; Limiter le recours aux insecticides grâce à la régulation naturelle

Régulation naturelle des pucerons Au champ, R. Planes (11) surveille les ravageurs mais aussi les auxiliaires

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Installé depuis 2008 à Soupex (Aude), Romain Planes a intégré le réseau Dephy en 2012 pour réduire le recours aux produits phytosanitaires sur son exploitation. Parmi les solutions alternatives travaillées : la régulation naturelle des ravageurs par les auxiliaires des cultures. Grâce à cette démarche, l'agriculteur a pu baisser ses interventions insecticides de 4 à 1 en colza et de 3 à 1 pour les pois protéagineux.

Romain PlanesÀ noter : il y a souvent un décalage dans le temps entre l'apparition des pucerons et l'arrivée des auxiliaires, ce qui demande un suivi régulier des populations à plusieurs jours d'intervalle. (©Chambre d'agriculture d'Occitanie)

« Depuis mon entrée dans le réseau Dephy, j'ai priorisé les alternatives aux insecticides sur mon exploitation, indique Romain Planes. Je trouvais difficile de déclencher une intervention efficace, entre des conditions d'application compliquées en période d'activité des ravageurs (vent), l'impact des traitements sur les autres insectes (auxiliaires et autres) et la recrudescence de ravageurs après traitement quand les populations sont résistantes aux insecticides », explique l'agriculteur audois.

Il s'est alors intéressé à la  régulation naturelle des pucerons. « Tout le monde pense aux coccinelles adultes qui sont faciles à identifier et qui peuvent consommer entre 50 et 70 pucerons/jour », mais il y a bien d'autres auxiliaires de cultures, moins connus, comme « les larves de coccinelles (entre 50 et 200 pucerons/jour) ou de syrphes (environ 60/jour) ». Au cours des différents suivis, l'agriculteur et son groupe Dephy ont également observé « la présence de momies de pucerons. Elles sont dues à des  microhyménoptères, guêpes microscopiques qui peuvent parasiter entre 200 et 1 000 pucerons par génération ».

Plus d'informations sur l'exploitation de Romain Planes 
- SAU : 245 ha.
- Cultures : blé dur, blé tendre, tournesol, colza, pois, sorgho, pois chiche, soja, méteil.
- Types de sols : argilo-calcaire à tendance limoneuse.
- 1 UTH.
- Conversion en agriculture biologique de 90 ha en 2017 et du reste de l'exploitation en 2021.

Quelques repères pour les ravageurs et les auxiliaires

« Pour comprendre ce qu'il se passe dans les champs, je dois surveiller les ravageurs mais aussi les auxiliaires », précise Romain Planes. Objectif : déterminer en fonction s'il faut déclencher ou non un passage d'insecticide. L'observation et le suivi lui ont ainsi permis de passer de 4 traitements à 1 sur colza et de 3 à 1 aussi sur pois protéagineux. 

Pour cela, l'agriculteur s'appuie sur les seuils de nuisibilité des ravageurs : « première base de la réflexion ». Exemples : 

Céréales 

Protéagineux

Colza

Pucerons d'automne : 
Stade : fin de levée jusqu'à début tallage
+ de 10 % des plantes porteuses d'au moins un puceron et/ou présence de pucerons aptères en limite de seuil de nuisibilité plus de 10 jours consécutifs.

Pucerons verts :
Stade : 10 feuilles à fin floraison

+ de 10 pucerons/plante (secouer les tiges au-dessus d’une feuille de papier, répétez 10 fois dans la parcelle).

Pucerons cendrés :
Stade : courant montaison jusqu’aux 10 premières siliques bosselées
De courant montaison à mi-floraison : quelques colonies en différents points de la parcelle.
À partir de mi-floraison : 2 colonies/m² sur les zones infestées.

Pucerons sur épis : 

Stade : épiaison à grain laiteux.
+ d'1 épi sur 2 colonisés.

Pucerons noirs :
Stade : de début à fin floraison
+ 15 jours : 10 % des tiges portent des « manchons » (colonies de pucerons d’au moins 1 cm).

Quand la population de pucerons s’approche du seuil, il observe « la présence d’auxiliaires, de préférence en plein après-midi. Si les populations sont présentes, je reporte mon traitement et continue les observations. Le plus souvent, les populations de pucerons stagnent puis diminuent dans les jours qui suivent », indique-t-il.

Parmi les points d'attention, l'agriculteur note l'importance de « bien savoir reconnaître les auxiliaires pour faciliter la prise de décision » et de « surveiller l'ensemble de la parcelle et notamment les endroits les plus à l'abri (plus sensibles aux attaques de ravageurs) ». « D'une année sur l'autre, il n'y a pas de règle... »

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Faire un suivi à plusieurs jours d'intervalle

À noter : il y a souvent un décalage dans le temps entre l'apparition des pucerons et l'arrivée des auxiliaires (environ 10 jours). Ce retard peut être accentué par les conditions climatiques : « un printemps frais ou des périodes de forts vents peuvent avoir un effet négatif sur l'activité des auxiliaires sur certaines parcelles ». Il convient alors de faire un suivi des populations à plusieurs jours d'intervalle

Ainsi, Romain Planes a réussi à se passer d'insecticide spécifique pour le puceron, en particulier sur blé, pois et colza. « Occasionnellement, la population de pucerons atteint le seuil de nuisibilité, ensuite elle rebaisse rapidement et durablement. La difficulté est de maintenir cet équilibre naturel ravageurs/auxiliaires sur les parcelles, ajoute l'agriculteur. Nous avons constaté qu’une intervention avec un insecticide pouvait avoir une influence sur les populations d’auxiliaires l’année suivante. Ainsi, une culture de colza avec plusieurs applications d’insecticides pour les altises, charançons, méligèthes, a un impact sur la présence d’auxiliaires dans la céréale qui suit et donc sur la gestion des populations de pucerons l’année suivante. »

Comment favoriser les auxiliaires ? 

Outre la réduction des passages insecticides, il est possible d'agir à plusieurs échelles pour favoriser la régulation biologique des pucerons, nous rappelle Arvalis-Institut du végétal.  Le projet  Arena (Casdar, 2017-2020) a permis de lister les autres facteurs qui ont le plus d'effet comme « choisir des produits sélectifs et qui respectent la faune auxiliaire », « avoir la présence de haies et/ou d’éléments enherbés en bords de champs »... 

« À l’échelle du paysage, la dimension des parcelles est aussi un facteur avec un fort effet : diminuer leur taille sera bénéfique à la régulation naturelle des pucerons. Par ailleurs, la présence de prairies et de bois dans l’environnement est favorable au contrôle biologique. »

Retrouvez plus d'infos sur la fiche technique Aglaé de Romain Planes 

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