L'actu d'Arvalis Dégâts de gel sur céréales : l'heure est au diagnostic

Terre-net Média

Quinze jours après les fortes gelées, les symptômes liés à d'éventuels dégâts ont normalement eu le temps d’apparaître sur les céréales à paille. C'est le moment d'évaluer la situation de manière fine et quantitative.

Dégâts de gel sur blé en cours de montaisonSelon Arvalis, les dégâts foliaires sur céréales à paille ne sont que transitoires et peu impactants. Pour le diagnostic, l'institut se focalise sur l'état de l'épi dans les tiges. (©Arvalis-Institut du végétal)

Des dégâts internes désormais aisés à observer

Sur des céréales à paille en cours de montaison, la majorité des dégâts importants sont internes, et donc difficiles à déceler et à quantifier au premier coup d’œil. De plus, les organes gelés ne sont pas aisés à distinguer dans les jours qui suivent, car la nécrose des tissus et leur dégénérescence est progressive. Enfin, les dernières gelées matinales peuvent marginalement affecter le résultat en finissant de détruire des tissus abîmés par les précédents gels.

C’est donc le moment d’évaluer la situation de manière plus précise que lors des premières visites de parcelles réalisées juste après le gel.

Nous ne nous intéresserons pas aux dégâts foliaires, qui sont transitoires (de nouvelles feuilles vont être émises) et peu impactants ; nous nous focaliserons sur l’état de l’épi dans les tiges.

En cas de gels intervenant avant/autour de 2 nœuds

La quasi-totalité des blés sur les deux-tiers nord du pays ainsi que les orges d’hiver de la moitié nord étaient aux environs du stade 2 nœuds lors des gelées. À ce stade, l’épi est encore petit (< 2 cm), avec des structures fortement turgescentes et fragiles, globalement sensibles au gel. Dans ces circonstances, un dégât de gel va se manifester par une destruction généralisée des cellules et une perte d’eau. L’épi va donc rapidement perdre son aspect brillant et turgescent, et se nécroser.

Une observation faite aujourd’hui permet sans difficulté de déterminer si l’épi est affecté, notamment en comparaison d’épis indemnes qui poursuivent leur croissance. Cette observation peut par ailleurs être aisément faite au champ, alors qu’une analyse sous une loupe binoculaire était le plus souvent nécessaire il y a 7 à 10 jours.

GelEn cas de gel autour de 2 nœuds, l’épi gelé, encore dans la gaine, va rapidement perdre son aspect brillant et turgescent, et se nécroser. (©Arvalis-Institut du végétal) 

  • Ne pas limiter l'observation à 1 ou 2 tiges 

Etant donné que l’impact ne sera pas systématique sur toutes les plantes, ni sur toutes les tiges d’une même plante, il est important de ne pas limiter l’observation à une ou deux tiges. Il est donc préconisé de prélever au moins 5 plantes par zone de la parcelle et d’observer le maître-brin et 1 à 2 tiges principales :

- Le maître-brin est le plus souvent la première tige à être affectée, car plus précoce, donc plus sensible et exposée que les talles.
- Les talles ont une plus forte probabilité d’être indemnes. Cependant, il est nécessaire de s’assurer de leur état, car ce seront elles qui remplaceront le maître-brin pour élaborer le rendement.

  • Des compensations possibles

Si des épis sont détruits, il y aura compensation partielle par des talles qui auraient régressé dans des circonstances normales. Les conséquences d’un taux de tiges gelées sur le rendement sont donc moins que proportionnelles. Le contexte climatique de ce printemps doit toutefois conduire à beaucoup de précautions : l’absence de pluie conduit à l’expression de stress hydriques et éventuellement de carences azotées induites, qui pourraient pénaliser la compensation par la montée des talles.

Précisons qu’une évaluation trop tardive du gel d’épi peut conduire à une sous-estimation des dégâts, car certaines tiges détruites vont complètement régresser. Dans le cas où plus de 40 % des maîtres-brins sont détruits par le gel, un apport d’azote (40-50 unités) peut aider la compensation par les talles. Evidemment, cela sous-entend que la règlementation l’autorise, et que les conditions d’humidité permettent la valorisation de cet apport.

Des épisodes de gel intervenant plus tard au cours du cycle peuvent amener à des dégâts différents…

Entre 2 nœuds et dernière feuille étalée, l’épi risque de présenter des destructions partielles, plus difficiles à évaluer précisément avant l’épiaison.

Cliquez sur le curseur pour lancer la vidéo Arvalis suivante, tournée en 2017 à la suite d’épisodes de gel similaire : 

Après dernière feuille étalée (cas de certaines céréales précoces dans le sud de la France), la méiose pollinique peut être affectée par des températures proches de 0°C (entre -2 et +2°C). Dans ce cas, il est possible que la structure de l’épi ne soit pas visuellement affectée, mais que le pollen en formation devienne stérile. Le diagnostic ne peut alors pas être immédiat sans mettre en œuvre des techniques de laboratoire délicates (extraction des anthères et coloration du pollen à la solution d’iode). Les symptômes apparaîtront essentiellement à la floraison (fleurs qui « baillent ») et en cours de remplissage (grains absents dans certaines fleurs).

Cliquez sur le curseur pour démarrer la lecture de cette autre vidéo, tournée également en 2017 : 

  • ... Avec des compensation plus réduites 

Ce type de dégâts affectera la composante « nombre de grains par épi ». La détermination de l’impact est donc repoussée au mieux aux stades épiaison ou floraison. L’effet sur le rendement sera dès lors quasiment proportionnel au nombre de grains perdus, car l’effet de compensation via le poids de mille grains (PMG) reste réduit.

Sur ce type d’accident, aucune intervention ne peut être spécifiquement mis en œuvre, en dehors de l’irrigation pour assurer le remplissage des grains. Une conséquence possible d’éventuelles stérilités sur l’épi serait une installation opportuniste de champignons sur l’épi, dont notamment l’ergot. La surveillance est donc nécessaire.


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