcelle peuvent entraîner tassement et compaction néfastes aux cultures. (©Terre-net Média)

Année internationale des sols, 2015 invitait à redécouvrir leurs grandes fonctions en replaçant le raisonnement agronomique sur le devant de la scène. L’érosion, la battance et la compaction sont quelques-unes des menaces qui pèsent sur la qualité des terres arables. La conduite des cultures et des chantiers fait partie des solutions.

André Neveu, dans la revue de l’Académie d’agriculture de France, prévient « qu’en diminuant le taux de matière organique des sols, des rotations trop simples, voire des monocultures, sont les premières responsables de leur dégradation ».

« Or, cette composante constitutive des sols est indispensable à leur formation, leur fonctionnement et leur stabilité physique et chimique. Leur système poreux en dépend, et par conséquent leur régime hydrique, leur pouvoir tampon et l’enracinement des plantes. Les organismes vivants, essentiels à de nombreuses fonctions écologiques, ne peuvent plus jouer leur rôle. En résulte une baisse de la productivité des sols, de leur stabilité et un risque de réduction de l’épaisseur de leur partie superficielle à cause de l’érosion. Quelle que soit sa destination, agricole ou non, la production végétale nécessite l’apport de quantités suffisantes de nutriments pour compenser les exportations par les récoltes et les pertes inévitables, résultant de processus naturels difficiles à maîtriser. Or, ces nutriments se limitent trop souvent aux engrais minéraux, d’où une diminution de la teneur en matière organique des sols. »

Les engrais de ferme agissent sur les propriétés du sol

Un essai longue durée, mis en place depuis 1999 à la ferme expérimentale des Bordes dans l’Indre, mesure les effets d’apports réguliers de produits organiques sur la structure et l’activité biologique de l’horizon 0-25 cm d’une rotation blé-colza en labour et de l’horizon 0-10 cm d’une prairie. Ainsi, le carbone et l’azote, provenant des produits organiques résiduaires non minéralisés au cours de l’année, enrichissent progressivement le sol en ces éléments et influencent à la fois ses propriétés chimiques, physiques et biologiques.

« Après neuf années d’apports, la macroporosité est la propriété physique la plus impactée, témoigne Alain Bouthier, d’Arvalis-Institut du végétal. Les épandages d’effluents d’élevage ont par ailleurs amélioré, de manière significative, la teneur en matières organiques du sol sur les 25 premiers centimètres, par rapport à un témoin n’ayant été fertilisé que par des engrais minéraux. Cependant, cette augmentation n’accroît significativement le potentiel de minéralisation de l’azote organique, entre 20 et 40 kgN/ha, que sur la modalité ayant reçu les doses les plus élevées de fumier bovin brut. Par contre, quel que soit l’effluent, un épandage régulier enrichit l’horizon en P, K et Mg. »

Graine germée au champLa couverture des sols est l'un des principes fondamentaux de
l'agriculture de conservation. (©Terre-net Média)

Ces changements de statut organique semblent insuffisants pour modifier la stabilité structurale de la couche labourée, moyennement sensible à la battance. En revanche, le pourcentage de macroporosité augmente nettement entre un apport minéral et du fumier de bovin. « Ce qui devrait, selon le spécialiste, se répercuter sur la perméabilité de l’horizon de surface avec, comme conséquences, un meilleur écoulement des eaux et un ressuyage plus rapide. »

L’AGRICULTURE DE CONSERVATION AU BANC D’ESSAI

Les principes de l’agriculture de conservation, en cherchant à copier la nature, font la part belle à la matière organique dans le but de préserver les sols agricoles. Ils se déclinent comme suit :

  • sol toujours couvert ;
  • absence de perturbations ;
  • production maximale de biomasse ;
  • diversité maximale des espèces (toutes cultures, de vente ou non) ;
  • restitution au sol et recyclage maximal.

Mais comment protéger la structure des parcelles lorsque les engins de récolte emportent tout sur leur passage ? En particulier dans les systèmes avec des cultures industrielles telles que la pomme de terre ou encore la betterave.

André Neveu ajoute qu’hormis le manque de matière organique, « le mauvais temps durant certains chantiers ou les engins trop lourds détruisent la structure des sols et la compactent, formant des obstacles à l’infiltration de l’eau et à l’enracinement ». Cependant, pour ne pas s’enfermer dans des positions dogmatiques prônant l’abandon systématique et définitif du labour, sous couvert de durabilité, partons de la réalité du terrain. Observons les évolutions actuelles des systèmes dans les régions spécialisées en grandes cultures. « Même s’il n’est plus pratiqué de manière aussi inconditionnelle qu’avant, le labour reste une technique de travail du sol très fréquente, surtout dans le nord de la France du fait des risques élevés de tassement, lors des récoltes particulièrement », rappellent les auteurs de l’ouvrage Faut-il travailler le sol ?, paru aux éditions Quae.

« Le tassement des sols cultivés est essentiellement imputable aux engins agricoles. L’intensité dépend des caractéristiques, des propriétés mécaniques et de l’état hydrique et structural du sol au moment du passage. Lorsque le tassement est sévère, la porosité structurale chute et devient presque nulle. Il modifie les propriétés du sol et perturbe la croissance et le fonctionnement des racines, donc l’alimentation des plantes en eau et en éléments minéraux. Enfin, il altère le fonctionnement biologique du sol et la circulation des fluides. »

Plutôt que d’avoir à le corriger, certains cherchent à éviter le problème.


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