L'actu de Terres Inovia Colza associé à des légumineuses : tenter l'expérience ?

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Parce qu’elle confère au colza des bénéfices agronomiques incontestables, l’association colza-légumineuses est une pratique qui suscite l’intérêt de nombreux agriculteurs qui souhaitent faire évoluer leurs pratiques.

Colza et féveroleLa pratique du colza associé concourt à l’obtention d’un colza robuste, moins vulnérable aux attaques de bioagresseurs et aux aléas climatiques. (©Nathalie Tiers)

À chacun ses motivations ! La recherche de bénéfices vis-à-vis de la lutte contre les insectes et un moindre recours à la lutte chimique constituent la principale motivation de la pratique du colza associé avec des légumineuses gélives. Cela peut être également pour améliorer la quantité d'azote disponible pour le colza, la fertilité chimique des sols ou encore pour limiter les risques d’asphyxie racinaire dans des parcelles hydromorphes. Les légumineuses pérennes sont, quant à elles, utilisées dans l'objectif de couvrir le sol après la récolte du colza, et contribuer à la lutte contre l’érosion.

Dans le Sud-Ouest, des agriculteurs pionniers, associant le colza à des légumineuses depuis plusieurs campagnes, ont été suivis par leurs techniciens dans le cadre du groupe technique Caso*, composé de 11 structures et animé par Terres Inovia. Les résultats obtenus par ce collectif sont rassemblés dans un document de synthèse et les 10 fiches techniques « retour d’expérience » 

>> Télécharger ce document de synthèse complet : « Synthèse du suivi Caso – campagne 2020 »

L’expérience des ces agriculteurs montre qu’il y a plusieurs manières de produire et de réussir du colza associé, selon les objectifs recherchés et le matériel disponible essentiellement. Elle montre également que cette pratique concourt à l’obtention d’un colza robuste, moins vulnérable aux attaques de bioagresseurs et aux aléas climatiques.

La qualité de l’implantation du colza : la priorité n°1 avec ou sans plantes compagnes

Que le colza soit seul ou associé, la préparation en interculture doit tenir compte de la structure du sol héritée du précédent, et des principaux facteurs pouvant impacter le démarrage du colza : gestion de la paille, risque de salissement précoce par exemple.

  • Éviter les interventions trop profondes si elles ne sont pas nécessaires, et éviter de multiplier les passages pour ne pas assécher brutalement l’horizon de surface.
  • Seule une implantation précoce et soignée permettra de sécuriser le démarrage de la culture, en favorisant également un développement optimal des légumineuses.

Semis : un ou deux passages, selon les équipements disponibles et les espèces de plantes compagnes choisies

Un seul passage permet de limiter les risques de dégradation de la structure du sol et l’assèchement de l’horizon travaillé.

  • Avec un semoir monograine, le microgranulateur pourra être utilisé, mais uniquement avec les plus petites graines (trèfles, lentilles, fenugrec).
  • Dans les semoirs céréales, le mélange d’au moins trois types de graines, différentes en taille et en forme, évitera une stratification dans la trémie. Quant à la féverole, la taille de sa graine nécessite une trémie compartimentée ou une caisse supplémentaire.

Un semis en deux passages si les équipements nécessaires pour un semis en un seul passage ne sont pas disponibles : 

  • Privilégier un semoir centrifuge ou un DP12 pour les légumineuses.
  • Les deux passages doivent être très rapprochés : idéalement réalisés le même jour.
  • Si les légumineuses sont semées à la volée et le colza au monograine, un travail très superficiel avant le semis du colza, visant à enterrer les graines de légumineuses, pourra être envisagé. Attention néanmoins à ne pas trop enfouir les petites graines.

Associer un mélange de légumineuses gélives : espèces et densités de semis

Pour le colza associé, les densités de semis à respecter sont strictement les mêmes que les références « colza seul », soit une densité entre 30 et 40 graines selon les risques de pertes à la levée, pour atteindre un peuplement autour des 25 plantes/m² pour des écartements à 60 cm (pas plus de 20 plantes/m² pour des écartements plus larges). En cas de semis au semoir céréales, on pourra augmenter sensiblement cette densité pour atteindre 30 à 35 plantes/m².  

  • Pour les couverts associés, les associations de plusieurs légumineuses, deux ou trois espèces, sont intéressantes pour multiplier les atouts et palier à l’éventuelle défaillance d’une espèce.
  • Les plantes à port dressé (ex : féverole…) peuvent être mélangées à des plantes à port plus étalé (lentille, trèfle d’Alexandrie…). Un autre critère de choix peut être la précocité des espèces associées : lentille, gesse, fenugrec et trèfle d’Alexandrie mono-coupe, sont des espèces précoces qui ne nécessiteront que rarement une destruction chimique. Contrairement aux féveroles et surtout aux vesces.

Densités de semis indicatives de légumineuses gélives utilisées en mélangeDensités de semis indicatives de légumineuses gélives utilisées en mélange. (©Terres Inovia)

Pour une utilisation en espèces pures, il convient de relever quelque peu ces densités de semis, à 20-25kg/ha pour la lentille et le fenugrec, ou 30-35 kg/ha pour la gesse par exemple. Dans le sud-ouest, les vesces sont à utiliser avec précaution, puisqu’en l’absence de gel marqué, ces espèces tardives pourront concurrencer le colza au printemps.

Avec les légumineuses pérennes

Leur intérêt réside dans l’occupation du sol après la récolte du colza, pour apporter à la parcelle tous les bénéfices d’un couvert d’interculture.

  • Tout comme les légumineuses gélives, les légumineuses pérennes, telles que le trèfle blanc ou le trèfle violet seront semées de façon concomitante au colza (densité de semis : 3 à 5 kg/ha pour les trèfles), le positionnement des graines devant rester très superficiel.
  • Ces espèces ayant un développement limité à l’automne apportent peu au colza ; on devra donc leur associer des espèces annuelles pour espérer obtenir les bénéfices évoqués avec les espèces gélives.

Attention, leur développement au printemps sous le colza devra être surveillé de près, afin d’éviter une concurrence trop forte avec la culture sur la 2e partie de son cycle. Par exemple, une intervention devra être envisagée sur un trèfle vigoureux et développé aux alentours du 15 mars.

Une stratégie de désherbage spécifique

Les programmes de désherbage du colza peuvent manquer de sélectivité vis-à-vis des légumineuses associées. Il est donc primordial de connaître la flore présente sur sa parcelle avant d’envisager une association, et identifier un programme de désherbage adapté. Dans toutes les situations présentant un risque d’infestation en ray-grass, le maintien d’une pré-levée est indispensable. Il convient donc de choisir une espèce associée comme la féverole plutôt adaptée aux solutions type métazachlore (métazachlore à 600g pour limiter le risque de manque de sélectivité).

Cette contrainte de désherbage amène fort logiquement à déconseiller l’association de légumineuses sur des parcelles connues pour un historique malherbologique « chargé », en particulier avec des pressions type ravenelle. 

Pour aller plus loin, retrouvez aussi ces documents à télécharger : 
Réussir son implantation pour obtenir un colza robuste
> Colza associé à un couvert de légumineuses gélives
Que pensez-vous de cette pratique ? Adepte ou non ? N'hésitez pas à partager vos expériences dans les commentaires.

*Groupe Caso (Colza Associé Sud-Ouest), regroupe : Agrodoc, Anamso, les chambres d’agriculture de l’Ariège, du Lot-et-Garonne, du Tarn et du Tarn-et-Garonne, Maisagri, Plate-Forme Agroécologique, Qualisol, RAGT, Terres Inovia.


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