[Témoignage] Changement climatique Christian Marty : « Des sols vivants avant tout »

Emilie Durand Terre-net Média

La question économique est à la base de la conversion à l’agriculture bio de l’EARL de la Ruthe dans la Haute-Garonne. Pour autant cette conversion n’a pas résolu les problématiques d’érosion, aggravées par les évolutions du climat.

Christian Marty« Il faut nourrir le sol », affirme Christian Marty dont les parcelles de cultures souffrent d’érosion, dans une région où les orages violents sont nombreux et les températures élevées. (©EARL de la Ruthe)

Producteur de grandes cultures dans la région du Lauragais, Christian Marty, 51 ans, s’est converti à l’agriculture biologique en 2010, avant tout pour une question économique. « Pourquoi continuer à produire de telle sorte si les prix sont si bas ? », s’était-il interrogé en 2009, avec un voisin agriculteur. L’idée de réduire les intrants chimiques et de changer de système a donc fait son chemin. En 2010, Christian Marty intègre la certification bio. Les prix suivent. « Je me suis aperçu que nous pouvions produire autrement avec moins de chimie ! », explique-t-il.

Seul sur l’EARL de la Ruthe, Christian exploite 117 ha, à 60 % en fermage, et plus de 80 ha en prestation de services. Installé en 1990 avec 41 ha en système « conventionnel », il a donc revu ses productions dans sa globalité vingt ans plus tard.

« Lentille rose, pois chiche, soja alimentaire, tournesol depuis cette année, blé tendre pour la biscuiterie, blé dur depuis trois ou quatre ans, haricot lingot, maïs semence et luzerne pour éliminer les vivaces de la rotation », l’assolement est complexe comme il le décrit lui-même.

Il imagine « lever le pied sur le soja », car il n’arrive plus à gérer aussi bien le sclérotinia, « et sur le blé dur ». Les rendements ne sont pas satisfaisants sur cette culture et l’écart de prix entre un blé tendre et un blé dur n'est que de 50 à 80 €/tonne. De plus, « il est très sensible aux maladies. Un printemps humide et pluvieux, la rouille ou la fusariose se développent et je ne peux pas traiter ». Et d’enchaîner : « Dans l'assolement, il est très difficile de réussir toutes les cultures. Je raisonne plus mon revenu sur du long terme avec la mise en place de rotations longues ».

La chimie, désarmée face au climat

Pour autant, il constate que ses voisins, non bio, ne sont pas plus à l’aise avec le climat. Toujours en blé dur, « face à la fusariose, ils ont effectué deux traitements supplémentaires et les rendements n’étaient toujours pas au rendez-vous », continue-t-il. Il note des températures plus élevées avec les années et parle d’une température estivale « qui brûle » au point de perturber la fécondation des haricots.

Mais sa principale préoccupation reste ses sols (50 % argilo-calcaires et 50 % alluvionnaires), qui se « déstructurent » avec le temps. « Pour garder les terres propres », il travaille le sol plus fréquemment qu’en conventionnel, sans labourer pour autant. « Je n’ai que des outils à dents et je travaille dans les dix premiers centimètres du sol, mais je garde quand même la charrue pour repartir à zéro en cas d’accident », observe-t-il. Il a donc développé le couvert végétal, notamment avec de la féverole. « Je donne à manger au sol. Cela va favoriser la vie microbienne et apporter de l'azote pour la prochaine culture », selon lui. Un moyen aussi de lutter contre l’érosion qui se retrouve dans le paysage sur certaines de ses parcelles. Ce couvert, en stabilisant les sols, favorise également l’absorption de l’eau issue d’orages parfois violents.

Quant à l’irrigation, il reste vigilant : « Il faut rester raisonnable et ne pas chercher absolument les derniers quintaux en bio avec l’irrigation car cela salit la parcelle » avec la poussée d’adventices. Là encore une histoire de juste milieu à trouver, dans un système « où le rendement fait le revenu », selon lui.


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